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Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental

Le 8 mars Wang Yi a donné la conférence de presse traditionnelle de l’appareil à l’occasion de la réunion annuelle des deux assemblées. Plus que jamais la parole de ce diplomate au long cours, âgé de 73 ans, né pendant la révolution culturelle, était inspirée d’un sentiment de défiance à l’égard de l’Occident calqué sur la pensée de Xi Jinping qui a rapproché la Chine de l’Iran depuis 2016.

Entré dans la carrière en 1982, ayant commencé sa carrière à Tokyo en 1989, où il fut aussi ambassadeur de 2004 à 2007, ministre depuis 2013, fidèle parmi les fidèles de Xi Jinping à qui il doit son entrée au Bureau Politique en 2022, il cumule aujourd’hui les fonctions de Directeur du Bureau des affaires étrangères du Parti, de Ministre et de membre du Bureau Politique.


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La réunion des deux assemblées s’est conclue le 12 mars par l’adoption sans surprise du 15e plan quinquennal (2026-2030) avec 2758 voix pour, 1 vote contre et 2 abstentions. Au milieu du très épais brouillard le la guerre en Iran, aujourd’hui focalisée sur l’irritant cul-de-sac du détroit d’Ormuz, la note qui suit revient, pour la mettre en perspective, sur la conférence de presse du MAE Wang Yi, le 8 mars.

C’était la douzième fois que l’inamovible ministre des Affaires étrangères chinois se livrait à cet exercice au titre de sa fonction qu’il occupe depuis 2013. Sa remarquable continuité ne fut que brièvement interrompue du 30 décembre 2022 au 25 juillet 2023, par le passage éclair de Qing Gang relevé de ses fonctions pour des raisons encore mal élucidées (lire : Destitution de Qin Gang. Une brutalité suspecte).

Autre circonstance augmentant l’importance de la conférence de presse de Wang Yi, depuis 2024, année à laquelle l’appareil a mis fin à la traditionnelle prestation du premier ministre face aux journalistes de la planète dont l’exercice avait commencé en 1988, avec Li Peng (1987-1998) [1], cette année encore, après 2024 et 2025, Wang Yi était le seul dignitaire du sommet de l’appareil à se livrer au simulacre de la transparence, après les mises en scène des « Deux assemblées », succédané d’une démocratie des apparences, en réalité étroitement claquemurée.

Avec à sa tête Wang Yi fidèle soldat de première ligne de Xi Jinping, qui du temps des « Loups guerriers » [2] avait sans broncher suivi la ligne dure de l’appareil, avant de l’amender sur ordre, il faut se rendre à l’évidence, la machine des Affaires étrangères chinoise est encore moins que par le passé capable de nuance autonome.

Son actuelle rigidité directement calibrée à la pensée de Xi Jinping qui, sur le fond insistant d’une rancœur anti-occidentale enflammée autour de la question de Taiwan et de la vindicte en Asie contre les alliés de l’Amérique dont le Japon et les Philippines, cherche malgré tout un accommodement avec Washington.

Tout en exigeant le respect et un dialogue d’égal à égal avec la première puissance stratégique de la planète, la réalité est que Xi Jinping a récemment débarrassé la nébuleuse des affaires étrangères chinoises des éléments les plus marquants exprimant une nuance susceptible de les ranger dans le camp de ceux ouverts à l’influence occidentale.

Les Affaires étrangères débarrassées de la nuance d’apaisement à l’égard de l’Occident

Liu Jianchao lors de son passage en Afrique du Sud en2023, lors du 16e sommet des BRICS, en sa qualité Directeur du Bureau des Affaires étrangères du Parti et supérieur hiérarchique du Ministre.

Ouvert aux nuances d’une relation d’ouverture avec l’Occident opposée aux crispations des « Loups guerriers », il était bien plus actif que son prédécesseur Song Tao, resté très effacé à son poste pendant dix ans. Il a été destitué par Xi Jinping en septembre 2025.


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Après la destitution de Qin Gang en 2023 dont tous les arrière-plans sont encore loin d’être élucidés, mais qui, durant son poste à Washington et en dépit de l’ostracisme que la Maison lui faisait subir, avait, après une première période agressive marquée par la mentalité « Loup guerrier », finalement appelé à une relation moins heurtée entre les deux superpuissances, il y eut un événement encore mal analysé qui secoua tout l’appareil diplomatique chinois.

Symptomatique du ralliement sans nuance du Waijiaobu à la vision anti-occidentale de Xi Jinping, il s’agit de la purge en décembre 2025, pour corruption de Liu Jianchao 刘建超, 62 ans en 2026, alors qu’il était à la tête de la Commission des Affaires étrangères du Parti, cœur même du réacteur de la diplomatie chinoise au sein du Comité Central.

