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La Chine-Afrique mobilise le « Sud Global » contre l’Occident

ANNEXE.

Le contexte stratégique du complet effacement de Taïwan en Afrique.

Le 8 septembre 2023, Tsai Ing Wen était accueilli par le Roi d’Eswatini, Mswati III, dernier pays africain à reconnaitre Taiwan. Cette année, durant le forum Chine Afrique à Pékin, Mao Ning, la porte-parole du MAE chinois a encore une fois exhorté l’Eswatini à rompre ses relations avec l’Île.


*

L’Eswatini, ancien Swaziland, minuscule monarchie autocrate de 17 000 km2, peuplée de 1,1 million d’habitants, enclavée au sud du Mozambique à 340 km à l’est de Pretoria, est le dernier pays africain sur un total de 12 pays de la planète, soit 6,2% du total des membres de l’ONU [4] entretenant encore des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.

Au moment de la résolution 2758, du 25 octobre 1971, ayant expulsé la République de Chine de l’ONU et de ses organes associés, les pays africains jouèrent un rôle important avec 26 voix sur 39 en faveur de l’expulsion de Taïwan et du rétablissement de la République Populaire.

Pour autant, à cette époque, le Swaziland devenu l’Eswatini, était l’un des 13 pays africains, avec la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Gabon, la Gambie, la Côte d’Ivoire, le Lesotho, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Niger, et l’Afrique du Sud, qui s’y opposèrent.

Pour quelques Taïwanais comme l’universitaire et diplomate formé en France Peng Min Min, en rupture avec Tchang Kai-chek, futur militant indépendantiste, à l’époque exilé aux États-Unis, l’humiliation du camouflet s’ajouta à la répulsion soulevée par le souvenir cruel des massacres commis dans l’Île par les troupes désordonnées du « généralissime », le 28 février 1947 (« 2-28 大屠殺 er - er ba da tusha, grand massacre du 28 février », pour créer une alchimie réfractaire, à la racine même du mouvement indépendantiste (lire : « Le Goût de la liberté », Mémoires d’un indépendantiste formosan.).

Ayant perdu la légitimité onusienne de seul représentant de la Chine, Taïwan dont le nom officiel est toujours République de Chine, a rapidement été privée ses soutiens. Entre 1971 et 2020, 75 pays ont tourné le dos à l’Île, suivant ainsi l’exemple de la France du Général de Gaulle qui accepta de reconnaître la République Populaire en 1964, sept années avant son admission à l’ONU.

Par la suite, la « diplomatie chinoise du dollar », expression utilisée par Taïwan pour décrire les incitations financières de Pékin visant à influencer les allégeances des pays à la Chine, a considérablement réduit les alliés de Taïwan. La réalité est cependant que l’Île a, par les mêmes moyens, mais sans succès, tenté d’endiguer la vaste offensive du Continent pour l’éliminer du paysage.

En 2013, un demi-siècle après la reconnaissance gaullienne, Taïwan ne comptait plus que 22 alliés diplomatiques. Depuis, ce nombre a encore diminué de moitié, avec les défections de la Gambie (2013) de Sao Tome Principe (2016), de Panama (2017), du Burkina Faso, de la République Dominicaine et de Salvador (2018) des Îles Salomon et Kiribati (2019), du Nicaragua (2021) du Honduras (2023) et de Nauru (2024).

L’accélération des pressions chinoises sur le réseau diplomatique taïwanais est homothétique de la démocratisation de l’Île commencée à la fin des années quatre-vingt, corollaire de la montée d’une identité séparée du Continent. Le durcissement chinois accompagne le recul l’influence politique du KMT, qui comme le parti communiste chinois reconnait « le principe d’une seule Chine. »

Les dernières évolutions électorales dans l’Île où, depuis 2016, la présidence est tenue par le 民進黨 – Min Jin Dang – Parti pour le progrès démocratique, exprime cette évolution politique. Chiffon rouge pour le Parti communiste chinois, le Min Jin Dang, au pouvoir depuis huit ans, partisan d’une rupture politique avec le Continent, ne reconnait pas le principe « d’Une seule Chine ».

