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Pékin face à l’embrasement du Moyen-Orient. Avec Moscou et Téhéran une coagulation anti-occidentale

Mise à jour du 22 juin.

Sources ZeroHedge, Le Figaro, Libération, le NYT, Reuters.

A 22 h dans la nuit du 21 au 22 juin (04 heures du matin, le 22 juin à Paris, 7h 30 à Téhéran et 10h en Chine), le président Trump, qualifiant l’opération de « succès militaire spectaculaire », a annoncé que des « frappes massives de précision avaient complètement et totalement anéanties les installations nucléaires iraniennes ».

En même temps il a averti l’Iran qu’il a qualifié de « tyran du Moyen-Orient » que s’il n’acceptait pas de négocier, de nombreuses autres cibles seraient visées. « Soit la paix, soit une tragédie pour l’Iran pire que celles que nous avons connues ces huit derniers jours. » (…) «  Si la paix n’est pas rapidement instaurée, nous nous attaquerons au reste du pays avec promptitude et efficacité ».

Concrètement les sites d’enrichissement d’uranium de Fordo, Natanz et Ispahan ont été attaqués par six bombes « anti-bunker » de 13,6 tonnes chacune larguées par plusieurs bombardiers B-2 et par 30 missiles de croisière Tomahawk tirés depuis des sous-marins positionnés à 400 nautiques de l’Iran.

Selon Jennifer Griffin, correspondante de Fox News, au moins deux bombardiers B-2 « peut-être plus » étaient impliqués, mais, dit-elle, « certains des B-2 repérés volant en direction de Guam faisaient partie d’une manœuvre de déception. »

Le 22 juin, les médias iraniens ont confirmé les frappes sur les trois principaux sites nucléaires cités plus haut « Il y a quelques heures (....) une partie du site nucléaire de Fordo a été attaquée par des frappes aériennes ennemies » (…) « Les défenses anti-aériennes d’Ispahan et de Kashan ont été activées contre des cibles hostiles et plusieurs explosions ont été entendues simultanément »

En même temps, alors que l’Arabie saoudite et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), affirmaient qu’il n’y avait pas eu d’augmentation des niveaux de radiation après l’attaque, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique déclarait que le bombardement des trois sites nucléaires constituait une « violation barbare du droit international. »

Sur X, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi déclarait que « Les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, avaient commis une grave violation de la Charte des Nations Unies, du droit international et du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) en attaquant les installations nucléaires pacifiques iraniennes. »

« Les événements de ce matin sont scandaleux et auront des conséquences durables. Chaque membre de l’ONU doit s’alarmer de ce comportement extrêmement dangereux, illégal et criminel. Conformément à la Charte des Nations Unies et à ses dispositions autorisant une riposte de légitime défense, l’Iran se réserve toutes les options pour défendre sa souveraineté, ses intérêts et son peuple. »

*

Les réactions de la communauté internationale appellent toutes à la négociation.

Mais parmi elles, il faut distinguer celles qui ne font que condamner l’usage de la force, prenant fait et cause pour l’Iran contre Washington ; Celles dont la teneur est neutre qui, sans prendre parti, appellent à une désescalade rapide et enfin, celles qui rappellent la menace existentielle que le programme nucléaire militaire de Téhéran fait peser sur Israël.

A noter qu’à côté de la déclaration d’Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, qui dit son « alarme face à l’usage de la force par Washington, menace directe, dit-il contre la sécurité de la planète », Maryam Radjavi, qui dirige depuis l’étranger, le « Conseil National de la résistance iranienne », a clairement pris position contre le régime des Mollahs.

« Maintenant, le guide suprême iranien Ali Khamenei doit partir. Le peuple iranien aspire à la paix et à la liberté. » (…) « Khamenei est responsable d’un projet antipatriotique qui, en plus d’avoir coûté d’innombrables vies, a coûté au peuple iranien au moins 2 000 milliards de dollars –aujourd’hui partis en fumée. ».
QC avait déjà évoqué Myriam Radjavi le 5 janvier 2020 (lire : Face à la montée des tensions avec l’Iran, Pékin garde « deux fers au feu. ») au moment de l’élimination par Washington, lors du premier mandat de D. Trump, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, du général Qassim Soleimani, Directeur des services de renseignements et de sécurité iraniens et d’Abou Mehdi al-Mouhandis, n°2 du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Téhéran intégrés à l’État irakien.

