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Pékin face à l’embrasement du Moyen-Orient. Avec Moscou et Téhéran une coagulation anti-occidentale

Tournant le dos aux conseils de prudence stratégique de Deng Xiaoping, Pékin penche vers Téhéran et dénonce Washington.

Sites nucléaires iraniens dont certains enterrés comme Natanz et Fordoo au centre du pays, enrichissent l’uranium pour lui donner une qualité militaire. Depuis plusieurs années l’AIEA signale cette évolution préoccupante. En 2018 déjà le Conseil de sécurité s’était réuni à la demande de plusieurs membres (États-Unis, Royaume-Uni, France, Grèce, Panama, Corée du Sud) pour écouter les mises en garde de Washington qu’aujourd’hui Pékin, devenu un soutien de l’Iran, accuse de « jeter de l’huile sur le feu ». En décembre 2022, le Conseil l’Union européenne avait réaffirmé que l’Iran ne devait jamais mettre au point ou acquérir une arme nucléaire, rappelant au passage les engagements de Téhéran signataire du TNP.


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Au Bureau Politique c’est la prudence qui domine. Même sa dépendance relative au pétrole iranien – environ 15% de ses importations totales, par ailleurs diversifiée par ses achats en Russie, en Irak, au Brésil, en Arabie saoudite et en Malaisie – ne pourrait convaincre la Chine de s’impliquer plus directement.

Par ailleurs, ayant résolument choisi le camp anti occidental, il est également impossible qu’elle use de son statut de premier acheteur du pétrole iranien pour faire pression sur Téhéran.

Par exemple, lorsque les groupes Houthis du Yémen soutenus par l’Iran ont attaqué des navires israéliens en mer Rouge, Tel Aviv avait appelé la Chine à user de son influence sur l’Iran pour faire cesser les harcèlements. « Soit elle n’a pas été en mesure de le faire, soit, elle a choisi de ne pas agir. »

Au contraire, quand Pékin a, fin 2023, annoncé que China Ocean Shipping Company, 4e transporteur mondial, stoppait ses services au profit d’Israël, un responsable Houthi au Yémen a déclaré en janvier 2024, que les bateaux chinois ne seraient désormais plus attaqués, comme c’était déjà le cas pour les Russes.

La bascule confirmait qu’un quart de siècle après la mort de Deng Xiaoping, par opportunisme anticolonial et anti-occidental, Pékin qui s’est rapproché du « sud global », tournait le dos aux conseils de prudence stratégique du « petit timonier » qui prônait de se tenir à l’écart des alliances (lire : Depuis le conflit à Gaza, Pékin confirme son nationalisme antioccidental).

Enfin, du point de vue de Pékin – c’est l’avis ouvertement exprimé par de nombreux commentateurs et universitaires chinois – en s’impliquant aussi directement, et plus encore en déclenchant un conflit direct avec Téhéran, Washington épuiserait ses ressources, affaiblissant mécaniquement ses capacités d’affrontement contre la Chine.

En haussant l’analyse d’un étage et examinant la position chinoise dans une longue perspective, on constate qu’ayant progressivement tourné le dos à l’Occident, le pays entouré d’autocrates radicaux, durcit sa position.

Le conflit entre Israël et l’Iran, ultime étape d’une coagulation anti-occidentale.

Sans évoquer la menace d’une arme atomique , Xi jinping reconnait à Téhéran le droit au nucléaire civil et à se défendre face à Israël. En même temps il accuse Washington de jeter de l’huile sur le feu.


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La migration géopolitique vers moins de nuance stratégique plonge ses racines dans les discordes de la guerre en Yougoslavie (1991-2001).

Critique des bombardements de l’OTAN sans l’aval de l’ONU, Pékin proche de la Serbie dont l’ambassade à Belgrade qui abritait un relais de Milosevic avait, le 7 mai 1999, été détruite par un bombardier B-2 – (Le même qui pourrait livrer une bombe GBU-57 contre les sites nucléaires militaires iraniens enterrés) avait payé le prix fort et humiliant de son opposition à l’Alliance (lire : Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques).

