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›› Chronique

Le Royaume khmer enjeu de la rivalité sino-américaine, ravagé par les jeux en ligne

Le 7 janvier, Hun Sen, le dirigeant mafieux et sans scrupules du Cambodge extradait vers la Chine, Chen Zhi (à gauche), PDG de Prince Group aujourd’hui démantelé qui avait pourtant généreusement abondé les finances du Royaume depuis une dizaine d’années.


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L’analyse qui suit s’inscrit dans le sillage de la chronique de François Danjou publiée le 21 décembre dernier (lire : Thaïlande – Cambodge. La paix de D. Trump et la Chine. Le dessous des cartes).

L’arrière-plan est l’effondrement éthique du pouvoir khmer englouti par la lèpre des jeux en ligne dont le premier Ministre Hun Sen et son clan au pouvoir sans discontinuer depuis plus de 40 ans sont, en dépit de leurs dénégations répétées, les complices actifs et les premiers bénéficiaires [1].

La connivence peu vertueuse qu’ils ont eux-mêmes encouragée les a placés à la tête d’un système où les revenus générés par les mafias des paris sans frontières pourtant interdits aux Cambodgiens, mais contournés grâce à l’ubiquité d’Internet ont, selon diverses sources, atteint entre 12 et 19 milliards de $ soit 30% du PIB du pays.

A l’origine de cette avalanche de Dollars, le sino-khmer Chen Zhi, 陈志, 38 ans, né en 1987 au Fujian, au visage d’adolescent, étudiant médiocre, mais virtuose d’Internet et créateur ingénieux de plateformes au succès foudroyant et très addictif de jeux de rôles en ligne dont la jeunesse raffole.

Après cette première étape source d’enrichissement rapide en Chine, Chen est, à partir de 2011, devenu un magnat de l’immobilier au Royaume Khmer, fondateur de la vaste usine de blanchiment « Prince Group », principal bienfaiteur financier de Hun Sen, dont l’éventail des d’activités s’est élargi au cancer des jeux en ligne.

Durant sa période faste, l’homme fut le généreux financier de quelques réalisations spectaculaires du Royaume dont l’oligarchie mafieuse au pouvoir se vantait, en jetant au passage de la poudre aux yeux des analystes complaisants qui, oubliant la partie essentielle la plus funeste de l’image, célébraient la croissance de l’économie khmère.

Le pouvoir délétère de l’argent sale.

La première conséquence néfaste de ces recettes à la fois faciles, commodes et perverses, est qu’elles exonèrent le pouvoir à Phnom-Penh, des efforts vertueux de développement générateurs de ressources respectables. Dans le Royaume, on ne compte plus les réalisations spectaculaires dont la source de financement est mafieuse.

Ainsi, à côté des revenus générés par les investissements chinois, l’industrie textile et l’agriculture, augmentés des aides extérieures notamment de l’UE, l’argent sale de Chen Zhi fut, de l’aveu même de Hun Sen [2], à l’origine de nombreuses réalisations spectaculaires, y compris le nouvel aéroport qui porte son nom à 30 km au sud de la capitale, elle-même en partie modernisée grâce aux contributions de Chen Zhi.

En même temps, comme l’écrit la revue « Conflits » du 15 juillet 2025, la cascade peu vertueuse de revenus troubles désigne notre ancien protectorat comme un « Hub majeur pour les réseaux criminels chinois, attirés par un environnement permissif, une régulation financière laxiste et une complicité bien ancrée dans certaines sphères de pouvoir ».

Sous la pression de Pékin, Chen Zhi extradé.

Le 8 janvier, la télévision chinoise a ostensiblement diffusé des images du magnat Chen Zhi, inculpé par les États-Unis et extradé vers Pékin par Hun Sen, mis sous pression par la Chine. Il était escorté par des policiers armés qui étaient allés le chercher par avion spécial. Le même jour l’appareil a ordonné la liquidation de la « Banque Prince – en Chinois 太子 银行 » fondée par lui et liée au vaste réseau de la lèpre des jeux d’argent en ligne.


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Le 7 janvier dernier, sous la pression internationale à la fois des États-Unis qui guettaient la faille des influences de Pékin dans la région, et de la Chine, elle-même impliquée dans l’industrie des jeux en ligne qu’elle a laissé imprudemment prospérer avant de tenter de nettoyer les écuries d’Augias (lire : Au Cambodge, Pékin tente de nettoyer les écuries d’Augias), Chen Zhi, trahi par son ancien protecteur Hun Sen, pourtant vaste bénéficiaire de ses largesses, était extradé en Chine.

Le lendemain, 8 janvier, stoïque, Mao Ning, la porte-parole du MAE chinois s’évertuait à placer la Chine du bon côté de l’histoire, tout en se gardant d’incriminer Hun Sen qu’elle associait aux efforts de Pékin pour éradiquer la lèpre de jeux en ligne.

« Depuis un certain temps, la Chine coopère activement avec le Cambodge et d’autres pays dans la lutte contre la fraude en ligne transfrontalière, et a obtenu des résultats notables. Elle est disposée à renforcer sa coopération répressive avec les pays de sa région, notamment au Cambodge. »

La réalité derrière cette extradition est que Hun Sen qui ne peut rien refuser au Parti communiste chinois, n’avait pas le choix. Chen Zhi était en effet aussi sous le coup d’une demande d’extradition de Washington et de Londres.

En choisissant Pékin, le nº1 cambodgien s’est d’abord protégé de la justice américaine dont certains continuent d’espérer que, même sous D. Trump, elle serait moins inféodée au pouvoir politique que ne l’est la justice chinoise. Aux États-Unis le risque existait effet que Chen révèle la vraie proximité de Hun Sen avec les trafics au lieu de laisser entendre comme le fait Mao Ning qu’il en aurait été avec la Chine un très actif et très vertueux adversaire.

Note(s) :

[1Après un coup d’état en 1997 qui avait transformé le régime en dictature, puissamment renforcée en 2014, d’où toute opposition a été éliminée, en prison, assassinée ou forcée à l’exil, Hun Sen a, en 2023, transmis le pouvoir à son fils Hun Manet, qui fut stagiaire à West-Point qu’il continue cependant à chaperonner depuis sa position de Président du Sénat.

Dans ce contexte, les caciques du régime, sont directement impliqués dans les trafics que Phnom-Penh affirme vouloir combattre.

Dans cette liste figurent Hun Sen lui-même et sa famille dont Hun To son neveu, plusieurs de ses ministres, y compris à l’intérieur, Sar Sokha, fils de Sar Kheng vieil allié de Hun Sen, Ly Yong Phat, sénateur, financier du parti de Hun Sen (CPP), Kok An, sénateur sino-khmer, milliardaire de l’immobilier, du tabac, de la pèche et des casinos, l’un des plus fidèles appuis de Hun Sen.

[2Après 2017, alors que Washington et Bruxelles envisageaient des sanctions après la suppression brutale de l’opposition et la dissolution du Parti de Sam Rainsy, Hun Sen lui-même s’était vanté de bénéficier des subsides d’un « riche financier chinois ».


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