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Pékin face à l’embrasement du Moyen-Orient. Avec Moscou et Téhéran une coagulation anti-occidentale

Le 23 janvier 2016, le président Xi Jinping rencontrait à Téhéran le guide suprême iranien Ali Khamenei. A cette occasion, le nº1 chinois avait souligné « la valeur inestimable de l’amitié sino-iranienne, fruit non seulement d’échanges amicaux de longue date entre les deux Nations, mais aussi d’un soutien mutuel dans les moments difficiles et d’une coopération pragmatique mutuellement bénéfique » Il ajoutait que « la Chine resterait un partenaire de coopération fiable pour l’Iran et se tiendrait prête à approfondir la coopération bilatérale sur tous les fronts. » Sur le sujet de la coopération Chine Iran, lire aussi : La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?. Photo Xinhua.


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Deux années et trois mois après sa spectaculaire initiative qui rapprochait les frères ennemis shiites et sunnites (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient), Pékin doit affronter la dure réalité d’un Moyen Orient enflammé où les ancestrales émotions culturelles et religieuses prennent le pas sur le pragmatisme diplomatique et affairiste chinois.

En arrière-plan explosif du conflit en cours couve la défiance existentielle entre les dix millions d’israéliens conscients de jouer leur survie contre l’Iran théocratique animé d’une préoccupante mystique du martyr sacrificiel qui veut leur perte.

Approuvée par 70% des Israéliens, selon un sondage réalisé du 15 au 17 juin par l’Institut pour la démocratie d’Israël, l’attaque de Tsahal a été déclenchée au lendemain d’une résolution de l’AIEA du 12 juin dont la teneur complète est en partie occultée par de nombreuses sources à la fois favorables à Tel Aviv et inquiètes, y compris parmi les États arabes, du jusqu’au boutisme mystique d’élimination d’Israël exprimé par le régime de Téhéran.

S’il est en effet exact que l’AIEA affirmait que l’Iran ne respectait pas ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire, elle précisait aussi, « ne pas disposer d’informations crédibles prouvant l’existence d’un programme nucléaire militaire structuré  ». Il n’en reste pas moins que l’Agence et son Directeur général Rafael Mariano Gross cultivaient l’ambiguïté en avouant notamment « une inquiétude face au non-respect des garanties [par Téhéran] ».

Il est enfin essentiel de noter – ce qui pourrait indiquer que la Maison Blanche a été débordée par Benjamin Netanyahu - que l’attaque surprise d’Israël visant les installations militaires et nucléaires iraniennes a été lancée alors que, depuis le 12 avril Steve Witkoff ennoyé spécial de D. Trump et Abbas Araghchi, ministre des AE de Téhéran étaient engagés dans de discrètes négociations organisées à Mascate par le sultan d’Oman Haitham ben Tariq.

Le 17 juin, alors que le Pentagone déployait autour de l’Iran une impressionnante projection de forces, Pékin réagissait d’abord par la voix du porte-parole Guo Jiakun en accusant D. Trump de verser de l’huile sur le feu. « Les menaces et la pression croissante ne contribueront pas à favoriser la désescalade et ne feront qu’intensifier et élargir le conflit. »

[NDLR : A la rédaction de cette note, au moins deux groupes de porte-avions, près d’une dizaine de destroyers, probablement un sous-marin d’attaque, une trentaine d’avions ravitailleurs, plus d’une centaine de chasseurs de combat F-16, F-22 et F-35 et, prépositionnés à Diego Garcia – plusieurs bombardiers stratégiques B 52.(...) Quant aux bombardiers furtifs B-2 à long rayon d’action qui pourraient frapper les installations nucléaires enterrées de l’Iran, ils sont pour l’instant restés à leur base de Whiteman dans le Missouri.].

La déclaration du Waijiaobu qui, dans son texte, ciblait « tout particulièrement Israël  », exhortait Tel Aviv et Téhéran à cesser immédiatement les combats et à travailler à une désescalade. « La Chine appelle fermement toutes les parties impliquées dans le conflit, et tout particulièrement Israël, à donner la priorité aux intérêts des peuples des pays de la région, à cesser immédiatement le feu et à mettre fin aux combats, ainsi qu’à apaiser les tensions actuelles. »

Peu après, eut lieu le sommet d’Astana du 16 au 18 juin avec les dirigeants d’Asie Centrale – le deuxième en moins d’un an [1] - par lequel, dans une rivalité feutrée avec Moscou, Pékin cultive l’influence chinoise auprès des cinq dirigeants d’Asie Centrale, Xi Jinping lui-même a incité les ressortissants chinois à quitter l’Iran.

