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Un exploit technique, une fierté nationale et un rêve.
La référence au rêve national rappelé par Xi Jinping qui entend bien faire jouer à la Chine un rôle majeur dans l’exploration de l’espace, renvoie une fois de plus au rattrapage de puissance avec cependant, pour l’aventure spatiale, une variante de l’ordre du fantastique. Les noms donnés aux programmes spatiaux et à leurs éléments techniques, certains choisis après un sondage d’opinion, plongent en effet ce dernier dans le merveilleux des contes lunaires.
La fable « Chang’e s’envole vers la lune 嫦娥奔月 chángé bēnyuè » date de la fin des Royaumes Combattants (230 av JC). Elle raconte comment Chang’e fut transportée sans retour vers la lune après avoir avalé tout l’élixir d’immortalité offert par l’empereur Yao à son mari. Archer d’élite, ce dernier avait, sur ordre du souverain, abattu de ses flèches les neuf soleils qui brûlaient la terre. Quant au « Lapin de jade » associé aux fêtes de la lune, les superstitions qui voient dans les ombres lunaires la silhouette d’un lapin, lui attribuent aussi le pouvoir de fabriquer la drogue d’immortalité.
Chang’e III s’est posée sans dommages sur la lune au lieu dit « la baie des arcs en ciel », dont la reconnaissance photographique avait été effectuée par Chang’e I (2007) et Chang’e II (2010).
Cette dernière sonde qui a évolué sur deux orbites lunaires, l’une à 100 km, l’autre à 15 km était équipée de caméras à haute résolution et d’un altimètre laser qui avait permis de publier en 2012 une couverture cartographique à 100% de la lune avec une résolution de 7 m. La sonde Chang’e III restera sur place et mettra en œuvre un télescope optique et une caméra à rayons ultra-violets pour effectuer des mesures astronomiques.
Le « lapin de jade », effectuera dans les environs des reconnaissances télécommandées depuis la terre. D’un poids total de 120 kg, monté sur un châssis à 6 roues, il est équipé de 4 caméras, de deux bras mécaniques pour collecter des échantillons et, incorporé au châssis, d’un spectromètre à rayons X associé à un radar capable d’analyser la structure du sol jusqu’à 100 m de profondeur. D’apparence très semblable à celle des véhicules américains « Opportunity » et « Curiosity », respectivement posés sur Mars le 24 janvier 2004 et en août 2012, le « Lapin de jade » devrait patrouiller sur la lune pendant 3 mois.
« Objectif lune » : un demi-siècle d’aventures humaines.
Depuis la fin des années 50 plus d’une cinquantaine de missions de reconnaissance lunaire ont été lancées, mais plusieurs échecs ont émaillé les essais au début des programmes. Le premier impact (alunissage non contrôlé) fut réalisé par les Soviétiques (Luna 2, septembre 1959). Les Soviétiques furent également les auteurs du premier alunissage contrôlé d’un module (Luna 9, février 1966) et, avec Luna 16, ils furent aussi les premiers à réussir l’alunissage d’un robot mobile et à le rapatrier avec des échantillons (Luna 16 en 1970).
En janvier 1964, les Américains lancèrent « Ranger 7 » qui s’écrasa sur la lune après avoir envoyé des centaines d’images. Par la suite les programmes américains « Surveyors 1 à 7 » - modules posés sur la lune entre 1966 et 1968 - et « Lunar Orbitor 1 à 5 » - reconnaissances en orbite lunaire effectuées entre 1966 et 1967 -, préparèrent les mission Apollo (1961 – 1975) qui permirent la première mission habitée par Apollo 11 le 21 juillet 1969. Au total les Américains ont effectué 7 missions habitées sur la lune entre 1969 et 1972.
La dernière mission du programme Apollo fut effectuée en coopération avec les Soviétiques en 1975. Elle marquait un jalon de la coopération spatiale internationale avec la jonction dans l’espace à 250 km d’altitude des capsules Apollo et Soyouz lancées séparément de Cap Canaveral et de Baïkonour.
La poignée de main entre les astronautes Alexis Leonov et Thomas Stafford eut lieu le 17 juillet 1975. Il faudra attendre 20 ans et l’arrimage d’Atlantis à la station russe MIR en 1995 pour une nouvelle poignée de main dans l’espace. Le coût total du programme Apollo est évalué à 152 Mds de $ constants (2013).
Compétitions et rivalités.
Dans cette extraordinaire histoire spatiale de l’humanité, marquée par de considérables progrès techniques sur fond de rivalités nationales, mais aussi émaillée par de rassurantes coopérations, la mission chinoise est donc la 3e, après celles de l’URSS et des États-Unis à avoir réussi à poser de manière contrôlée un module sur la lune. Une ou deux autres missions de ce type devrait suivre avant l’envoi sur la lune de spationautes chinois qui interviendra probablement après 2020.
Depuis la dernière mission soviétique de Luna 24, le 18 août 1976, avec retour réussi d’échantillons, plus aucune n’avait posé un engin sur la lune.
En revanche il y eut 29 missions orbitales réparties comme suit : États-Unis 12, dont la dernière, le 7 septembre 2013 ; Japon : 6 ; URSS : 5 (toutes avant 1975) ; Chine 3 (missions Cheng’e en 2007, 2010 et 2013) ;
Union Européenne 1 ; Inde 1 ; Japon – États-Unis : 1. Des trois grands pays d’Asie lancés dans l’exploration spatiale, la Chine qui développe trois programmes (Station spatiale avec Shenzhou, Positionnement GPS avec Beitou et exploration lunaire avec Cheng’e) est de loin la plus avancée. Les Américains qui ont salué l’exploit technique ne s’y sont pas trompés.
Elle est suivie par l’Inde qui, le 5 novembre dernier, avait lancé un satellite vers Mars. La rivalité entre les deux pays était palpable quand, répondant à la fierté des officiels indiens – « une réussite historique », s’est écrié le Premier ministre Singh -, certains journaux chinois glosèrent sur le mode condescendant du Global Times qui, dans son éditorial, écrivait que « L’inde, avait, malgré sa pauvreté, réussi à mettre en œuvre son programme vers Mars. ».
L’histoire ne se répète pas toujours, mais dans ce cas, on peut, sans risque de se tromper beaucoup, conjecturer, qu’au-delà des coopérations en cours entre la Chine, l’Europe, les États-Unis, La Russie et le Brésil, les rivalités entre New Delhi et Pékin conduiront à une accélération de leurs programmes spatiaux.