Durcissement chinois, tensions avec l’Europe et ambition géopolitique globale.

Depuis 2016, en riposte à l’élection à la tête de l’Ile de Tsai Ing-wen membre du Min Jin Dang et à son refus de reconnaitre le « principe d’une seule Chine » également rejeté par son successeur Lai Qing De, le Parti communiste chinois adopte une stratégie plus agressive destinée à isoler Taïwan.

Elle est exprimée par la menace sans ambiguïté que la prolongation au pouvoir du Min Jin Dang aboutira tôt ou tard à la disparition de tous les alliés diplomatiques de l’Île. Le résultat de ce regain d’agressivité de l’appareil communiste est que depuis 2016 dix États ont changé de camp.

Ce n’est pas tout. Récemment, l’acrimonie chinoise assortie de brutalité a également visé le développement des échanges – même informels – entre Taïwan et certains États européens. En 2020, les sénateurs tchèques furent une première cible de la vindicte chinoise, après que, face au parlement taïwanais, Milos Vystrcil, le Président du Sénat tchèque, paraphrasant le « Ich bin ein Berliner » de J. F. Kennedy, le 26 juin 1963, ait osé clamer « -我 是 台灣 人 – Wo shi Taiwan Ren. – je suis un Taïwanais » (lire : Le sénat tchèque à Taïwan. Pékin perd son calme. Le fossé se creuse entre l’Île et les Chinois).

En 2021, c’était au tour de la Lituanie. L’utilisation du terme « Taïwan » - référence à une entité souveraine plutôt que celui de « Taipei » pour désigner le siège du bureau de représentation de l’Île, a manqué de provoquer la rupture des relations diplomatiques entre Pékin et Vilnius (lire notre article : La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan).

La même année, le renforcement des liens économiques et politiques entre Taïwan et d’autres États d’Europe de l’Est comme la Slovénie et la République tchèque avait également suscité des menaces de la part du Parti communiste chinois.

Avec le recul on perçoit que l’insistant grignotage par Pékin du tissu diplomatique de Taïwan s’inscrit dans la rivalité stratégique plus vaste entre la Chine et les États-Unis appuyés par leurs alliés occidentaux.

Une vaste stratégie planétaire.

En persuadant le Panama de changer de position en 2017 (lire notre article : Coups de boutoir méthodiques de Pékin contre l’Île. Le Panama quitte le navire taïwanais), le Parti communiste gagnait une bataille diplomatique et nouait une relation privilégiée avec un État contrôlant l’un des passages maritimes commerciaux les plus importants au monde.

Un défi stratégique d’une ampleur similaire est actuellement à l’œuvre au cœur de l’Océanie, dans les Îles Salomon, à 800 nautiques à l’est de Port Moresby, capitale de la Papouasie Nouvelle-Guinée.

Après la bascule de son allégeance diplomatique vers Pékin en 2019 (lire : Aux Îles Salomon, Pékin perturbe la prévalence anglo-saxonne), Honiara a signé avec Pékin un accord de sécurité autorisant les navires de guerre chinois à faire escale dans l’archipel et envisageant sur demande l’envoi par la Chine de forces de sécurité pour maintenir l’ordre.

*

On le voit, la question du statut diplomatique de l’Île ne se limite pas aux tensions entre les deux rives. L’isolement de Taipei s’inscrit dans une confrontation plus large dont les aspects sont non seulement diplomatiques, commerciaux et économiques, mais également politiques.

Véhiculant d’importantes rivalités idéologiques la question exprime une vaste confrontation stratégique plaçant la Chine au cœur de la contestation de l’Occident. Elle se déploie par le détour de la mobilisation du « Sud Global » dont, tous les trois ans, les exercices de la Chine-Afrique sont de très efficaces mises en scène.

Note(s) :

[4AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES : Belize, Guatemala, Paraguay, Haïti, Saint Kitts & Nevis (Saint-Christophe et Niévès), Sainte Lucie, Saint Vincent & Grenadines / PACIFIQUE : Iles Marshall, Palau, Tuvalu/ AFRIQUE : Eswatini / EUROPE : Vatican.


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