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La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan

Créant une nouvelle friction dans les relations sino-européennes déjà mises à mal par les sanctions de Bruxelles à propos du Xinjiang aussitôt suives par les ripostes chinoises (lire Chine – Europe. Symbole d’un risque de dislocation globale, l’horizon de l’accord sur les investissements s’obscurcit), le 10 août, Pékin a rappelé son ambassadeur en Lituanie.

La décision est une réaction directe à la décision de Vilnius d’autoriser l’ouverture d’un bureau de représentation de « Taïwan ». Le nom symbolique suggérant la reconnaissance implicite d’une souveraineté, contrevient à la jurisprudence voulant que les bureaux de l’Île à l’étranger soient officiellement baptisés « Bureau de Taipei ».

Plus grand des trois États baltes, la petite Lituanie, est un des membres de l’UE devenu récemment le plus ouvertement critique de la Chine. A la fin mai, Vilnus avait déjà annoncé sa décision de quitter le groupe des « 17 + 1 » patronné par Pékin au motif que les promesses de meilleur accès au marché chinois n’avaient pas été tenues.

Dans la foulée le Ministre des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis qui répondait à une interview de Politico, avait suggéré que les autres membres du groupe dont la plupart sont en Europe Centrale et Orientale, en fassent autant.

« De notre point de vue » a t-il dit, « dans le dialogue avec la Chine, il est temps de mettre fin à la division de l’Europe et de passer du cadre “16 +1“ au schéma européen unifié “27 + 1“. » (…). Ajoutant en substance que « l’Europe était plus forte quand elle était unie »

La relation tourne à l’aigre et prend Pékin à contrepied.

A l’époque, l’Ambassade de Chine auprès de l’UE qui avait déclaré ignorer l’initiative, avait réfuté que la coopération avec les pays d’Europe Centrale et Orientale serait dominée par Pékin dans le but de diviser l’UE.

« Il s’agit d’un mécanisme de coopération interrégional initié conjointement par la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale. Il répond à la volonté de toutes les parties de rechercher ensemble les voies du développement » (…) « Plutôt que d’être dominé par la Chine, le mécanisme implique toutes les parties dans une coopération basée sur le volontariat, des consultations et des contributions conjointes, dans une atmosphère d’ouverture et d’inclusion. »

(…) « La coopération Chine-PECO a été très fructueuse au cours des neuf dernières années depuis sa création. Cela a apporté des avantages tangibles aux pays concernés et ajouté une nouvelle dimension aux relations Chine-UE ». Lire à ce sujet :

La ruade de Vilnius, qui avait déjà bloqué les investissements 5G de Huawei, intervenait au moment précis où, le 20 mai, le parlement européen votait, à une écrasante majorité, le gel de la ratification du traité Chine – Europe sur les investissements.

La peur chinoise d’un effet domino en Europe.

Le même jour, le parlement lituanien devenait le quatrième au monde, après le Canada, les Pays Bas et le Royaume Uni à voter une motion déclarant que le traitement des Ouïghour au Xinjiang était « un génocide ».

Le rappel de l’Ambassadeur chinois exprime la nervosité grandissante de Pékin dans un contexte global où, même Washington, prolongeant les initiatives de D. Trump resserre ses liens avec l’Île.

Après les tensions avec Prague de septembre 2020, https://www.questionchine.net/le-senat-tcheque-a-taiwan-pekin-perd-son-calme-le-fosse-se-creuse-entre-l-ile-et-les , la déclaration du Waijiaobu, exprime sans équivoque la crainte d’un effet domino au sein de l’UE.

« Permettre aux autorités taïwanaises d’ouvrir un bureau de représentation sous le nom de “Taïwan“ viole effrontément l’esprit du communiqué sur l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la Lituanie. C’est pourquoi, Pékin a décidé de rappeler son ambassadeur en Lituanie et exige que le gouvernement lituanien rappelle son ambassadeur en Chine. »

*

Il n’est pas impossible que Pékin dont le nationalisme est à fleur de peau, aille plus loin et décide de rompre les relations diplomatiques avec Vilnius.

C’est en tous cas ce que suggère Liú Zuòkuí 刘作奎, directeur d’Europe centrale et orientale à l’Académie chinoise des sciences sociales : « La possibilité d’une rupture des relations diplomatiques entre la Chine et la Lituanie ne peut être exclue si le gouvernement lituanien ne corrigeait pas ses erreurs. »

Dans les cercles intellectuels proches de l’appareil, l’humeur n’est en tous cas pas à l’apaisement. Le 10 août, Hú Xījìn 胡锡进, le rédacteur en chef du tabloïd nationaliste Global Times, qualifiait la Lituanie de « petit pays fou plein de peurs géopolitiques », et concluait qu’elle « finira par payer le prix de son acte pernicieux ayant brisé les règles internationales. »


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