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Li Qiang. Les contradiction de la stratégie « raisonnablement accommodante 适当宽松 »
Le vieillissement de la population chinoise est un phénomène significatif. Selon les données du Bureau national des statistiques qui produit ce graphe, en 2024, le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus a dépassé les 290 millions, soit plus de 21% de la population totale. Le BNS prévoit un vieillissement accéléré à partir de 2035 (la proportion de personnes âgées de 65 ans sera proche de 30%). En 2100, la projection évalue la proportion à 50%.
Sans toutefois évoquer l’ampleur des sommes en jeu estimées à 4400 milliards de $ par les économistes, Li Qiang a, dans son discours, considéré de manière contre intuitive, qu’à travers le projet « d’économie des cheveux argentés银发经济 », le défi existentiel du vieillissement rapide de la population recèlera aussi de vastes opportunités d’affaires.
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L’expression qui avait été utilisée par l’appareil lors de la crise de 2008, désigne une stratégie de la Banque Centrale d’abord soucieuse de stabiliser l’immobilier, de maintenir les liquidités, de stimuler le crédit, tout en réduisant l’endettement des provinces.
Elle sera mise en œuvre au cours des premières années du plan quinquennal par des choix monétaires pragmatiques axés sur la baisse des taux d’intérêt et l’augmentation contrôlée du déficit budgétaire.
L’adoption d’une politique de crédits moins restrictive se lit dans la baisse du taux de réserves obligatoires des banques commerciales et la multiplication des instruments d’attribution de prêts, dont les obligations spéciales de l’État à très long terme et les prêts dits obligataires locaux aux faibles taux d’intérêt.
Accordés en moyenne à 1,80% sur dix ans, ils réduisent la pression immédiate au remboursement pesant sur les pouvoirs locaux, les protègent des crises de solvabilité et facilitent la restructuration de leur dette cachée évaluée à 1400 milliards de $.
Pour autant, la réalité est que l’ampleur cumulée des mesures contredit le discours de prudence pragmatique de Li Qiang.
Ajoutées les unes aux autres, les obligations du Trésor, les obligations locales et les obligations souveraines spéciales plus anciennes destinées à reconstituer les fonds propres des banques commerciales correspondent en réalité à une puissante relance financière qui ne dit pas son nom dont l’étendue estimée à 12 000 milliards de RMB soit 1730 milliards de $, dépasse largement ce que laisse entendre le chiffre officiel du déficit.
L’autre signe du desserrement du carcan restrictif au profit d’une relance est le choix du gouvernement de maintenir le déficit budgétaire à +4% représentant 5 890 milliards de yuans, soit 850 milliards de $, un niveau historiquement élevé qui témoigne, contrairement au discours public, du recours plus systématique à une politique budgétaire proactive pour soutenir la croissance et stabiliser la demande.
Les autres domaines où les objectifs du 15e plan seront moins faciles à atteindre par la simple décision verticale qui définit la tendance macro-économique ou la modernisation de la défense, sont tous liés à la situation socio-économique par nature soumise à des aléas moins contrôlables.
Offres d’emploi, éducation, santé, 3e âge.
Emploi. Éducation.
Il existe un profond déséquilibre entre l’offre d’emploi et la demande caractérisé par l’inadéquation des compétences pas toujours adaptées à la transition industrielle en cours dans un contexte de vieillissement rapide de la ressource, tandis que les jeunes diplômés de haut niveau (12 millions sortent chaque année de l’enseignement supérieur) dont le chômage a atteint une moyenne de 17% en 2025.
Les solutions du 15e plan qui sont de tirer les formations et l’offre vers le haut à forte valeur ajoutée (économie numérique, pénétration de l’IA de 70% dès 2027 ; développement de l’économie verte) laisseront sur le carreau la masse importante des emplois traditionnels.
Dominer cette contradiction sera un défi de grande ampleur qui, compte tenu des désarrois générés, est directement lié à la stabilité politique du pays.
