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Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté

Le 4 février, dernier en téléphonant successivement à Vladimir Poutine et à Donald Trump, Xi Jinping a mis en scène une chorégraphie de la centralité de la puissance chinoise. Montage photo South China Morning Post.


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Au moment où D. Trump bouscule l’ordre mondial comme jamais aucun président américain ne l’avait fait, Pékin, imperturbable, trace son sillon présentant la Chine comme une pôle stratégique rassurant de la stabilité mondiale.

Justifiant cette fois l’ancestrale réputation d’Empire du Milieu de la Chine, le parti communiste chinois a récemment accueilli avec faste les alliés traditionnels des États-Unis, dont le premier ministre australien Antony Albanese à la mi-juillet 2025, cinq mois plus tard, le Président français, en janvier 2026, le Britannique Keir Starmer ainsi que le Canadien Mark Carney, et, dans la foulée, du 25 au 29 janvier le Finlandais Petteri Orpo, membre de l’OTAN.

Alors que le chancelier allemand est attendu prochainement à Pékin, Xi Jinping se prépare aussi à accueillir D. Trump en avril (pour l’instant la visite n’a pas été officiellement confirmée par l’appareil) et, à l’approche du quatrième anniversaire du déclenchement de la guerre en Ukraine, son ami sans limites 无限 Vladimir Poutine.

Moins d’un an après sa présence à la démonstration de force de l’APL le 3 septembre 2025 (lire Xi Jinping au centre, avec V.Poutine et Kim Jong Un, vent debout contre l’Occident), le maître du Kremlin se rendra à nouveau à Pékin à la fin juillet pour célébrer le 25e anniversaire du traité sino-russe de « bon voisinage et de coopération amicale - 俄睦邻友好合作条约) » qu’il avait signé en juillet 2001 avec le Président Jiang Zemin.

Pendant ce temps, Donald Trump a bombardé l’Iran les 21 et 22 juin 2025 ; trois mois plus tard, il a obtenu un fragile cessez-le feu à Gaza sans pourtant réussir à désarmer le Hamas ; le 3 janvier 2026, il a spectaculairement renoué avec la doctrine Monroe chassant du pouvoir à Caracas le révolutionnaire Nicolas Maduro qui, aux portes de l’Amérique s’était rapproché de la Chine, de l’Iran et des terroristes du Hezbollah ;

Puis, usant de la menace militaire, il a intensifié son ancienne revendication du Groenland, avant de vouloir l’acheter ; au passage, menaçant ses alliés il a ébranlé la stabilité de l’Alliance Atlantique.

Enfin, enchaînant les volte-face, fustigeant le laxisme migratoire et l’impuissance stratégique des 27, il a exprimé son mépris pour l’Europe écartée des négociations avec Moscou sur l’Ukraine ; et, tout en assurant que son Conseil pour la paix dont il serait le président l’associerait à ses initiatives, il dénigre l’ONU qu’il prive de ses moyens d’action en réduisant les contributions financières de l’Amérique [1].

Enfin, dernière manifestation de son hubris stratégique exprimé à l’égard de ses amis, le Président américain donne le sentiment qu’il exige d’être le seul à entretenir des relations avec la Chine de Xi Jinping qu’il appelle « son ami » en se préparant – dit-il - à le rencontrer au mois d’avril.

Le 30 janvier, réagissant aux missions en Chine du britannique Ker Starmer et du Canadien Mark Carney, il a lancé une mise en garde sibylline, prévenant les deux qu’il était « très dangereux de faire des affaires avec la Chine. »

La vindicte de Trump qui rejoint les critiques de l’opposition conservatrice à Londres offusquée par la taille de la nouvelle ambassade de Chine près de la City et de la Tour de Londres, (20 000 m2, plus vaste complexe diplomatique chinois d’Europe) cibla plus directement le premier ministre canadien Mark Carney.

Ce dernier avait eu l’impudence de prononcer à Davos un discours frondeur au nom de la résistance des « puissances moyennes » à la coercition des « superpuissances » (lire : Davos 2026. Un craquement stratégique et le double visage de la Chine).

Après avoir laissé flotter la menace de représailles douanières, D. Trump s’est contenté du constat que la Chine ne saurait être la solution aux difficultés d’Ottawa (baisse de la croissance, crise de la dette, faible productivité du travail, menaces sur l’emploi, risques de récession) « Le Canada ne va pas bien du tout. (Mais) la Chine n’est pas la réponse » (à ses problèmes).