Alors que les intellectuels nationalistes ressentaient de plus en plus cruellement l’humiliation des embargos infligés au régime après la répression du 4 juin 1989 à Tian An Men, mais forte de sa formidable montée en puissance, la Chine s’est en 2013 engagée dans un vaste contournement planétaire de l’influence de l’Amérique, par ses projets tentaculaires des « Nouvelles Routes de la soie. »

En dépit des ratés et des gaspillages, malgré les déceptions et les accusations d’ingérences politiques et de captations de richesses liées au « piège de la dette », l’impact de l’influence chinoise en Afrique, en Asie du Sud, au Pakistan, en Asie Centrale et en Amérique latine a laissé dans le « sud global » une trace souvent plus positive que celle de l’Occident.

L’actuel conflit au cœur du Moyen Orient entre Israël pointe avancée de l’Occident au Moyen Orient et l’Iran théocratique courtisé par Pékin et Moscou, tous trois membres des nébuleuses des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, contestant la prévalence occidentale, cristallise le basculement du monde dont l’Amérique et ses alliés, notamment Israël, font les frais.

En ce moment crucial où les missiles pleuvent sur l’Iran et Israël, alors que D. Trump hésite à impliquer directement l’Amérique dans le conflit, le dernier signe en date de cette recomposition radicale des rapports de forces marquant le retranchement anti-occidental de la Chine, est la déclaration commune de Pékin et Moscou du 20 janvier appelant à la désescalade du conflit.

Comme le souligne Nectar Gan dans une analyse de CNN, « alors que le président américain Donald Trump envisage de rejoindre Israël dans son attaque contre l’Iran, l’escalade rapide entre les deux ennemis jurés au Moyen-Orient offre à Pékin et Moscou une nouvelle occasion de se présenter comme une alternative à la puissance américaine. »

Contre l’Amérique et Israël, avec Poutine, la Chine a choisi son camp.

Les présidents russe et chinois Vladimir Poutine et Xi Jinping sont avec le guide iranien l’Ayatollah Ali Khamenei tous les trois sur une ligne antioccidentale et anti-israélienne (photo : Bureau du Guide Supreme via Reuters).


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Bien que les deux soient adeptes des stratégies de puissance, jamais avares de menaces militaires, le premier en mer de chine du sud et à Taiwan, le deuxième contre l’étranger proche de l’ancienne URSS, où il détruit sans état d’âme sa « petite sœur slave » à coups de lance-roquette multiples et de drones, l’un et l’autre se présentent comme des promoteurs de paix contre l’Amérique fauteur de guerre.

Alors que la Chine n’a jamais condamné l’agression de l’Ukraine par Moscou, Xi Jinping et Poutine, passant sous silence les soucis de sécurité de Tel Aviv qui se dit menacé dans sa survie par la mystique de martyr anti-juive de l’Iran théocratique qui fabrique une arme nucléaire, ont fermement condamné l’attaque d’Israël, la qualifiant de « violation de la Charte des Nations Unies et du droit international. »

Dans un message adressé à D. Trump, Xi Jinping qui accuse Washington d’être une source de l’instabilité de la région, soulignait que les « grandes puissances » ayant une influence spéciale sur les parties au conflit devraient œuvrer à « calmer la situation, et non l’inverse ».

Toujours en passant sous silence le radicalisme islamique de l’Iran courtisé par la Chine, Liu Zhongmin, expert du Moyen-Orient à l’Université d’études internationales de Shanghai, attribuait la dernière flambée de violence à l’incertitude créée par la deuxième présidence de Trump et au caractère chaotique, opportuniste et transactionnel de sa politique au Moyen-Orient.

Pointant du doigt les hésitations de Trump où voisinent l’espoir d’un compromis négocié avec Téhéran et les menaces directes d’agression imminente contre les Mollahs en appui de Tel Aviv, Liu manquait cependant la partie de l’image où la puissance d’un déploiement de forces dans les parages de l’Iran pourrait amener le régime à négocier.

C’est ce que le secrétaire d’État à la Défense, Pete Hegseth, appelle lui-même « la paix par la force », que Xi Jinping réfute. Tout en prenant fait et cause pour Téhéran, oubliant la menace nucléaire iranienne, il accuse Washington d’embraser le conflit.


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