Parmi les plus critiques de Washington, sans surprise, Pékin et Moscou sont les plus virulents.

Le 22 juin dans la matinée, CGTN, le media international porte-parole du gouvernent chinois, mettait en garde Washington qu’il accusait de « commettre en Iran les mêmes erreurs qu’en Irak. » (…)

Oubliant que contrairement à 2003, l’actuelle appréciation de la menace directe iranienne ne reposait pas sur le mensonge du Secrétaire d’État Colin Powell, les commentateurs chinois ne glosent que sur le risque porté par l’agressivité militaire de l’Amérique, sans évoquer les projets nucléaires militaires des Ayatollahs.

« L’histoire a montré à maintes reprises que les interventions militaires au Moyen-Orient produisent souvent des conséquences imprévues, notamment des conflits prolongés et une déstabilisation régionale.  »

En Russie, Medvedev,l’ancien Président russe fantoche manipulé par V. Poutine, aujourd’hui, Vice-président du Conseil de sécurité, soulignait, lui aussi sans évoquer la menace nucléaire iranienne, la contradiction entre « un Président arrivé au pouvoir en pacificateur, qui venait pourtant de déclencher une nouvelle guerre. »

Plus généralement, il faut constater que les condamnations les plus acerbes négligeant systématiquement de mentionner la menace militaire posée par une arme nucléaire détenue par une mystique théocratique animée d’un idéal sacrificiel, viennent toutes de pays cultivant de lourds ressentiments contre la toute-puissance invasive de Washington.

Ainsi, fort de « ses convictions pacifistes », le Mexique se contente d’appeler à « la désescalade et au dialogue ». De même, sans autre commentaire, le Venezuela « condamne catégoriquement l’agression militaire américaine contre l’Iran et exige la cessation immédiate des hostilités. »

A Cuba, La Havane est sur la même ligne, à viseur unique. Le Président Miguel Diaz-Canel « dénonce fermement le bombardement américain des installations nucléaires iraniennes, une dangereuse escalade du conflit au Moyen-Orient. »
Il ajoute, « Cette agression qui viole gravement la Charte des Nations Unies et le droit international, plonge l’humanité dans une crise aux conséquences irréversibles. »

*

Alors que, selon un sondage, Netanyahu, largement appuyé à 80 % par les Juifs d’Israël, mais désavoué par 60 % des Arabes, ne tarit pas d’éloges pour Trump, notons quelques nuances dans les réactions des alliés de Washington.

S’il est exact que, globalement, les pays occidentaux n’occultent pas le risque posé par l’Iran théocratique et terroriste doté de l’arme nucléaire, leur solidarité avec Washington s’exprime avec quelques variations.

Paris qui rappelle avoir à plusieurs reprises exprimé sa très ferme opposition à l’arme nucléaire iranienne, tout en prenant cependant soin de préciser n’avoir ni participé à l’attaque, ni à sa planification, est – c’est un euphémisme - un des alliés de Washington les plus prudents. « La France est convaincue que le règlement durable de cette question passe par une solution négociée dans le cadre du Traité de non-prolifération sur les armes nucléaires. »

Le premier ministre britannique Keir Starmer est un soutien plus direct et sans ambiguïté de Washington.

« Le programme nucléaire iranien constitue une grave menace pour la sécurité internationale. L’Iran ne saurait être autorisé à développer l’arme nucléaire et les États-Unis ont pris des mesures pour atténuer cette menace. » Il ajoute « Nous appelons l’Iran à revenir à la table des négociations et à trouver une solution diplomatique pour mettre fin à cette crise. »

En Allemagne, après réunion du Conseil de sécurité, le chancelier Friedrich Merz a appelé l’Iran à négocier une résolution pacifique du conflit avec Israël et les États-Unis.

Jürgen Hardt, vice-président du Parlement et chef de file du parti chrétien-démocrate de centre-droit (CDU) au pouvoir, blâmait Téhéran et déclarait au Tagespiegel « Après le refus de l’Iran d’accepter l’offre de négociation des Européens, les conséquences d’une frappe américaine contre les installations nucléaires étaient prévisibles  ».

