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La Chine-Afrique mobilise le « Sud Global » contre l’Occident

Lors du 9e sommet Chine-Afrique du 4 au 6 septembre à Pékin, Xi Jinping, continuant ses corrections, trajectoire pour tenir à distance les critiques d’une approche néocoloniale au profit des seuls intérêts chinois, a promis de rétablir le niveau des investissements tombés de 26 à 3 milliards de $ depuis 2016 et de créer un million d’emplois en Afrique en trois ans.


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Cette semaine, Pékin a, après la parenthèse de Dakar en 2021, au milieu des affres de la pandémie (lire : Huitième sommet Chine-Afrique. Vaccins et promesses d’une communauté de destin. Au-delà du rêve, les réalités), renoué avec le spectaculaire affichage d’une mise-en-scène « gagnant-gagnant » sans accroc de sa relation avec l’Afrique en accueillant avec force envolées sentimentales et tapis rouges 52 chefs d’État africains sur 57.

Alors que la relation se crispe comme jamais autour des différends stratégiques et des querelles tarifaires entre la Chine et les États-Unis suivis de leurs alliés occidentaux dont beaucoup sont d’anciennes puissances coloniales, le 9e sommet Chine – Afrique a mis en scène avec un impressionnant à-propos sa stratégie de contournement de l’Occident par le « Sud Global ».

Emmanuel Véron, enseignant-chercheur associé à l’Inalco et à l’École navale, replace l’insistant engagement de Pékin en Afrique, partie de l’actuel projet global chinois d’affirmation anti-occidentale, dans quatre axes stratégiques invariables, depuis les années 1950.

1) En tant que « plus grand pays en développement - 最大的发展中国家 Zui Da de fazhan zhong guojia », s’affirmer aux yeux des Africains soucieux d’échapper aux influences occidentales, comme une alternative à Washington ;

2) Éviter la constitution de coalitions antichinoises dans les instances internationales et, en corollaire, par l’effet d’un étau diplomatique paralysant recruté par la diplomatie du chéquier, isoler Taiwan dont le statut d’État n’est plus reconnu en Afrique que par le Royaume d’Eswatini – ex Swaziland - (voir la note annexe).

3) Sécuriser les approvisionnements de la Chine en ressources minières primaires, halieutiques et agricoles.

4) Discréditer l’efficacité des démocraties dans les grands dossiers internationaux en faisant valoir la pertinence apaisante de l’Initiative de sécurité globale, capable de modérer les conflictualités globales, quand l’interventionnisme de Washington les attise.

Tel est l’arrière-plan des insistantes stratégies chinoises en Afrique dont QC a déjà souligné les modalités : 1) L’imperturbable constance depuis un quart de siècle ; 2) La capacité d’ajustement et de souplesse quand il s’agit de tenir à distance les critiques stigmatisant les pièges de la dette et les tendances néocoloniales et 3) La quête univoque et intéressée de matières premières (lire à ce sujet : Chine – Afrique : De la quête des matières premières à la coopération. Sur fond de manœuvre géopolitique).

C’est bien à cette critique précise d’une exploitation prédatrice des ressources par Pékin que Xi Jinping a répondu dans son discours en promettant la création d’un million d’emplois en trois ans.

Toujours pour attester de la capacité de riposte de Pékin aux vents contraires des critiques, un autre article traitait des efforts chinois pour séduire les élites africaines par des formations théoriques et professionnelles en Chine aux conditions très avantageuses : « L’éducation globale » vecteur de l’influence chinoise dans les pays du sud.

Même le Président de la République Démocratique du Congo Felix Tshisekedi très critique de l’opacité des engagements chinois dans son pays du temps de son prédécesseur Joseph Kabila, a réussi à renégocier un arrangement qui rétribuait par des droits d’exploitation minière excessifs, les travaux d’infrastructure des groupes de construction chinois n’ayant pas tenu leurs engagements.

La compensation de 7 milliards de $ promise par le groupe sino-congolais Sicomines qui représente 40% du budget annuel du Congo donne à contrario une idée de l’importance des coulages [1].

Chine-Afrique : du paradigme économique et commercial, à la stratégie d’influence globale, en passant par les points d’appui militaires.

Le 5 septembre, dans un discours d’une dizaine de minutes prononcé au Grand Palais du Peuple, Xi Jinping qui, pour affirmer sa résistance à Washington a exprimé toutes ses promesses de financement en Yuan chinois, a annoncé 360 Mds de Yuan (50,7 Mds de $) d’aide sur trois ans, sans tout de même omettre de préciser que les 2/3 seront des prêts remboursables, un triplement des projets d’infrastructure et 70 Mds de Yuan - 9,8 Mds de $ - d’investissements directs d’entreprises publiques ou privées.

Enfin, 1 milliard de Yuan - 140 million de dollars - [2] seront consacrées aux aides militaires. L’apparition dans le discours ouvert de Pékin sur la Chine–Afrique jusqu’à présent dédié au seul développement économique, d’un poste budgétaire lié à la coopération entre armées confirme qu’après son installation à Djibouti en 2015, l’APL a l’intention d’ajouter un volet de sécurité à son engagement en Afrique.

Misant sur la construction d’une « communauté de destin sino-africaine dans la nouvelle ère », l’information déjà ancienne court plus concrètement depuis le 8e forum Chine-Afrique en 2021.

Plaçant le projet dans la vision plus large d’une sécurité panafricaine dont, supplantant les réminiscences des influences coloniales, Pékin serait le moteur, la marine chinoise envisage d’installer une série des bases navales sur la côte occidentale de l’Afrique, face au golfe de Guinée.

Alors que récemment une polémique est née autour d’un projet de base navale chinoise au Gabon, l’option la plus avancée d’un point d’appui atlantique de la marine de l’APL prend sérieusement forme en Guinée équatoriale, dont la genèse mérite attention.

Note(s) :

[1En raison de la pauvreté endémique, de la corruption et des conflits, le pays dont les dimensions sont équivalentes à celles de l’Europe occidentale, ne dispose que d’un réseau routier embryonnaire. L’accord innovant de minerais contre infrastructures était une réponse aux besoins urgents de développement du Congo.

Dans ce cadre, les investisseurs de la JV Sicomines 华 刚 矿业 devaient consacrer 3 milliards de dollars à travers le pays pour améliorer les infrastructures, en utilisant une partie des recettes de l’exploitation du cobalt et du cuivre. Mais selon de nombreux observateurs, le consortium n’a pas tenu ses promesses. Le manque de transparence sur les dépenses a également nui au projet et suscité des soupçons de corruption.

[2En 2015, la Chine prévoyait déjà d’octroyer 60 millions de dollars d’assistance militaire. En septembre 2021, s’exprimant devant l’Assemblée générale des Nations Unies, Xi Jinping avait promis une aide militaire de 100 millions de dollars à l’Union africaine pour soutenir la création d’une force africaine ayant une capacité d’intervention spécifique en réponse immédiate à une crise.


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