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Retour sur terre des astronautes de Shenzhou 20. Une preuve de maîtrise opérationnelle

Après la panne de la capsule Shenzhou-20 - 神舟二十 – l’équipage de relève et celui de Shenzhou-19 ont vécu ensemble durant 9 jours dans le module Tianhe 天和, portion centrale de la station spatiale Tiangong 天宫. L’équipage de Shenzhou-20 se compose du Senior Colonel Chen Dong 陈冬, 45 ans, pilote de chasse et chef de mission ; du Colonel Chen Zhonghui 陈中瑞, 46 ans, ancien pilote de chasse et du Lt-Colonel Wang Jie 王杰, 36 ans, tous deux du corps des astronautes de l’APL.


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Le retour sur terre, le 14 novembre dernier des trois astronautes chinois neuf jours après la date prévue, après qu’un impact présumé de débris ait endommagé le hublot de leur vaisseau Shenzhou 20 est une nouvelle indication de la maîtrise opérationnelle de l’Agence spatiale chinoise autour de sa station indépendante Tiangong.

Au lieu de rentrer comme prévu le 5 novembre à bord de la capsule Shenzhou 20 endommagée dont la rentrée dans l’atmosphère aurait été dangereuse, ils ont été rappariés par la capsule Shenzhou 21, tandis que Shenzhou 20 est restée en orbite attachée à la station.

Alors que l’Agence Spatiale chinoise n’a pas encore communiqué sur le sujet, les experts internationaux anticipent que la capsule Shenzhou-20 endommagée sera probablement détachée de la station et désorbitée de manière contrôlée pour brûler dans l’atmosphère, très certainement au-dessus de l’océan Pacifique, afin d’éviter tout danger au sol.

Selon toute vraisemblance, l’opération qui n’est pas sans risques, aura lieu lors de Shenzhou 22, en avril ou mai 2026. Enfin, Shenzhou 20 étant désormais resté en orbite, le nouvel équipage de Shenzhou 21 se retrouve actuellement sans véhicule de retour dédié, jusqu’à l’arrivée de Shenzhou 22.

La séquence était une première pour l’Agence spatiale chinoise qui, jusqu’à présent, n’avait jamais été contrainte à une procédure de retour alternative de ses astronautes après leur séjour dans la station.

Selon l’agence Xinhua, « durant leur semaine supplémentaire dans l’espace, l’équipage de Shenzhou 20 a continué à travailler et à vivre aux côtés des astronautes de Shenzhou-21 nouvellement arrivés, la station spatiale ayant une capacité suffisante pour accueillir simultanément deux équipages en orbite. »

Notons que s’il s’agissait d’une première pour les Chinois, Américains et Russes ont par le passé plusieurs fois été confrontés aux aléas d’un retour sur terre différé de leurs astronautes.

Retours différés. Expériences russes et américaines.

Le 21 septembre 2022, Frank Rubio (au centre), et les cosmonautes russes Dmitri Petelin (en haut) et Sergey Prokopyev (en bas), embarquent à bord du vaisseau spatial Soyouz MS-22 dont le réservoir du liquide de refroidissement avait été endommagé. Rubio n’était rentré sur terre que le 27 septembre 2023 avec ses deux collègues russes.


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En mars 2023, l’astronaute de la NASA, Frank Rubio, a été empêché de revenir sur Terre comme prévu en raison d’une fuite occasionnée par l’impact d’une micrométéorite contre le réservoir du liquide de refroidissement de son vaisseau de retour russe, le Soyouz MS-22, alors amarré à l’ISS.

Conséquence, Rubio n’est finalement rentré sur terre que le 27 septembre 2023, avec six mois de retard et 371 passés dans l’ISS. Le rapatriement eut lieu à bord d’une nouvelle capsule Soyouz sans équipage (MS-23) envoyée à l’ISS par la Russie, alors que la très meurtrière guerre en Ukraine faisait rage depuis dix-neuf mois [1].