Responsable de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kalas qui « exhorte toutes les parties à faire marche arrière, à revenir à la table des négociations et à empêcher une nouvelle escalade », est tout aussi claire : « L’Iran ne doit pas être autorisé à développer l’arme nucléaire, car cela constituerait une menace pour la sécurité internationale. »

Depuis Rome, Antonio Tajani, le MAE Italien n’oublie pas non plus de mentionner le programme nucléaire iranien et, sans blâmer Washington, appelle les Ayatollahs à la sagesse. « Nous espérons désormais qu’après cette attaque, qui a causé des dommages considérables à la production d’armes nucléaires et représenté une menace pour l’ensemble de la région, une désescalade pourra s’amorcer et que l’Iran pourra s’asseoir à la table des négociations. »

Une subtile dissonance s’est exprimée entre les alliés du Pacifique.

Alors que le MAE néozélandais Winston Peters, se disait « préoccupé par l’action militaire en cours » renvoyant dos-à-dos toutes les parties vers l’exigence d’un dialogue, le porte-parole australien, rappelait d’abord les menaces constituées par le programme nucléaire et de missiles balistiques iraniens, avant d’appeler lui aussi à la désescalade.

Le Japon exprime lui aussi une prudence par la voix du premier ministre Ishiba dont la première préoccupation est avant tout la désescalade.

*

Quant aux États du Golfe, dont certains ne sont pas mécontents du coup porté à la menace shiite radicale, mais soucieux de ménager leurs « rues arabes  », ils pèsent leur réaction au trébuchet, dans une situation infiniment complexe et enchevêtrée et instable.

Malgré la présence dans le pays de plusieurs bases américaines, selon Arab News, quotidien saoudien de langue anglaise, exprimant le point de vue du gouvernement de Ryad, l’Arabie saoudite considère aujourd’hui l’Iran « non pas comme un adversaire, mais comme un pays musulman frère confronté à une agression grave et injustifiée. »

Le journal rajoute que Riyad a notamment souligné que « la stabilité régionale dépendait du renforcement de la coopération entre les nations musulmanes. »

Les Émirats qui en appellent à un Conseil de sécurité paralysé par les séditions russe et chinoise, expriment « leur profonde préoccupation face aux tensions persistantes dans la région et aux attaques contre les installations nucléaires iraniennes. Ils appellent à la cessation immédiate de l’escalade afin d’éviter de dangereuses répercussions et une nouvelle instabilité. »

Quant au Quatar, « proxy  » de l’Iran dont il faut rappeler qu’il fut le sponsor historique du Hamas à la demande de Tel Aviv et de Washington, « il regrette la détérioration de la situation suite aux bombardements contre les installations nucléaires iraniennes. ».

En même temps, il dit suivre avec « une grande inquiétude l’évolution de la situation après les récentes attaques contre la République islamique d’Iran, pays frère, visant ses installations nucléaires. » Enfin, « Il prévient que les tensions dangereuses observées actuellement dans la région entraîneront des répercussions catastrophiques aux niveaux régional et international.  »

Autrement dit, sous la surface de cet Orient compliqué envahi par de pesantes arrière-pensées, dont beaucoup expriment à la fois une rancœur contre l’Occident et l’espoir d’une solidarité musulmane, un risque continue à fermenter pour Washington et ses alliés.

Passée la phase du choc des frappes ciblées menées par les bombardiers B-2 et des premiers soulagements après la démonstration de force contre l’État terroriste iranien, la solidarité culturelle et religieuse musulmane arabo-perse n’a pas disparu. C’est en tous cas la ligne éditoriale du journal saoudien Arab News.

La persistance en sous-main de cette fraternité rescapée des longues rivalités datant de la conquête arabe de la Perse, sera, selon toute vraisemblance et à terme, attisée par l’intervention américaine si elle se prolongeait. C’est bien ce potentiel d’une rancœur anti-occidentale latente que Pékin avait exploité en mettant magistralement en scène à Pékin le 11 mars 2023, un rapprochement entre l’Iran chiite et l’Arabie sunnite.

Pour l’instant, la puissance militaire et le fracas des armes relègue les ambitions chinoises au rang de velléités inefficaces. Il serait pourtant imprudent de croire qu’elles ne gagneront pas en pertinence, coagulées par les épouvantes de la guerre et les solidarités émotionnelles du rejet contre un Occident dont le seul argument serait la puissance militaire.


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