Le 17 juin, dans une interview à Deutsche Welle, William Figueroa Docteur au Centre de géopolitique de l’Université de Cambridge, expert, entre autres, des relations Chine – Iran, livrait une analyse aussi exhaustive que possible des intentions chinoises.

En dépit de la mise en scène d’apaisement entre Ryad et Téhéran, l’influence de Pékin dans la région reste marginale.

Le 11 mars 2023, en rapprochant à Pékin Ali Shamkhani, secrétaire général du Conseil National de sécurité de Téhéran à sa gauche, et son homologue saoudien Musaad bin Mohammed al-Aiban, Wang Yi mettait en scène la capacité de la Chine à s’insinuer avec succès sur les plates-bandes de l’Amérique au Moyen Orient. Pour autant, aujourd’hui, à l’heure de la conflagration directe entre Tel Aviv et Téhéran, la Chine ayant tourné le dos à Tel Aviv, critique de Washington et proche des Mollahs iraniens, n’a que peu de leviers pour apaiser les tensions.


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Rappelant sans ambiguïté que la préférence chinoise penchait vers Téhéran, l’analyse soulignait d’abord deux points clés :

1) Pékin n’a pas, même par le truchement de son influence et de ses relations avec Ryad de Téhéran, la capacité de projeter sa puissance, dans la région. (lire : A Ryad, la Chine anti-occidentale et dépendante du pétrole arabe ébranle l’ambiguïté de la prévalence américaine & La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?) ;

2) Même si pour l’heure la menace est encore relative, le conflit en cours met en danger la sécurité énergétique de la Chine.

Alors que tous les pays occidentaux et quelques-uns de leurs alliés arabes dans le Golfe, il est vrai plus discrètement, reconnaissent à Israël « Le droit de se défendre », tandis que, sans le dire, les Sunnites se réjouissent en sous-main, la Chine blâme Israël et reconnait à Téhéran à la fois « le droit de développer un programme nucléaire civil » et celui « de riposter aux attaques d’Israël ».

Fondamentalement, alors que les médias chinois couvrent peu le conflit, Pékin, qui n’est pas un acteur clef au sens traditionnel du terme en matière de sécurité, ne joue pas un rôle significatif dans la région. Sa stratégie de médiation entre Ryad et Téhéran citée plus haut fut une posture sans pertinence stratégique réelle, ne portant qu’un avantage d’affichage superficiel.

Dans ce cas particulier de la déflagration entre Tel Aviv et Téhéran, son pragmatisme lui commande de ne pas s’impliquer directement compte-tenu du cout élevé et du peu d’avantages à attendre d’un engagement dans un théâtre aussi éloigné de sa zone d’intérêt stratégique direct où son influence et son expérience restent précaires.

« Pour dire les choses simplement », dit Figueroa, « l’accord entre Ryad et Téhéran était un fruit presque mûr facile à cueillir. Au prix d’un investissement modeste, il a produit un gain politique élevé. En revanche, une implication dans le conflit irano-israélien aurait des caractéristiques exactement inverses : un coût très élevé et des avantages potentiels très faibles. »

Note(s) :

[1Il s’agisait de rencontres bisannuelles avec Kassym-Jomart Tokaïev (Kazakhstan) ; Sadyr Japarov (Kirghizistan) ; Shavkat Mirziyoyev (Ouzbékistan) ; Emomali Rahmon (Tadjikistan) ; Turkménistan (Serdar Berdimuhamedow).

Avec constance, au fil des rencontres, Xi Jinping développe à leur intention une vaste stratégie d’influence qui subjugue progressivement celle de Moscou.

Le 19 juin, dans les colonnes du « Petit Journal », Noémie Valery faisait un point exhaustif des objectifs de Pékin et des moyens qu’à la suite de ses prédécesseurs, Xi Jinping met en œuvre sans faiblir (lire : La Chine confirme sa collaboration avec l’Asie Centrale ).

On y retrouve non seulement les buts immédiats de la sécurisation des échanges après la tempête tarifaire déclenchée par D. Trump, mais également la consolidation des approvisionnements en ressources primaires (gaz, minéraux dont le cuivre et l’uranium).

Les sommets bisannuels s’inscrivent aussi dans la stratégie éprouvée des Nouvelles routes de la soie avec l’accélération des grands projets d’infrastructures dont le symbole est « la ligne ferroviaire Chine–Kirghizstan–Ouzbékistan, désormais lancée et financée conjointement, visant à réduire de 7 à 10 jours le trajet des marchandises chinoises vers l’Europe. »

Plus généralement, la stratégie « multiplie les voies d’accès terrestre à la Chine pour réduire les risques de perturbations logistiques conséquences de la guerre en Ukraine. »


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