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›› Politique intérieure

Incendie à Hong-Kong. Négligences graves, soupçons de corruption et rigidité politique des pouvoirs publics

Le 1er décembre 2025, le Bureau d’Amnesty International de HK Outre-mer a réagi à l’arrestation de l’étudiant Miles Kwan, qui avait lancé une pétition pour que le gouvernement de la R.A.S rende des comptes après l’incendie meurtrier de Wang Fuk Court. «  Il est temps que les autorités de Hong Kong mènent une enquête transparente sur les causes de cet incendie dévastateur à Tai Po, au lieu de tenter de réduire au silence ceux qui posent des questions légitimes. »


*

159 morts est le dernier chiffre connu des victimes de l’incendie qui s’est déclenché le 26 novembre au nord de Hong-Kong dans le complexe immobilier de Wang Fuk Court, dans les Nouveaux Territoires.

Construit en 1983, le lotissement de logements sociaux qui compte au total près de 2000 appartements comprend huit tours d’une trentaine d’étages. Sept ont été touchés par les flammes et cinq complètement ravagées par l’incendie qui n’a été maitrisé qu’au bout de deux jours.

Un élément aggravant est que, d’après le dernier recensement, près de 40% des habitants du complexe sont âgés d’au moins 65 ans. Certains y vivent depuis sa construction, il y a plus de quarante ans.

Dans la Région Administrative Spéciale surpeuplée [1], qui fut secouée il y a six ans par une explosion de violences politiques (lire « Hong Kong noir ». Le conservatisme du Parti à l’épreuve d’un courant révolutionnaire), la catastrophe, la plus meurtrière depuis 1980, a touché un nerf sensible. Elle n’est pas la première.

En 1996, l’incendie de l’immeuble Garley de 16 étages sur Nathan Road dans le quartier surpeuplé de Jordan au sud de Mong Kok, l’un des plus pauvres de la R.A.S, où les immeubles sont étroitement enchevêtres, avait tué 41 personnes.

En 2011, un incendie à Mong Kok, dans le quartier de Kowloon, avait provoqué 9 morts et 34 blessés, laissant sur le carreau plus d’une centaine de sans-abri. En avril 2024, un incendie dans un immeuble vieux de 60 ans situé cette fois à Yau Ma Tei, dans le quartier de Kowloon, avait fait cinq morts et des dizaines de blessés.

A l’époque, alors que dans la R.A.S le prix du m2 est le plus cher au monde avec 29 000 US $, avant New-York (22 000 US $), un éditorial du South China Morning Post avait analysé les risques liés à l’habitude des propriétaires de diviser les logements par des modifications de la structure des immeubles qui avaient compliqué les opérations de sauvetage.

L’absence de portes coupe-feux imposés par les services de sécurité, mais rarement installées parce que trop chères, avait facilité l’embrasement rapide des immeubles.

Toujours selon le SCMP, un conseiller municipal avait déclaré que « le coût de plus en plus élevé de la modernisation des installations et des équipements de prévention des incendies, expliquait les réticences des propriétaires à se conformer aux exigences de sécurité. »

Pour l’heure, la plupart des Hongkongais sont convaincus que l’incendie a été causé par des négligences et des déficiences humaines. En même temps, les enquêteurs qui ont constaté le dysfonctionnement des alarmes incendie dans les huit immeubles concernés, ont attribué la violence du sinistre à la présence aux fenêtres des immeubles de polystyrène expansé hautement inflammable, portant le nom d’une des entreprises de construction.

Autres équipements incriminés, les échafaudages en bambou, plus souples d’emploi, mais plus inflammables et moins solides. Dans ce contexte, le Bureau du développement a annoncé que 50% des nouveaux projets de construction de bâtiments publics devraient à partir de mars 2026 recourir à des échafaudages métalliques afin de « mieux protéger les travailleurs » et de se conformer aux normes de construction modernes des « villes avancées ».

Étrangement, la mesure a suscité une vive réaction de la part des habitants, dont beaucoup soulignèrent que les échafaudages en bambou constituent un patrimoine culturel qu’il convenait de préserver.