En 2024, le retour sur terre depuis l’ISS où ils ne devaient rester que huit jours, de Butch Wilmore et Suni Williams, avait été retardé de neuf mois, à la suite de défaillances des propulseurs et de l’étanchéité des réservoirs d’hélium sur leur vaisseau spatial « Starliner » développé par Boeing.

Les pannes avaient entraîné plusieurs reports du rapatriement des astronautes qui ne sont finalement rentrés sur terre que le 17 mars 2025 à bord d’une capsule privée Dragon de Space X développée par Elon Musk depuis 2002.

Il n’est pas anodin de rappeler qu’en pleine guerre en Ukraine – au moment où les forces armées de la Fédération du Russie, poursuivant leur guerre d’usure contre Kiev, accentuaient leur pression dans la région de Koursk, la capsule SX avait aussi à son bord le cosmonaute russe Aleksandr Gorbuno, 35 ans qui venait de passer six mois dans l’ISS, dont la Chine est exclue.

En 2021, l’ostracisme stratégique de Washington, reprouvé par la NASA qui le considère comme une erreur (lire : Coopérations avec la Chine, avait conduit l’agence spatiale chinoise à lancer la construction de sa propre station indépendante des Américains devenue une source de fierté nationaliste chinoise. Lire : La station Tiangong entre dans sa phase finale.

L’œil fixé sur l’opinion publique, l’agence Xinhua ne manque jamais une occasion d’instrumentaliser l’aventure spatiale pour en faire un argument d’orgueil national, en soulignant les records, même les plus anodins.

Fiertés nationales.

Les missions spatiales font, bien plus qu’en Occident, l’objet d’une intense propagande promotionnelle de l’appareil. Ici les trois membres de la mission Chenzhou-20 Chen Dong, Chen Zhongrui and Wang Jie au départ de leur mission vers Tiangong, près du pas de tir de Jiuquan 酒泉 dans le Gansu, le 24 avril 2025. Phot CHINA DAILY VIA REUTERS).


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Depuis Liu Yang, 刘洋 45 ans, la première femme astronaute à bord de Shenzhou-9 en 2012, jusqu’au record de durée de sortie dans l’espace de neuf heures et six minutes ravi aux Américains James Voss et Susan Helmns le 17 décembre 2024, par Cai Xuzhe 蔡旭哲 accompagné par son collègue Song Lindong 宋令东, en passant par Wu Fei, 武飞, le plus jeune membre de Shenzhou-21, âgé de 34 ans, la télévision chinoise fait régulièrement la promotion de ses spationautes en évoquant la compétition avec l’Amérique.

Par les temps qui courent, il est peu probable que la fibre nationaliste chinoise cesse d’exploiter l’aventure de ses astronautes. Récemment, Xinhua mentionnait déjà qu’au printemps 2026, Shenzhou-22, embarquera un astronaute qui séjournera « plus d’un an dans l’espace pour une expérience de longue durée ».

En ligne de mire les records du Russe Valeri Polyakov 437 jours 17 heures et 38 minutes à bord de la station MIR entre 1994 et 1995 et celui de l’Américain Frank Rubio, 370 jours, 21 heures et 22 minutes.

Note(s) :

[1Il n’est pas anodin de constater que cette coopération spatiale entre les Américains et les Russes qui s’est prolongée du printemps à l’automne 2023, eut lieu au moment où se développait l’attaque de l’Ukraine par la Russie déclenchée le 24 février 2022.

Il serait cependant naïf de croire que l’aventure spatiale des humains échappera à la rivalité stratégique sino-américaine qui, depuis 2022 s’est coagulée en une remise en cause par Moscou et Pékin de la domination planétaire occidentale.

A ce sujet lire Spectaculaire dynamisme spatial qui, dans son dernier §, décrit la nouvelle compétition spatiale du genre humain sur la lune.


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