Pour Wen-Hsuan Tsai, chercheur en Sciences politiques à l’Academia Sinica de Taiwan, la purge de Liu Jianchao faisait partie d’une « campagne » orchestrée par Xi Jinping, visant à créer un climat de terreur au sein des instances officielles de la diplomatie. Le but ? Dissuader les diplomates chinois particulièrement exposés par leur mission de nouer des liens trop étroits avec une mouvance étrangère hostile à la Chine.

La stratégie d’épuration qui touche les Armées, le secteur de l’économie, celui des assurances et des figures de la haute administration publique vise à isoler les cadres et à éliminer tout risque de factionnalisme contre Xi Jinping au sein de l’Appareil. Son objectif ultime souvent rappelé par QC est de consolider la position de Xi au cœur même du pouvoir.

Outre le renforcement de la loyauté, à Xi Jinping, la récente purge dont Liu Jianchao a été la cible, s’inscrit clairement dans la stratégie plus large de la compétition stratégique qui l’oppose aux États-Unis.

Non pas que Liu Jianchao puisse être objectivement considéré comme un félon pro-américain au sein du système chinois. Alors qu’il était encore en poste, il répétait le discours de l’appareil selon lequel l’Amérique avait entrepris d’entraver la montée en puissance de la Chine.

Mais, fort de sa longue expérience dans le parti et en politique étrangère ayant le sens de l’humour et beaucoup d’ouverture d’esprit, à l’aise dans ses relations avec les occidentaux, il était une étoile montante de la diplomatie chinoise que Xi Jinping considérait en décalage avec son projet stratégique.
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Alors qu’en janvier 2009, Xi Jinping était déjà le nº6 du Comité Permanent du Parti au cœur du saint des saints de l’Appareil, -, la lucidité de Liu Jianchao l’avait même conduit à reconnaître, au moment où lui-même prenait congé de son poste de Directeur Général du département de l’information qui gère les porte-paroles du MAE que « Le monde s’inquiétait de la Chine ; mais que la Chine avait également besoin de comprendre le monde. » Il ajoutait que « Renforcer la compréhension mutuelle et la communication entre la Chine et le monde serait également bénéfique. »

La remarque prenait le contrepied de l’esprit de lutte qui, à partir de l’automne 2012, sera, à son arrivée à la tête de l’Appareil, le mantra à tendance anti-occidentale de Xi Jinping qui juge le monde extérieur éventuellement truffé de « forces hostiles » à la Chine avec lesquelles certains clans du paysage politique chinois, - diplomates ou militaires - pourraient avoir eu tendance à composer. [3].

Note(s) :

[1Li Peng avait été fidèlement suivi chaque année par Zhu Rongyi (1998-2003), Wen Jiabao (2003-2013), Li Keqiang (2003-2023) et Li Qiang, en mars 2023, dernier exercice durant lequel l’appareil avait accepté d’exposer en première ligne son premier ministre, face aux critiques des journalistes occidentaux.

[2Lire à ce sujet notre analyse de l’attitude de Lu Shaye ambassadeur en France de juillet 2019 à janvier 2025 et exemple chimiquement pur de cette période agressive de la diplomatie chinoise : Lu Shaye, nouvel Ambassadeur de Chine à Paris fustige les médias français. Regards sur la rigidité du pouvoir chinois.

[3Au cours d’une carrière riche et variée, Liu a été ambassadeur aux Philippines (2009-2012) et en Indonésie (2012-2014) ; Directeur du département de l’information du MAE (2006-2015) ; Directeur de la Commission de discipline du Zhejiang (2017-2018) et Directeur de la Commission des Affaires étrangères du Comité Central (2022-2025).

Certains commentateurs avaient émis l’hypothèse de félonie qu’on retrouvera également deux mois plus tard, au moment de la destitution du Général Zhang Youxia (lire : La chute énigmatique et embarrassante du Général Zhang Youxia, premier militaire du pays). Son arrestation, disent ses ennemis, aurait fait suite à une réunion secrète avec un conseiller du président américain, au cours de laquelle il aurait relayé la rumeur d’une possible démission de Xi Jinping.

D’autres ont suggéré qu’il faisait l’objet d’une enquête pour son implication dans des transferts d’actifs impliquant d’autres hauts responsables et hommes d’affaires. Bien que ces allégations n’aient jamais être confirmées, elles mettaient en lumière un point commun. Compte tenu de la nature suspicieuse de Xi Jinping, tout responsable entretenant des liens étroits avec des pays étrangers était susceptible d’attirer l’attention de la Direction de l’Appareil.


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