La stratégie du téléphone. Depuis Pékin la Chine s’affiche en puissance centrale.

Au début du mois de février, coïncidant avec les prémisses du Nouvel an chinois (Li Chun – 立春 - retour de la puissance du soleil, avant la fête du Nouvel an lunaire, le 17 février) Xi Jinping a, le même jour, enchaîné deux échanges téléphoniques de vaste portée stratégique, avec D. Trump et Vladimir Poutine.
De cet exercice d’équilibre du président chinois qui s’affiche « au centre » en modérateur des tensions, il ressort néanmoins une nuance dans le ton général des compte-rendu des médias chinois.

Avec Vladimir Poutine, auquel Xi Jinping répète que le Monde subit des changements jamais vus depuis un siècle 百年未见的变化, il s’agissait de réaffirmer la force des liens mutuels établis dans le contexte général d’une contestation de l’ordre occidental de l’après-guerre, dont le caractère univoque fut encore renforcé par la Chute de l’URSS et la fin de la guerre froide entre Washington et Moscou [2].

Avec D. Trump premier rival stratégique de la Chine, elle-même directement confrontée à la puissance américaine dans le Pacifique occidental, en mer de Chine sud sud et dans le détroit de Taiwan, la tonalité était, sans surprise, la résistance.

Comme toujours teintée de l’exigence de respect sans condescendance, ni leçons de morale politiques sur les droits de l’homme, la résilience chinoise est aujourd’hui confortée par une capacité d’innovation technologique spectaculaire et la puissance incomparable du tissu productif chinois à l’origine de 1100 milliards d’excédent commercial en 2025 (lire notre analyse perspective : Excédent commercial record et freinage de la croissance).

Note(s) :

[1Suppression de l’USAID ; retrait de l’UNESCO, du Conseil des droits de l’homme, et du GIEC ; limitation des engagements financiers aux seuls intérêts américains. Selon Joseph Nye, chantre américain du « Soft power », par ces initiatives, D. Trump remplace la capacité d’attraction de l’Amérique par de la coercition. Mais en même temps, spécialiste du grand écart émotif, le président américain promet de continuer à coopérer avec l’ONU.

Au Conseil d’administration de Gaza, matrice du Conseil de la paix (Board of peace) siègent déjà le Bulgare Nicolay Mladenon, envoyé spécial des NU au Moyen Orient et la Néerlandaise Sigrid Kaag, coordinatrice spéciale des NU pour la paix au Moyen Orient.

Les deux cohabiteraient avec des milliardaires et des promoteurs immobiliers, l’Israélien Yakir Gabay, Steve Wiikoff, Jared Koushner gendre de Trump, Marc Rowan, milliardaire américain de la finance PDG d’Appolo Global Management, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, Hakan Fidan, MAE Turc et plusieurs haut-responsables du Moyen Orient dont la Ministre Reem Al-Ashimym chargée de la coopération aux Émirats, Hassan Rashad, chef des services secrets égyptiens et Ali Al.Thawadi, ministres des Affaires stratégiques du Qatar.

Au dernier forum de de Davos à la fin janvier, Trump a évoqué l’idée que le projet pourrait être élargi au rang d’une institution mondiale présentée comme une alternative à l’ONU dont lui-même serait le Président à vie doté d’un droit de veto. Un siège de membre permanent coûterait Un milliard de $ d’abord destiné en priorité, dit-il, à la reconstruction de Gaza.

A la date du 7 février, 28 pays avaient adhéré au Conseil de la paix. 1) Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, Égypte, Jordanie, Maroc, Israël et Koweï ; 2) En Europe : Hongrie, Turquie, Albanie, Bulgarie, Biélorussie et Kosovo ; 3) En Asie et au Caucase : Pakistan, Indonésie, Vietnam, Kazakhstan, Ouzbékistan, Mongolie, Arménie, Azerbaïdjan et Cambodge ; 4) Aux Amériques : États-Unis, Argentine, Paraguay et El Salvador.

Les absents de marque sont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Italie, l’Union Européenne, la Russie, la Chine, l’Inde, l’Australie et le Canada, auquel Trump lui-même a retiré l’invitation après son discours rebelle à Davos.

[2L’effondrement de l’URSS, le 25 décembre 1991, fut pour la Chine de Deng Xiaoping une alerte répulsive de première grandeur dont le souvenir hante toujours les dirigeants du parti communiste chinois conscients que l’excès de réformes politiques porte le risque mortel d’affaiblir le magistère du Parti.


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