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A gauche Jensen Huang - Huang Jen-Hsun, 黃仁勳, 62 ans, fils d’émigrés taiwanais, PDG et fondateur de Nvidia, un des concepteurs américains des puces dotées de capacités de l’IA générative. Alors que sa société détient le record de capitalisation boursière à 4300 mds de $, Huang qui vise la puissance du marché chinois, est actuellement engagé dans un marchandage sonnant et trébuchant avec D. Trump.
Pour ce dernier, les enjeux contradictoires, objets d’un grand écart de la Maison Blanche, sont à la fois la rivalité stratégique avec Pékin et la conquête du marché chinois par les puces de Nvidia dont il exige un pourcentage pour en autoriser la vente.
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Depuis près de quinze ans QC documente la féroce rivalité dans le secteur des télécoms et des technologies numériques entre les États-Unis et la Chine.
Pendant un temps, la bataille s’était cristallisée autour de Huawei, équipementier de réseaux télécoms, devenu l’un des symboles du techno-nationalisme chinois, et un des champions mondiaux de la téléphonie mobile (lire : HUAWEI, le flambeau du succès High Tech, pilier de la captation de technologies ?).
Avant de se calmer, les antagonismes avaient atteint un sommet avec la séquestration au Canada de Meng Wenzhou, la propre fille du fondateur et PDG de Huawei Ren Zhengfei, placée en résidence surveillée à Vancouver sous menace d’extradition vers les États-Unis (lire : Chine, Etats-Unis, Canada, « Diplomatie de la peine de mort » : Ren Zhengfei, le PDG de Huawei sort de son silence).
Progressivement, la querelle s’est cristallisée autour des microprocesseurs haut-gamme placés sous embargo par D. Trump il y a cinq ans.
En mai 2020, François Danjou analysait les risques d’une guerre totale contre Huawei privé par Washington des puces les plus performantes conçues par Intel, AMD et surtout Nvidia (lire : Guerre totale contre Huawei. Les intérêts américains en Chine menacés. Sévère discorde entre Pékin et Washington).
Les trois qui figurent parmi les sociétés californiennes sans usine les plus connues, produisant des logiciels à très haute performance, sont, avec d’autres, accusées de céder trop facilement aux injonctions de Pékin pour transférer leurs technologies en échange de l’accès au marché chinois, au risque, disent leurs détracteurs, de compromettre la sécurité nationale.
Cinq ans plus tard, le duel stratégique s’est cristallisé autour du symbole des puces très haut de gamme à la finesse inférieure à 3 nanomètres et dont l’un des champions mondiaux est Nvidia.
Nvidia relocalise en Arizona et en dépit des réticences de D. Trump, tente de s’imposer en Chine.
Faisant fabriquer ses « puces » à Taiwan par le fondeur Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), le groupe Nvidia basé à Santa Clara a récemment fait la une des médias en crevant le record de capitalisation boursière à la bourse de New-York avec 4400 Milliards de $.
En même temps, sous la pression de D. Trump, le contexte du secteur et de la fabrication des microprocesseurs est en train de bouger.
Au printemps 2025, Nvidia a en effet annoncé qu’il investirait 500 milliards de $ dans la production des derniers modèles de puces d’intelligence artificielle générative en Arizona et au Texas.
La bascule qui répond aux exigences de D. Trump relocaliser les usines aux États-Unis, se ferait en connivence financière avec les Taïwanais TSMC et Foxconn, suivis par l’Américain Amkor ayant lui-même des usines en Chine, au Japon, en Malaisie, aux Philippines au Portugal à Taiwan et au Vietnam.
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Aujourd’hui, sur le thème de l’accès au marché chinois, dans le contexte des restrictions flottantes imposées par la Maison Blanche, les derniers commentaires de presse analysent la relation entre D. Trump et le PDG et fondateur de Nvidia, Jensen Huang - Huang Jen-Hsun « Jensen »黃仁勳, 62 ans, fils d’émigrés taiwanais.
Alors que certains font l’hypothèse d’une étroite connivence entre les deux hommes, la réalité est que tout les oppose. Homme de compromis, à la recherche des meilleures ventes en Chine pour son groupe, Huang, opposé aux embargos dans le secteur immatériel des logiciels, estime que les restrictions de vente favoriseront l’émergence de concurrents chinois dont Nvidia sera la première victime.
Ces divergences sont à la racine des récentes voltefaces de la stratégie de Washington pour la vente en Chine des puces haut de gamme.
L’année 2025 avait commencé par de sévères restrictions pour interdire le modèle de la puce d’IA H20 qui tua dans l’œuf les investissements de Nvidia en Chine, alors même que le modèle avait été mis au point pour se conformer aux restrictions de la Maison Blanche. Resultat, en juillet Huang déclarait que l’embargo lui avait coûté 7 milliards de $.
