›› Taiwan
Rebondir sur la prise de conscience publique du 23 août pour relancer véritablement l’électricité nucléaire ?
A gauche, déchargement d’un conteneur des matières nucléaires à bord d’un navire de PNTL conçu pour transporter du combustible nucléaire usé, aussi bien que du MOX, le combustible nucléaire de seconde génération, ou encore des déchets vitrifiés de haute activité. Le transfert des combustibles nucléaires usés de Taïwan à la Chine aurait l’avantage, étalé sur plusieurs années, de conforter une relation bilatérale économique paisible déjà très dense autour des semi-conducteurs et de l’industrie électronique.
A droite,en jaune, l’importance énorme des relations commerciales de Taiwan avec la Chine, en 2024, la première destination des exportations de l’île, juste devant les États-Unis — malgré des tensions politiques ultramédiatisés, qui restent à lire et à comprendre sous l’éclairage de cette heureuse symbiose économique.
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FD Merci pour vos rappels aussi instructifs qu’indispensables des polémiques passées. Mais revenons sur votre optimisme à propos de l’énergie électronucléaire à Taïwan. Vous êtes donc - depuis le scrutin d’aujourd’hui 23 août 2025 - confiant — sur le redémarrage de MaAnShan n°2 ? et même plus ?
RV Oui. Si Taiwan ne part pas à la dérive en poursuivant certaines pulsions suicidaires.
Les autorités de sureté (l’ancien ministère de l’Énergie atomique) seront en mesure d’autoriser le redémarrage - si on leur pose la question loyalement, sans poignard dans le dos - de ce sixième réacteur de Taiwan.
Sa piscine d’entreposage des combustibles usés peut en effet encore assurer le déchargement du cœur du réacteur de ses combustibles usés par tiers tous les dix-huit mois, pendant cinq années.
Et, pourquoi pas, dans la foulée, ceux de son voisin, le réacteur de MaAnShan n°1, dont la piscine offre une flexibilité semblable également sur quelques cinq années, avec les même modalités de déchargements par tiers.
FD Ensuite ?
RV Je préconise, et je ne suis pas le seul, que les deux réacteurs de KuoSheng, dans le Nord de l’île, fassent l’objet d’une étude des autorités de sûreté pour leur redémarrage.
Ainsi Taïwan retrouvera une sérieuse fraction, paisible, très économique, sans pollution, de production d’électricité nucléaire - environ 15% de son total - dont son industrie électronique a le plus grand besoin, comme le souligne aujourd’hui avec insistance TSMC.
Mais il convient de préciser, dans le même temps, que ce schéma optimal suppose qu’on réfléchisse - sans plus tarder - au sort des combustibles nucléaires usés des quatre réacteurs. Ces derniers ont littéralement engorgé les deux réacteurs de KuoSheng, cause de leur arrêt avant la date-limite de leur licence d’exploitation.
Tel est bien le résultat de la stratégie perverse des anti-nucléaires parvenus ainsi à leur fin tout en augmentant le caractère aberrant – même de leur propre point-de-vue – d’une suraccumulation de combustibles usés dans la proche banlieue littorale de Taipei !
FD Pour les deux réacteurs de MaAnShan vous venez d’expliquer qu’il y a une marge de quelques années. Qu’en est-il des deux réacteurs de KuoSheng ? Peut-on se projeter à une vingtaine d’années ?
RV Les deux piscines de KuoSheng, piscines de transfert qui n’ont pas été conçues pour entreposer à long-terme des combustibles usés, sont je le répète, sursaturées, au delà de ce qui est usuel et raisonnable. Il faut donc les délester d’urgence pour redémarrer la génération électrique.
FD TPC a récemment obtenu un accord pour passer commande d’un « entreposage à-sec (refroidissement passif) intérimaire sur-site » ? L’opération n’a-t-elle pas déjà commencé pour les deux réacteurs voisins de ChinShan ?
RV Oui, mais - même si c’est pour l’instant la seule option possible pour TaiPower dans son bras de fer avec le DPP, ce n’est pas forcément la meilleure idée, si l’on voulait convaincre les anti-nucléaires les plus raisonnables.
Il aurait été préférable de passer commande de contenants à double-usages (entreposage et transport) et de prévoir leur déménagement loin de Taipei, dans le Sud très peu habité, à MaAnShan — sur le modèle suisse, paisible, bien accepté, exemplaire, de Zwilag.
FD On devine votre proposition ultime : déplacer ces combustibles usés des quatre réacteurs de ChinShan et de KuoSheng pour un entreposage du type de celui que les Suisses ont implanté avec succès entre Bâle et Zurich, à Zwilag, avec une excellente “nuclear acceptance”, prêts à tout moment pour leur enlèvement dès que l’occasion s’en présentera, à La Hague et/ou en Chine.
RV MaAnShan offre un vaste foncier appartenant à TPC, remarquable et opportun, idéal pour une telle implantation paisible de « double-purposes casks », i.e. de « châteaux de transport & d’entreposage » selon le modèle suisse, ou hollandais. Vous pouvez consulter le site web de Zwilag sur le Web qu’on peut d’ailleurs visiter facilement (par groupe de huit personnes si possible).
FD Mais la perspective d’un transport à court ou moyen terme vers La Hague est - actuellement - peu probable ?
RV Ce n’est plus pour des raisons politiques car le Quai d’Orsay, a, sur ordre de l’Élysée, viré sa cuti. Et les diplomates français ont - enfin - pris goût à Taïwan. Ils y sont désormais en très grand nombre, et en reviennent heureux.
Mais la France est en ce moment hors de portée pour les combustibles nucléaires usés de TPC, parce que La Hague est saturée, et pour encore longtemps, par ceux d’EDF, conséquence de la gestion à courte vue d’Anne Lauvergeon pendant une douzaine d’années.
FD N’y aurait-il pas moyen de négocier ne serait-ce que le retraitement de 120 à 150 tonnes par an, de combustibles usés taïwanais ? Disons une petite rotation annuelle d’un navire de PNTL (Pacific Nuclear Transport Limited) Et de faire revivre votre astucieux concept de 1995-97, sur une période d’une petite trentaine d’années ?
RV Soucieux des intérêts industriels français, j’ai posé la question à Orano. La réponse - amicale - au cours d’un déjeuner au plus haut niveau - a été négative : EDF a un privilège total sur les capacités d’accueil de La Hague ; et il faudra du temps pour les augmenter.
De surcroît, il est hors de question pour EDF de surcharger les sites des réacteurs français de combustibles usés, ni en piscine, ni en entreposage à-sec sur-site. Ce n’est pas dans l’accord de principe avec les élus locaux, faisant que l’électronucléaire est bien accepté en France.

