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›› Technologies - Energie

Au milieu des tensions, une irrésistible modernisation à marche forcée tous azimuts

La tendance à l’hyperpuissance tous azimuts suscite l’inquiétude.

Aujourd’hui l’industrie chinois assure plus de 30% de la production mondiale. En 2050, si le rythme se maintient, la proportion approchera les 50%.


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Objectivement boulimique, la quête d’une puissance sans limites s’alimente d’une frénésie du système chinois générateur de vastes surproductions impossibles à écouler par la consommation intérieure plombée depuis 2020 par une sourde inquiétude.

Déjà aujourd’hui, avec 30% de la production mondiale, l’énergie invasive (et à ses heures, on l’a vu, coercitive) de la puissance industrielle chinoise – à qualité au moins égale, moins chère et plus rapide -, porte en elle la capacité de détruire tout le tissu industriel européen dont il ne reste que quelques fragments.

A ce rythme échevelé de croissance, en 2050, la part chinoise de la production mondiale atteindra 43% portant l’image à venir d’une irrésistible et toute puissante suprématie. Sauf à disparaitre complètement, le tissu industriel européen doit se rendre à l’évidence. L’heure du libre-échange vertueux sans frontières est passée. L’urgence est désormais de se protéger et de le faire plus vite et plus efficacement que ne le fait Bruxelles.

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Il est aussi urgent de prendre conscience que la menace n’est pas que commerciale et industrielle.

A Pékin, l’appareil léniniste aux commandes depuis 1949, consubstantiel de l’État chinois, pour qui l’alternance au pouvoir est un contresens politique et un ferment d’inefficacité, considère que la démocratie portée par l’Occident est un risque pour sa survie.

Depuis l’avènement de Xi Jinping à la tête de l’appareil, l’élan de projection hors des frontières par les « Nouvelles toutes de la soie » continué aujourd’hui par une puissante et inflexible dilatation industrielle, porte aussi le projet de contenir la propagation de la démocratie.

A cet effet, sortant de la prudence stratégique prônée par Deng Xiaoping à la fin des frénésies politiques maoïstes, restée dans les mémoires par le slogan à 4 caractères, « Tao Guang Yang Hui – 韬光养晦 – littéralement cachez vos brillances et cultivez l’ombre » [1], le Président Xi Jinping exprime désormais clairement une affirmation de puissance.

Contre l’idéal démocratique, ayant formé le projet de désoccidentaliser le monde, il s’est ostensiblement rapproché de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, appuyant son ambition de rejet hostile anti-occidental par une spectaculaire augmentation de la puissance de ses armées [2].

Partie de l’affirmation d’hostilité contre les États-Unis et leurs alliés, l’ampleur des capacités militaires chinoises ont été affichées à la face du monde, en présence de Vladimir Poutine et de Kim Jong Un, lors des cérémonies du 3 septembre dernier célébrant le 80e anniversaire de la victoire contre le Japon impérial. Lire : Xi Jinping au centre, avec V.Poutine et Kim Jong Un, vent debout contre l’Occident.

Il est cependant nécessaire de tempérer ces évidentes manifestations d’hubris de puissance, dont les racines plongent en partie dans la volonté de réparer les humiliations infligées au XIXe siècle à la Chine impériale par les « Huit puissances » dont le souvenir – Xi Jinping y fait lui-même souvent référence – reste vivace dans la mémoire des Chinois.

Quelles vulnérabilités chinoises. ?

Vulnérabilités. A Gauche : un Village dans la province du Guizhou en fort contraste avec la modernité des centres urbains. A droite, une profusion de caméras équipées d’un système de reconnaissance faciale permet de surveiller au plus près les participants à des manifestations.


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Outre que l’élargissement sans mesure de l’empreinte industrielle chinoise, y compris par la contrainte portant l’idée de la supériorité du système politique chinois anti-démocratique, ne pourra que susciter des contrefeux dont les prémices sont déjà visibles, non seulement dans tout l’Occident, mais également dans certains pays du sud-global, il serait gravement insuffisant de ne rien dire des vulnérabilités du « Dragon chinois. »

La première et peut-être plus grave fragilité est assurément démographique dont les conséquences obligent à nuancer les projections de puissance. Alors que la population vieillit augmentant les charges de l’État – il y aura 300 millions de retraités en 2050 - en 2100, la Chine aura perdu 50% de sa population.

Pour aller à l’essentiel, une autre faiblesse, celle-là sociale révèle la très mauvaise répartition des richesses, dont les causes plongent dans la rigidité politique de l’appareil.

Hésitant depuis toujours à émanciper le peuple par crainte que son enrichissement produise un effet politique dangereux pour son pouvoir, il laisse subsister 600 millions de pauvres, soit 40% de la population, aux revenus mensuels inférieurs à 200 € par mois.

Cette réalité se lit dans l’écart entre le PIB total qui, avec 21 000 milliards de $ place la Chine au 2e rang mondial, derrière les États-Unis (29 000 milliards de $) quand le PIB par habitant (13 800 $), ne la range qu’au 77e rang, à peine comparable à la Malaisie ou au Mexique.

Sous la surface, jamais clairement analysés, fermentent les effets de la prévalence absolue accordée à la puissance matérielle faisant l’impasse sur la « puissance douce ».

