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Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental

Le 8 mars, face à la presse. Un discours calibré au ressentiment anti-occidental.

Le 1er Juin 2016, à Ottawa, Wang Yi avait sèchement remis à sa place la journaliste Amanda Connoly qui l’interrogeait sur l’affaire des libraires disparus à Hong Kong (lire : A Hong-Kong, théâtre des luttes de clans, Pékin réduit la liberté d’expression.) par laquelle Pékin s’était publiquement mis en porte-à-faux en kidnappant 5 libraires de Hong Kong qui mettaient en vente des tabloïds révélant des épisodes inconfortables sur la vie privée de Xi Jinping et de son épouse Peng Liyuan.

« Votre question est empreinte de préjugés envers la Chine et d’arrogance… Je ne sais pas d’où cela vient. C’est totalement inacceptable », (…) « Personne ne connaît mieux que le peuple chinois la situation des droits de l’homme en Chine, et c’est le peuple chinois qui est le mieux placé pour avoir son mot à dire sur cette situation. »


*

Les réponses de Wang à la conférence de presse qui présentèrent la Chine comme un pôle de stabilité d’un monde perturbé par l’Amérique, baignaient dans ce contexte de défiance à l’égard des « forces hostiles 敌对势力 ou 反华势力 » que, dans sa propagande, l’appareil assimile à une tendance occidentale antichinoise 西方势力.

Très éloignée du dialogue avec l’Occident dont les tenants ont été marginalisés, elles s’inspiraient de la pensée de « Lutte 斗争 » de Xi Jinping.

Fond immuable de sa trajectoire politique nationaliste, ayant accompagné son arrivée dans les parages du pouvoir en 2007 au 6e rang du Comité permanent et, en 2008, à la Vice-Présidence, avant son élection à la tête du Parti en 2012, elle prône la montée en puissance 崛起 [4] de la Chine millénaire triomphe symbolique d’une réparation des humiliations infligées à l’Empire par les « Huit puissances » (Le Royaume-Uni, la République française, les empires russe, Japonais, Allemand, Austro-Hongrois ; les États-Unis et le Royaume d’Italie.)

Alors qu’il tentait de préserver l’apparence de sa neutralité dans le conflit déclenché le 28 février contre Téhéran par Washington et Tel Aviv, le discours de Wang Yi avait cependant du mal à faire oublier la proximité de Pékin avec les Mollahs datant des années 80, et mise sous le boisseau en 2006.

Relancée par Xi Jinping en 2016, prélude à un partenariat stratégique en 2021, la manœuvre s’insérait toujours dans la même pensée anti-occidentale du nº1 chinois.

Pour autant, tout en critiquant l’agression « illégale » contre l’Iran, Wang a également laissé entendre que la rencontre, entre Donald Trump et Xi Jinping, initialement prévue fin mars et souhaitée par Washington, mais dont, à la Maison Blanche, la date à recommencé à flotter du fait de la guerre en Iran, serait un exercice d’apaisement vertueux et salutaire.

« La Chine et les États-Unis sont deux grandes puissances « 中美都是大国, et si aucune ne peut influencer l’autre 都改变不了彼此, elles peuvent néanmoins modifier leur manière d’interagir. 但可以改变相处方式. Il s’agit de préserver le respect mutuel, 那就是秉持相互尊重的态度 de garantir le principe fondamental de la coexistence pacifique 守住和平共处的底线et de rechercher une coopération mutuellement avantageuse 争取合作共赢的前景. Ceci est dans l’intérêt des deux peuples 这才符合两国人民的利益 et répond aux attentes de la communauté internationale 也符合国际社会的期待. »

Sur la guerre en Iran.

Wang a réaffirmé la position chinoise selon laquelle « La force ne peut pas remplacer le droit - 武力不能取代法律 -. » En passant sous silence, à la fois la nature terroriste du régime iranien qui prône la destruction d’Israël et les constants harcèlements des « proxy  » de Téhéran contre l’État juif, il a exhorté Washington et Tel Aviv « à respecter la souveraineté et l’intégrité de l’Iran et des autres pays du Moyen Orient. »

Sans se départir d’un ton conciliateur à l’égard de Washington dans l’attente du sommet entre Xi Jinping et Trump dont Pékin espère qu’il inaugurera une séquence de dialogue vertueux avec l’Amérique, y compris par une visite officielle de Xi aux États-Unis, aujourd’hui remise en question par le report sine-die décidé par la Maison Blanche, Wang a présenté la Chine comme le défenseur de la paix et de la stabilité.

Sans épiloguer sur les responsabilités de son déclenchement, il a répété « Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu et n’a profité à personne. 这场战争根本就不应该发生,对任何人都没有好处 »

Par ailleurs, conscient que la solution militaire percutait de plein fouet la stratégie de médiation chinoise entre l’Iran et l’Arabie saoudite (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient), Wang a ajouté, sans fournir de détails, que Pékin allait envoyer dans la région Zhai Jun qui fut ambassadeur en Libye de 1997 à 2000 et en France de 2014 à 2019.

Avec l’Europe et l’Afrique.

Parallèlement, Wang qui cherchait à apaiser les craintes européennes assez largement justifiées que la montée en puissance chinoise se ferait au détriment de quelques industries clés, notamment du secteur automobile, a déclaré que l’Europe avait une perception erronée de la Chine. 对中国有误解.

Selon lui, les Européens devraient plutôt voir la Chine comme un partenaire mondial 全球合作伙伴, capable de résister aux tendances protectionnistes étriquées 心胸狭隘的保护主义者, qu’il a comparées à un enferment « dans une pièce sombre 一个黑暗的房间 ». « Elles protègent du vent et de la pluie, mais elles privent les auteurs de l’air et de la lumière 它或许能挡风挡雨, 但也会阻挡光线和空气. »

En même temps, il a saisi l’occasion pour célébrer l’ouverture du marché chinois aux investissements européens « Nous sommes heureux de voir nos amis européens intégrer pleinement le marché chinois pour y développer leur compétitivité ».