Les mesures envisagées, toutes complexes sinon aléatoires consistent à renforcer les secteurs des services, rehausser le niveau des formations, moderniser l’outil productif, accélérer l’urbanisation et soutenir les entrepreneurs.
Il s’agit d’un tête-à-queue idéologique, après qu’ils aient d’abord été politiquement ciblés par Xi Jinping, en particulier lors du 20e Congres en 2022. A ce sujet, lire : Raidissement marxiste de Xi Jinping. Quand la propagande se heurte aux réalités.
Pour l’heure l’objectif à court terme du 15e plan est de créer 12 millions d’emplois pour 2026, première année du plan et de stabiliser le chômage urbain à 5,5%.
Directement lié à la modernisation, le Plan envisage d’augmenter encore la qualité de l’éducation en portant la durée moyenne de la scolarisation à 11,7 années, avec un accès élargi à l’enseignement secondaire et supérieur et à la formation professionnelle de qualité.
Condition de l’amélioration de l’efficacité de la main d’œuvre, la mesure débouchera mécaniquement sur l’augmentation des coûts salariaux pesant sur le secteur des industries à faible valeur ajoutée qui, en dépit de la transition en cours, comptaient encore pour 25% du PIB en 2025.
Près de 300 millions de travailleurs sont concernés, dont une majorité de « travailleurs migrants », mal formés et mal intégrés dans les systèmes sociaux (sécurité sociale et retraites) dont il faut rappeler qu’ils n’ont pas encore été uniformisés, à l’importante nuance près qu’en 2025, le gouvernement, alerté du risque de faillite du système des pensions, a retardé l’âge de départ à la retraite (58 ans pour les femmes, 63 ans pour les hommes) dont la mise en œuvre sera échelonnée sur 15 ans.
Lire :
- Le trou sans fond des caisses de retraite. Les groupes publics sur la sellette
- Systèmes de santé chinois : clés de décryptage
Santé. 3e âge.
Le 15e Plan prévoit de porter l’espérance de vie moyenne de 79, ans et trois mois en 2025 à 80 ans en 2030.
L’objectif n’est pas nouveau, mais compte-tenu de l’augmentation du coûts des équipements, du vieillissement de la population et de la hausse du nombre de malades chroniques, il devient de plus en plus difficile à atteindre.
LI Qiang a évoqué la modernisation des infrastructures médicales, le développement de la prévention et des téléconsultations grâce au réseau 5G et à l’IA pour le diagnostic des affections chroniques dont l’habitude s’est développée dans 89,77% des cas, dans l’Est et le Sud du pays.
Enfin, alors que le nombre des plus de 65 ans atteint 280 millions (400 millions en 2040), Li Qiang a particulièrement insisté sur l’amélioration des soins au 3e âge. Le défi est immense.
Pour y faire face le 15e Plan prévoit la « Silver économie 银发经济 » dont le discours de Li Qiang dit qu’il offrira des opportunités d’affaires, mais dont les dimensions colossales occasionneront une charge financière évaluée à 30 000 milliards de Yuans (4400 milliards de $) d’ci 2035, soit 18% du PIB estimé en 2030 (23 800 milliards de $).
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Au total, moins d’un mois avant le voyage prévu de D. Trump en Chine, le discours d’ouverture de Li Qiang traduisait plusieurs prises de conscience. Celle d’abord du risque posé aux États-Unis et en Europe par les affichages de puissance et la frénésie productrice à l’origine des tensions avec les partenaires commerciaux les plus solvables que les orientations vers de nouveaux marchés ne compensent pas.
Celle aussi du formidable défi intérieur, notamment financier et politique posé par l’indispensable ajustement aux réalités d’une Chine vieillissante, dont la situation sociale est toujours marquée par de fortes inégalités.
Alimentant un système productif à la recherche d’un bond qualitatif par l’intégration de l’IA et de la robotique, les disparités sociales continueront à peser sur l’harmonie socio-politique tant que l’appareil n’aura pas uniformisé les régimes de protection sociale de santé et de retraite, conditions d’un meilleur partage de la richesse du pays.