Quoi qu’il en soit, le 27 novembre, un porte-parole de la police a annoncé l’arrestation de trois hommes – deux directeurs d’entreprise et un consultant – pour « négligence grave ». Tous les trois ont été libérés sous caution le lendemain.

Le 28, l’organisme anticorruption de la ville procédait à 13 arrestations, 12 hommes et une femme sur des soupçons de malversations liées à la rénovation des bâtiments. Les autorités ont notamment précisé qu’en dehors du polystyrène expansé, d’autres matériaux de construction trouvés dans les appartements – notamment des filets de protection, des toiles et des bâches en plastique – n’étaient pas conformes aux normes de sécurité.

Une exigence d’enquête approfondie sévèrement réprimée.

Dix jours après le désastre, la population en deuil attend toujours des réponses à ses interrogations sur les responsabilités officielles au milieu de graves soupçons de corruption.


*

Alors que les enquêtes sont toujours en cours, pour le gouvernement de la ville, la question cruciale qui jette un doute sur la réactivité des services municipaux, est : « Pourquoi les autres tours n’ont-elles pas été évacuées plus rapidement dès que l’incendie a commencé à se propager depuis le premier bâtiment ? » A ce stade elle est sans réponse officielle publique.

Dans la R.A.S, étroitement contrôlée par Pékin, il faut craindre que les enquêtes sur le sujet éminemment politique des responsabilités publiques, soient étouffées.

Alors que les secours cherchaient toujours les dépouilles des victimes, le 30 novembre, la presse libre de Hong Kong révélait qu’un étudiant du nom de Miles Kwan, qui avait lancé une pétition réclamant plus d’enquêtes approfondies, avait été arrêté sous l’accusation extravagante de sédition, avant d’être libéré sous caution.

La pétition qui exhorte aussi le gouvernement à garantir le relogement des résidents déplacés, appelait à lancer une commission d’enquête indépendante. Elle serait chargée de revoir le système de supervision des travaux, d’enquêter sur les négligences et de demander des comptes aux responsables gouvernementaux soupçonnés de conflits d’intérêts potentiels.

La controverse a surgi alors que se répandait la rumeur que le projet de rénovation des bâtiments avait été attribué par le syndicat des propriétaires de Wang Fuk Court à l’entreprise de construction ayant présenté l’offre la plus élevée. En filigrane, planait l’accusation qu’en connivence avec les autorités, le surcoût serait partagé entre le syndicat et le gouvernement.

Notons que la loi sur la sédition, passible de deux ans de prison datant de l’époque coloniale, avait été abrogée en 2024. Pour la remplacer, la R.A.S a promulgué sa propre législation sur la sécurité nationale, plus connue sous le nom de loi de l’article 23, qui a porté la peine maximale pour sédition à sept ans d’emprisonnement.

Distincte de la loi sur la sécurité nationale promulguée par Pékin en 2020, l’ordonnance locale sur la sauvegarde de la sécurité nationale vise la trahison, l’insurrection, le sabotage, l’ingérence extérieure, la sédition, le vol de secrets d’État et l’espionnage.

Elle autorise la détention provisoire jusqu’à 16 jours, restreint l’accès des suspects à un avocat et prévoit des peines maximums pouvant aller jusqu’à la prison à vie (lire : A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. »).

Note(s) :

[1Hong-Kong n’est assurément pas la ville la plus densément peuplée de la planète. Rapportée à la surface totale augmentée des Nouveaux Territoires, avec en moyenne 7500 hab/km2, la densité y est loin derrière les densités de Manille, Dacca ou Le Caire qui toutes dépassent toutes 45 000 hab/km2.

Mais la moyenne ne dit pas tout. Il existe dans la R.A.S des quartiers comme Kowloon, au nord de Victoria Harbourg où la densité dépasse 30 000 hab/km2 et surtout Mong Kok, à l’ouest du parc de la Citadelle qui compte 130 000 hab/km2.


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