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R&D, Innovations, Écologie, Défense et Exportations. Leviers de puissance internationale.
Le graphe produit par rdworldonline montre la projection à 2030 des écarts des budgets de R&D entre la Chine et les Etats-Unis ajustés en parité de pouvoir d’achat à gauche et en valeur nominale à droite.
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Le premier choix macro-économique ayant une influence internationale est celle de maintenir à un taux élevé à +7% les dépenses de R&D. Le chiffre confirme les efforts du 14e plan quinquennal (2021-2025) au cours duquel les taux de croissance des budgets de R&D furent en moyenne très supérieurs à 7% avec des pointes à +10,5% au cours de la période 2021 – 2024.
Alors que les investissements R&D en 2025 ont approché les 4000 Mds de Yuans, soit 578 milliards de $, la confirmation de l’effort pendant les 5 ans à venir aboutira à une augmentation cumulée considérable qui porterait le budget de la R&D à plus de 800 milliards de $ en 2030.
Les efforts sont directement liés à la modernisation industrielle en cours déjà précisée lors du 4e Plenum du parti en octobre 2025 (lire : 4e plenum : Confirmation de la bascule qualitative pour une économie de combat. Priorité aux hautes technologies), que le 15e plan envisage de poursuivre résolument en portant à 12% le pourcentage des industries de production intégrant les hautes technologies (informatique en nuage, intelligence artificielle, semi-conducteurs, logiciels, services de données) que Xi Jinping classe dans les « Nouvelles forces productives de qualité ».
Approchant déjà en valeur absolue celui des États-Unis (1000 milliards de $ grâce au secteur privé), le budget de la R&D chinoise dont la croissance soutenue est pilotée sans faiblir par l’appareil, pourrait, à la fin du plan quinquennal, devenir le premier au monde.
La logique d’une croissance R&D très supérieure à la croissance économique renvoie aux intentions de réduire la dépendance technologique et, à terme, d’accélérer le découplage technologique par rapport aux États-Unis, notamment dans les domaines des semi-conducteurs, de l’IA et des biotechnologies.
Défense.
Répondant au même objectif de hisser la puissance militaire chinoise au sommet, la croissance prévue du budget de la défense de 7% dont le discours public souligne la modestie, poursuit cependant un effort constant ayant permis une hausse de 250% en moins de 20 ans, passant officiellement de 100 à 247 milliards de $ entre 2006 et 2025.
Alors que l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) estime les dépenses de défense réelles de la Chine à environ 318 milliards de dollars en 2024, la croissance du budget est réelle. Elle a permis des investissements massifs de modernisation dans les équipements, la maintenance et la formation des personnels.
En même temps que la réduction des forces terrestres de 300 000 hommes en 2015, la modernisation et l’augmentation de la puissance a porté en priorité sur la marine dont en 2030, le nombre d’unités dépassera de 48% celui de l’US Navy, y compris des SNLE lanceurs d’engins à propulsion nucléaire ; des unités de débarquement et de transport de troupes ; sur l’aviation de combat de 4e et 5e générations - J-10, J-11, J-16, et J-20, J-25 ; sur les missiles de toutes natures avec un accroissement récent et spectaculaire du nombre de missiles de portée intermédiaire, des missiles spatiaux à usage dual et des têtes nucléaires.
Le 15e plan dont la 2e année en 2027 marquera le centième anniversaire de la fondation de l’APL, poursuivra cet effort de modernisation.
Parallèlement à ses principaux systèmes offensifs, la Chine semble se concentrer de plus en plus sur ses capacités de contre-mesures et sa résilience. Les investissements dans la détection quantique et le suivi par IA témoignent d’une importance accrue accordée à l’alerte précoce, à la détection de précision et à la défense contre les menaces avancées, notamment les armes hypersoniques.
D’ici la fin de la période du plan, Pékin pourrait détenir un avantage relatif dans certains domaines de la détection et de la lutte contre les missiles hypersoniques, dépassant potentiellement ses concurrents dont les efforts de modernisation restent davantage axés sur les systèmes offensifs.
Pour autant, l’inconnue de cette puissance militaire spectaculaire qui n’a aucune expérience directe du combat aéronaval de haute intensité que prédisent tous les experts, restera encore longtemps l’état du moral des troupes dont la haute hiérarchie est fortement secouée par des purges destinées à lutter contre la corruption en même temps qu’elles font de la loyauté a Xi Jinping l’un des critères évidents des écrémages répétitifs (lire : La chute énigmatique et embarrassante du Général Zhang Youxia, premier militaire du pays).
Puissance de l’export
En parallèle de la puissance militaire, levier de la nouvelle stature internationale de la Chine, s’est développée la force incomparable des exportations du système productif ayant généré en 2025 1200 milliards de $ de surplus commerciaux à l’origine de très confortables réserves de change.
Leur montant cumulé de 3300 milliards de $ constitue un formidable outil de l’intervention de l’État à l’intérieur (garant de la fluidité financière, assurance contre les chocs économiques, renforcement des institutions financières, recapitalisation des banques commerciales déficitaires) et à l’étranger (via les « Nouvelles routes de la soie », achats de terres et d’obligations souveraines, et entre autres, investissements dans des actifs stratégiques – infrastructures, ports, ressources naturelles - ).
Mais, dans son discours dont le thème central était le contrôle et la retenue pragmatique, y compris à l’étranger, Li Qiang, a prôné « l’équilibre de base 基本平衡 » du commerce extérieur. L’euphémisme pointait du doigt la nécessité d’éviter l’excès des surplus commerciaux tels que ceux enregistrés en 2025 avec les États-Unis (202 milliards de $) et l’Europe (300 milliards de $), dont l’ampleur a provoqué des frictions avec Washington, Bruxelles et plusieurs pays européens.
Il reste qu’en 2026, grâce au contrôle des capitaux en vigueur, en dépit d’un probable fléchissement de l’export et malgré les mises en garde de Li Qiang, la balance globale devrait rester « stable » à un niveau voisin de 1200 milliards, signifiant que les pressions américaines et europennes sur la Chine ne faibliront pas.
Écologie.
Au passage, notons qu’à côté des promesses agressives d’innovation dans le secteur des hautes technologies et des progrès de la défense, la constance des efforts de réduction des émissions carbone participe de manière moins inquiétante à l’influence internationale de la Chine.
Même si, en 2025, le mix énergétique chinois était encore articulé à près de 60% d’énergies fossiles, la promesse de réduire dans un délai de 5 ans les émissions carbone de 17% - soit en moyenne de 3,7% par an – correspond pour l’instant aux objectifs ambitieux affichés d’atteindre le pic d’émissions vers 2030 et de baisser le taux des émissions par point de PIB de 65% par rapport à 2005. A plus long terme ces engagements, s’ils sont tenus, dessinent la perspective d’une transition vers la neutralité carbone aux alentours de 2060.
Quoi qu’il en soit sur le court terme du 15e Plan, les objectifs ambitieux apparaissent malgré tout réalistes si on considère le rythme spectaculaire de développement des industries renouvelables, la densité croissante des véhicules électriques et le contrôle de plus en plus strict des secteurs à fortes émissions que sont l’acier, le ciment, la chimie et les industries liées au transport, à l’immobilier et aux constructions d’infrastructures.
A l’intérieur, des difficultés financières politiques et sociales du 15e plan seront considérables.