Enfin, s’affichant comme le principal appui du « Sud Global », contre ce que le discours chinois continue à présenter comme l’arrogance occidentale post-coloniale, Wang Yi a souligné la puissance de la politique africaine de Pékin développée depuis 2000.

Elle sera concrétisée dès le 1er mai par la levée de tous les droits de douane sur les importations en provenance de la plupart des pays africains afin, dit-il, de « permettre à l’Afrique d’accéder aux formidables opportunités du marché chinois 使非洲能够获得中国市场的巨大机遇 »

Il reste que s’il est exact qu’en 2024, d’importants obstacles aux investissements dans le secteur manufacturier ont été levés, Wang Yi passait sous silence la persistance de restrictions financières (plafonds de détention de capital), les limitations de « la liste négative  » (information, culture, télécoms, ressources minières, infrastructures) et, en dépit des déclarations optimistes, la persistance des obligations de JV et de transfert de technologies.

Avec Taïwan et le Japon.

Nourris par les ressentiments de l’histoire datant de la défaite de la Chine contre l’Empire du Soleil Levant en 1895, qui attribua à Tokyo l’ile de Taïwan jusqu’en 1945, les tensions perdurent autour de deux réalités historiques et politiques distinctes.

La première date de l’invasion et de l’occupation de la Chine par le Japon de 1931 à 1945, marqués par les déchainements meurtriers et les massacres de l’armée japonaise , restant encore des points de tensions majeurs entre Tokyo et Pékin.

La deuxième percute l’appartenance de l’Île à la Chine datant de 1683, et, depuis 1988, la démocratisation, à la fois « trou noir » de la pensée politique du Continent dominée par le Parti Communiste et terreau de la revendication d’indépendance de l’actuel parti au pouvoir.

Alors que, pour le Parti Communiste chinois le sujet de sa souveraineté sur l’Île est une ligne rouge incandescente, Pékin s’est offusqué que la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, affectant de se poser en protectrice, a, en 2025, laissé entendre que le Japon pourrait intervenir en cas d’invasion de Taïwan par la Chine, Wang a déclaré qu’il appartenait à Tokyo de décider de l’avenir des relations sino-japonaises.

Autrement dit pour Pékin, l’avenir des relations sino-japonaises serait remis en question si Tokyo persistait à se réclamer de son histoire dans l’Île pour s’ingérer dans la question taïwanaise.

A cet effet, il a rappelé la position immuable de l’appareil : « Taïwan n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un pays », 台湾过去不是, 现在不是, 将来也不会是一个国家 » (…) « Les affaires taïwanaises relèvent exclusivement des affaires intérieures de la Chine. 台湾事务纯属中国内政. »

Note(s) :

[4C’est bien cette pensée de Xi Jinping qui transparaissait dans la cérémonie d’ouverture des JO de 2008, dont il avait la charge.

Organisée en pleine tension internationale autour de la question du Tibet (lire : Tibet, Sichuan : deux témoins oculaires donnent leur version des faits), par Zhang Yimou, le 8e jour du 8e mois pour honorer le chiffre « Huit  », symbole de richesse de puissance et de fortune, elle avait été vue sur place par 91 000 spectateurs dans le stade à l’architecture futuriste dit du « nid d’oiseau  » construit pour l’occasion.

Diffusée en direct à trois milliards de téléspectateurs, elle regroupait 14 000 figurants et 10 000 athlètes, issus de 204 nations et fut à cette époque considérée comme la plus chère de l’histoire des JO pour un coût estimé à 100 millions de Dollars (Depuis cette date, attisés par les surenchères de prestige, les montants ont explosé. La cérémonie d’ouverture des JO de Paris en juillet 2024 aurait couté 120 millions d’€ (137 millions de $).

Le 26 aout 2008, François Danjou écrivait que les JO avaient été « placés sous le signe de la masse et de l’effort encadré et glorifié par le nationalisme sans faille des Chinois unanimes à fêter le retour de puissance de leur pays.  » (…)

(…) « Uniformité des masses, esprit de sacrifice, système d’entraînement drastique, organisation sans faille, planification minutieuse, répétée, ajustée et corrigée depuis des lustres jusque dans les moindres détails, contrôle politique serré permettant d’éliminer les risques de contestation et d’éloigner les menaces terroristes - là aussi au moyen de la masse compacte des policiers, assistés par d’innombrables bataillons de supplétifs, vigiles et volontaires -. » (…)

(…) « Tels furent probablement les clés de la réussite de ces JO qui virent la Chine prendre la tête du classement des médailles après 4 Olympiades de domination américaine et s’arroger la place que la Russie avait perdu en 1992 dans le défi aux États-Unis. »

(…) Au milieu des tableaux qui égrenèrent les « 5000 ans d’histoire  » de la Chine, l’un d’entre eux qui suscita une vague inquiétude, présentait des « masses humaines grouillantes agglutinées à une pyramide tronquée plantée au milieu du stade ». (lire : JO 2008 : organiser, galvaniser et contrôler les masses).

Moins de vingt ans plus tard, la Chine de Xi Jinping en train de passer avec succès du paradigme de la quantité à celui de la haute qualité technologique, dont le système de production à tendance frénétique continue à tabler sur le nombre aux prix cassés, inquiète les marchés occidentaux dépassés par la vague de la modernisation chinoise assistée par les robots et l’intelligence artificielle.


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