Aux portes du marché chinois, les marchandages de D. Trump.
Peu après, à la suite des négociations commerciales entre Pékin et Washington, au cours desquelles il est probable que la levée des restrictions chinoises sur l’exportation de terres a joué un rôle, Nvidia annonçait la reprise des ventes à la Chine de la puce H20 désormais autorisée par Washington.
Quelques semaines plus tard, Nvidia et AMD ont, après une négociation avec D. Trump, accepté de verser au gouvernement américain 15% du produit de leurs ventes de puces à la Chine, en échange de la confirmation de leur licence d’exportation qui, à l’heure de la rédaction de cette note - incertitude supplémentaire - n’était toujours pas officielle.
Le moins qu’on puisse dire est que la précision ciblée, chiffrée et publique du marchandage est inédite. Et pourtant les tractations commerciales qui brouillent la priorité stratégique de la Maison Blanche apparemment décidée à tirer le maximum de profit du filon Nvidia, ne sont pas encore allées au bout de leur logique de profit.
Selon CNN, le 26 août, dans un commentaire envoyé par courriel, Huang a indiqué que Nvidia espérait obtenir l’approbation du gouvernement américain pour la mise sur le marché chinois de ses puces AI les plus avancées. Donald Trump qui semble avoir oublié ses rivalités stratégiques avec Pékin, y voyant une source de revenus pour le Trésor, a déjà déclaré qu’il autoriserait la montée en gamme des exportations à condition que Nvidia verse « 30 à 50% » de ses revenus à l’État.
Quant à Huang qui dit ne pas ignorer les risques pour la sécurité nationale et agir sous le strict contrôle du gouvernement américain, il continue à penser que le maintien de la suprématie globale des États-Unis dans le secteur de l’IA dépend non pas des embargos, mais de l’implantation des entreprises technologiques américaines sur le marché chinois, dont les revenus pour son groupe pourraient, dit-il, atteindre 50 milliards de $ en 2025.
Perspectives. Éclatement de la “bulle IA” ?
Alors que Nvidia est devenu un enjeu majeur de la guerre commerciale sino-américaine, le secteur, bousculé par les tête-à-queue de la Maison Blanche, commence à manifester quelques inquiétudes.
Certes, avec un chiffre d’affaires de 46,7 milliards de $ au cours du 2e trimestre, en hausse de 56% par rapport au même trimestre 2024 et des bénéfices nets de 26,4 milliards de $ augmentés de 59% sur une année, les performances du groupe sont au beau fixe.
Il reste que la croissance freine nettement par rapport aux +122% de croissance du chiffre d’affaires et aux +168% d’augmentation des bénéfices nets de l’année précédente.
S’il est exact que la valeur de l’action reste au-dessus de 170 $, pas très éloignée de son maximum de 183,16 $ du 12 août 2025 et très au-dessus de sa valeur moyenne historique de 136,37 $, son cours n’est plus aussi fermement tiré vers le haut. Le 4 avril 2025, il était tombé à 94,31 $, avant de remonter à 180,17 $, le 28 août.
Au moment où, selon une étude récente du MIT, citée par Sheryl Estrada du magazine Fortune, 95% des entreprises qui se sont lancées dans le très onéreux créneau de l’IA générative ne faisaient aucun bénéfice, il n’en fallait pas plus pour que Sam Altman le PDG d’Open AI, créateur de ChatGpt mette en garde contre une possible correction brutale du marché et « l’éclatement de la bulle IA ».
Du coup, beaucoup d’observateurs redoutent une redite de l’éclatement de « bulle internet » de mars 2000 quand les investissements massifs en capital de nombre d’entreprises qui dépassaient largement les retours, provoquèrent une convulsion boursière à l’origine d’une récession économique.
Le total des pertes des 4300 entreprises enregistrées au NASDAQ de la bourse de NY avait alors atteint 145 milliards de $.
Objectivement, s’il est exact qu’on ne peut pas encore parler de « krach » la vérité est qu’une correction est en cours. Entre le 14 et le 20 août derniers, les grands titres du NASDAQ ont accumulé des pertes qui vont de 161,5 milliards de $ pour Nvidia à 86,4 mds pour Meta, en passant par Microsoft (124,6 mds) ; Apple (100,5 mds) et Broadcom (94 mds).
Toutefois, la puissance des capitaux récemment injectés dans le secteur de l’IA montre que depuis 2000 l’échelle a changé. Les pertes 567 mds de $ citées plus pesant sur les cinq grands titres du numérique enregistrés au NASDAQ ne représentent en effet que 4% de leur capitalisation cumulée qui, à l’heure de la rédaction de cette note, atteignait 13 672 mds de $.
Il reste que les spécialistes attendent une clarification du marché dominé, selon Sam Altman, par une surexcitation dangereuse. Elle frappera les entreprises dont les bases financières sont les moins assurées.