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›› Chronique

L’épineuse question des combustibles nucléaires usés de Taiwan, à la lumière du récent referendum. Une opportunité française à saisir

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Kuosheng située dans l’arrondissement de Wanli à New Taipei, a été mis à l’arrêt le 1er juillet 2021, après 40 années d’activité. Selon le China Times, entré en service en décembre 1981, il avait été initialement autorisé par le ministère de l’Énergie atomique à fonctionner jusqu’à la fin de l’année. Mais la piscine de stockage du combustible usagé arrivée à saturation avait déjà conduit à réduire le fonctionnement du réacteur à 20% de sa capacité depuis févier 2020.

Sa mise à l’arrêt l’année suivante répond à la fois à une exigence de sureté et à un souci politique. Alors que la question non réglée du traitement et du stockage du combustible usé conditionne le démantèlement des centrales nucléaires, objectif prioritaire de l’actuel exécutif taïwanais, l’Île est confrontée au spectre des coupures de courant et à leurs conséquences sur l’industrie de pointe des semi-conducteurs. Photo China Times / Taïwan.


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Quatre referendums d’initiative citoyenne ont eu lieu à Taiwan, le 18 décembre 2021. L’un d’entre eux concernait la mise en service des réacteurs nucléaires 7 & 8, construits en bord de mer, à KungLiao, dans l’agglomération de New-Taipei-City, l’ancien Taipei County (qui encercle la municipalité proprement-dite de Taipei).

Ces deux réacteurs ABWR (deux fois 1,350 MWe), les n°7 & 8 dans la séquence des réacteurs électro-nucléaires de Taiwan, n’ont jamais été mis en service à cause d’un blocage politique. Un investissement d’une dizaine de milliards d’US$ est donc en totale déshérence.

Leur nécrologie n’est pas sans intérêt pour comprendre enjeux et débats. En 1986, année de Tchernobyl, le Président Chiang ChingKuo décida d’en reporter la construction — qui commença en 1999. En 2000, le Président DPP Chen ShuiBian décida d’en arrêter la construction, qui ne reprendra qu’en 2001.

En 2006, la construction était achevée à un peu plus de 64%. En juillet 2015, l’année du tsunami de Fukushima, le Président KMT Ma YingJeou décida la « mise sous cellophane » de la centrale, qui n’avait pas encore été reliée au réseau.

En 2021 les barres de combustible, ayant atteint leur limite de garantie furent renvoyées à leur fabricant aux Etats-Unis, tandis que le permis de construction avait expiré en 2020. En théorie, si cette centrale devait être mise en service, nombre de formalités seraient à reprendre, y compris une évaluation géologique/sismique. Selon l’électricien Taiwan Power Company, la mise à jour aurait un coût de près de deux milliards d’US$ et nécessiterait deux années de travaux.

La question posée par le referendum, importante en soi, n’apportait donc pas de solution immédiate aux carences actuelles du réseau électrique de Taiwan, et aux impérieux besoins et inquiétudes de l’industrie des semi-conducteurs, dont Taïwan est le leader mondial. De plus, le gouvernement DPP avait fait savoir - par avance - qu’il ne tiendrait pas compte du vote s’il était positif.

Quoiqu’il en soit, l’échec électoral de cette initiative des partisans du nucléaire est patent. L’abstention de près de 60% des inscrits, pour un total de votes exprimés inférieur aux 25% des inscrits, indispensable quorum pour une prise en compte d’un résultat, rend le scrutin caduc. Il reste que même si leur score est inférieur au quorum, les anti-nucléaires ont été déclarés gagnants avec 52,84% des suffrages exprimés.

Tous les observateurs s’accordent à noter le point le plus remarquable : la faible participation un peu plus que 40% des inscrits — soit presque 60% d’abstention.

C’est à Taïwan, jeune démocratie fière de ses récents outils électoraux, un premier motif de préoccupation, sinon d’inquiétude — à rapprocher des sarcasmes de la presse internationale à propos des 30% de participation au récent scrutin de HongKong pour faire élire à contre-cœur par la population des législateurs pré-sélectionnés qui ne pourront qu’approuver ce que Pékin a décidé.

Le second motif de préoccupation d’un dévoiement électoral, également relevé par tous les commentateurs, est que les votes exprimés ne répondaient pas en fait aux questions posées.

Les quatre referendums sur des questions précises ont été en réalité transformés et détournés — par les machines électorales du DPP et du KMT — en vote-de-confiance (ou de protestation) pour ou contre la présidente de la République Tsai IngWen et son bilan de manière générale.

La manœuvre politique du KMT ayant échoué, la Présidente se crédite donc d’une victoire sur ses adversaires. Elle en tire même profit pour affirmer que les Taïwanais cautionnent sa politique internationale profil haut défiant Pékin.

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Après un premier article publié en février 2020, (lire La France et l’électro-nucléaire à Taiwan) cette nouvelle analyse ne vise pas à « faire la leçon », depuis la France, a posteriori, en faveur de l’électro-nucléaire à Taïwan. Les incohérences en France dans le domaine énergétique incitent à la modestie, et même à un certain pessimisme.

On ne focalisera donc pas sur les illusions (usuelles à travers le monde, accentuées dans le contexte particulier de Taïwan) au sujet de l’éolien et du solaire, ni sur la dépendance coûteuse au GNL (importé dans les cas de Taïwan essentiellement du Qatar), ni même sur l’inévitable pollution, la pire, celle qui découle du maintien encore indispensable des anciennes centrales électriques brulant du charbon pour compenser l’intermittence imprévisible de l’éolien et du solaire.


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