A l’intérieur, le déficit qui s’ajoute au désarroi du chômage d’un diplômé sur cinq, se manifeste par un très net recul de l’élan compétitif des jeunes générations lassées d’une société uniquement arc-boutée à la performance, dans une ambiance générale où la liberté d’expression est fortement contrainte.

En mars dernier le Parti avait lui-même identifié le risque d’une société de moins en moins en phase avec les injonctions compétitives du Parti. Lire : Reconnaissant les risques des contrecoups nihilistes, l’appareil appelle à nuancer la spirale de l’émulation par les excès de travail.

Le déficit de « puissance douce » se mesure aussi à l’extérieur par le recul en occident des Instituts Confucius dont beaucoup ont été fermés pour réagir à leur transformation sans mesure en levier de propagande politique. Au lieu d’en amender le fonctionnement et leur contenu pour mieux cibler les attentes occidentales, le parti les a remplacés par l’affirmation frontale de sa puissance matérielle et militaire.

En dépit de la posture affichée par Xi Jinping de garant de la stabilité mondiale face au chaos commercial déclenché par D. Trump, celle-ci s’exerce sans retenue dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine du sud où, contrevenant au droit de la mer, Pékin en quête de ressources, réclame de vastes portions des zone économiques exclusives des pays riverains, notamment du Vietnam et des Philippines.

Encore à l’extérieur, en lien avec son système de croissance devenu fortement dépendant de ses exportations dont les excédents ont atteint 993 milliards de $ en 2024, Pékin doit désormais concilier son regain d’agressivité anti-occidental avec ses besoins d’accès aux marchés européen et américain, principales destinations de ses exports.

Enfin, à force de focaliser sur les impressionnantes performances de l’innovation et des progrès matériels dont les Chinois eux-mêmes sont logiquement émerveillés et fiers, on oublie l’éléphant dans la pièce du vaste déficit politique caractérisé par l’absence totale de liberté contre laquelle la société chinoise se rebelle par un foisonnement incessant de protestations mal relayées par les médias occidentaux.

Rapidement mises sous le boisseau grâce aux caméras à reconnaissance faciale qui repèrent les meneurs et les arrêtent avant même la moindre infraction, les manifestations liées pour plus de 50% au marasme persistant de l’immobilier ayant massivement floué la classe moyenne, sont contrôlées par des nuées de policiers dont l’intervention diligente pilotée par la plus grande densité de caméras de surveillance au monde, étouffe les rébellions en douceur, bien plus efficacement qu’une répression brutale.

Les manifestations se sont multipliées contre les injustices, les bas salaires, les horaires de travail excessifs, le contrôle social, la censure et la répression qui emprisonne sans état d’âme les critiques (lire : Zhang Zhan, défense des libertés, suprématie de l’appareil et l’impossible indépendance de la justice).

Le tout baigne dans le récit édifiant du parti.

Porté aux nues par la propagande qui manipule l’histoire, le narratif redessine une histoire univoque et sans nuance des relations avec Taïwan, passant sous silence l’évolution démocratique de l’Ile, efface ses périodes troubles ou peu vertueuses comme les colonisations brutales du Tibet et du Xinjiang, ou la meurtrière conquête des campagnes par Mao pendant la guerre civile ; il réécrit la chronologie historique sur 5000 ans, faisant même du Parti communiste d’essence léniniste à la fois le prolongement du système impérial et l’héritier de Sun Yat-sen.

Alors que Xi Jinping projette la perspective d’une Chine, première puissance mondiale en 2049, au centième anniversaire du pouvoir du parti, il faut avec Simon Leys s’interroger sur le sens de cet horizon au cœur de la propagande de l’appareil. « La Chine est en passe de devenir une superpuissance. Dans ce cas, elle sera – chose inouïe - une superpuissance amnésique, enfermée dans le double dogme du monopole politique du Parti et de l’image tutélaire de Mao. Et le corollaire de ces deux impératifs est la nécessité de censurer la vérité historique de la République Populaire depuis sa fondation ».

Note(s) :

[1En référence à l’histoire ancienne des Tang et de l’empereur Xuanzong (713 – 741), l’un des plus brillants souverains de l’histoire chinoise. Régnant en même temps que les rois Francs en Europe, il avait fait de la Chine le plus puissant pays médiéval, par une habile politique évitant les affrontements directs. Deng Xiaoping s’en était inspiré pour ériger en règles stratégiques les principes suivants :

1) Éviter les antagonismes qui créent des ennemis ; 2) Ne pas interférer dans les affaires intérieures d’autres pays ; 3) Ne pas prétendre à l’hégémonie ou à la direction d’une alliance internationale ; 4) Évitant les politiques de puissance, privilégier la cause du « Tiers Monde » ; 5) Se garder des affichages nationalistes et privilégier une stratégie internationale omnidirectionnelle.

[2Si on fait référence aux déclarations de Pékin, le budget de la défense ont l’ampleur a augmenté de 50% depuis 2015, est de 245,7 milliards de $, soit seulement 1,5% du PIB. Pour le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) réputé objectif, il serait de 296,3 milliards de $. Mais, arguant que nombre de dépenses liées à la défense sont opaques, le Pentagone l’estimait en 2022 à plus de 700 milliards de $


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