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Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté

Xi Jinping et D. Trump : résistance chinoise et hâblerie américaine.

Le 4 février Xi Jinping a appelé D. Trump, pour tracer la ligne rouge de Taiwan et exprimer la résistance de la Chine à Washington. L’appel a suivi le très amical échange en visioconférence avec Vladimir Poutine. Montage photo « The Economic Times ».


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L’échange avec le président américain dont il ne fait pas de doute que Xi Jinping a perçu la volonté d’accommodements pour tenir à distance une montée catastrophique aux extrêmes, préjudiciable à tous, y compris à propos de Taïwan, a, dans les médias chinois, fait l’objet de commentaires plus factuels que ceux de D. Trump qui, le 4 février, les a décrits comme excellents sur son réseau social « Truth. »

« Les relations avec la Chine, et mes relations personnelles avec le président Xi, sont excellentes, et nous sommes tous deux conscients de l’importance de les maintenir ainsi. »

Selon CCTV , Xi Jinping aurait déclaré à D. Trump que leurs différends pourraient être abordés « un par un », ajoutant que l’objectif devrait être que la Chine et les États-Unis progressent vers « le respect mutuel, la coexistence pacifique et une coopération confiante mutuellement avantageuse “相互尊重、和平共处、互利互信的合作”. ».

Pour le président chinois, 2026 serait une année de stabilisation des relations bilatérales. En même temps, après l’accord du Congrès autorisant 11 milliards de $ de ventes d’armes à Taiwan, Xi Jinping a, sur ce sujet, exhorté son homologue à la prudence, rappelant que Pékin s’y opposait comme une ingérence dans ses affaires intérieures.

(Sur les ventes d’armes et le soutien politique à Taipei par Wahington qui vient de conclure avec l’Île un accord commercial source de colère à Pékin, lire : Les répliques politiques internes de l’accord commercial entre Taipei et Washington).

Au total, en amont d’une visite à Pékin de D. Trump, pour l’instant hypothétique, la bonne volonté affichée de Xi Jinping et de D. Trump de prévenir un engrenage catastrophique paraissait réelle.

Même si au cours de leur échange, selon les médias chinois qui n’en parlent pas, Xi Jinping n’a pas évoqué la prochaine visite de D. Trump à Pékin en avril, comme il n’est pas non plus revenu sur la promesse de réduire le déficit commercial (295,5 milliards de $ en 2025, en hausse) en augmentant encore ses achats de soja, estimant peut-être, qu’avec 12 millions de tonnes achetées par la Chine depuis l’automne 2025, soit 100 millions de $, Pékin en avait fait assez.

Par ailleurs, en dehors du très explosif contentieux de Taïwan, à propos duquel, persiste l’ambiguïté américaine entretenue par des signaux contradictoires du Pentagone et de la Maison Blanche sur l’implication américaine dans le cadre du Taiwan Relation Act (1979), la réalité est que les facteurs de tensions entre les deux se sont récemment accumulés.

Ils vont de la récente guerre des taxes infligées à la Chine par D. Trump, assortie d’une riposte chinoise jouant du levier de sa suprématie dans le secteur des terres rares, au malaise stratégique de Pékin autour de la situation en Iran, un de ses premiers alliés (sur la proximité Chine-Iran, lire La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?), en passant par les accusations de Washington fustigeant l’aide de la Chine à la Russie en marge de sa guerre en Ukraine.

(Sur le parti-pris pro-russe de Pékin dans la guerre en Ukraine, lire notre article sur le « semi-échec » de la conférence pour la paix en Suisse en 2024 : Le semi-échec du sommet suisse sur l’Ukraine et la vaste ambition de médiateur global de Xi Jinping).

Une autre indication flagrante du préjugé pro-russe de Xi Jinping contredisant son affichage d’impartialité, est la mise en scène en visioconférence de son échange avec Vladimir Poutine au cours duquel lui-même était solennellement installé dans une salle de conférence du Grand Palais du Peuple.

Xi Jinping et Vladimir Poutine. Connivence stratégique, défense de l’ordre international et de l’ONU.

Le ton amical et la mise en scène ostensiblement solennelle de l’appel à Vladimir diffusé à Pékin et Moscou à partir du Grand Palais du Peuple, tranchaient avec l’échange plus banal avec D. Trump. Capture d’écran de CGTN.


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Alors que l’échange en visioconférence était également diffusé au Kremlin, son ton était celui de la connivence amicale ponctuée par des souhaits réciproques de nouvel an et de promesses d’une coopération future approfondie.

Selon Xinhua, les deux ont insisté sur la nécessité de défendre leurs narratifs historiques de leur victoire commune contre le fascisme par de grands sacrifices 大牺牲 au cours de la 2e guerre mondiale.

Dans ce contexte Xi Jinping, a déclaré que « la Chine et la Russie devraient travailler ensemble pour maintenir la stabilité stratégique mondiale, dans une situation internationale qui, depuis le début de l’année 开年以来 devenait de plus en plus turbulente 发动荡 ».

En tant que grandes puissances responsables et membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine et la Russie avaient l’obligation de promouvoir le respect, l’équité et la justice au sein de la communauté internationale ; de défendre fermement les acquis de la victoire de la Seconde Guerre mondiale ; de soutenir résolument le système international centré sur l’ONU ainsi que les normes fondamentales du droit international, tout en œuvrant ensemble à la sauvegarde de la stabilité stratégique mondiale.

Vladimir Poutine a renchéri en soulignant que les deux devaient continuer à se soutenir mutuellement sans faiblir pour préserver leur souveraineté et leur sécurité nationales, assurer leur développement économique et social ainsi que leur prospérité ; promouvoir les échanges entre leurs sociétés dans les domaines de l’éducation, de la culture et de l’économie, tout en travaillant au bien-être de leurs peuples.

Il a ajouté que, face à une situation internationale complexe et instable, la Russie était disposée à poursuivre le renforcement de sa coopération stratégique avec la Chine au sein des instances multilatérales telles que les Nations Unies, l’Organisation de coopération de Shanghai et les BRICS, contribuant ainsi à dynamiser les relations internationales.

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En réalité Xi Jinping tente un exercice d’équilibre acrobatique. Dans un monde moins ordonné, il ménage à la fois ses relations privilégiées avec Vladimir Poutine et la possibilité d’un accommodement avec D. Trump qui espère une visite à Pékin en avril et dont il a perçu les réticences à l’escalade.

A l’intérieur, les intellectuels chinois se félicitent que Pékin ait fixé ses limites, notamment à propos de Taiwan, « La Chine est une grande puissance incontournable », dit Ren Xiao, professeur à l’Institut d’études internationales (IIS) de l’université Fudan à Shanghai.

Pour Chong Ja Ian, professeur associé de sciences politiques à l’Université nationale de Singapour (NUS) et chercheur associé à Carnegie China, « Xi Jinping fait étalage de son influence et montre qu’il est au cœur des principaux développements stratégiques en cours. » (…) « Se considérant en position de force, tout en rassurant Vladimir Poutine qu’il est capable de gérer D. Trump, il lui montre qu’il dispose d’autres options. »


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