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A Munich, Pékin tire profit du basculement du monde

La Chine tend la main à l’Europe sidérée par D. Trump.

En Europe, en dépit de la proximité entre Pékin et Moscou, le choc de la bascule américaine est tel que nombre de membres de l’UE accueillent favorablement la manœuvre de séduction chinoise.


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Oubliées les diatribes méprisantes du China Daily en mai 2023 qui avait traité Josep Borrell, le Haut Responsable pour la politique étrangère de l’UE, de « faux-nez rabâcheur, incapable de gérer les problèmes complexes ».

En pleine tension géopolitique créée par l’appréciation de situation du parlement européen ayant fait état de « risques de génocide des Ouïghour au Xinjiang  », la relation Chine – Europe était au plus bas, dans un contexte stratégique où Pékin n’a en réalité jamais pris au sérieux la puissance de l’Europe.

Par contraste, moins de deux ans plus tard, percevant le désarroi européen, le discours de Wang sur le mode « Les ennemis de nos ennemis sont nos amis » s’est clairement inscrit dans une trajectoire de rapprochement amical.

« Chers amis européens, nous sommes des partenaires et non pas des rivaux. Alors que cette année marque le 50e anniversaire des relations diplomatiques Chine-UE, la Chine est disposée à travailler avec la partie européenne pour approfondir la communication stratégique et la coopération mutuellement bénéfique ».

Pour mieux s’engouffrer dans la brèche atlantique des relations entre l’Europe et les États-Unis, rien n’est laissé au hasard. Alors que le Royaume Uni reste un des seuls pays européens avec la Lituanie, la Suède et la Tchéquie, exclus de la récente diplomatie d’ouverture au monde autorisant des séjours de quinze jours en Chine sans visa, il semble qu’un réajustement soit en cours (au sujet des aigreurs entre les Tchèques et les Chinois, lire : Le sénat tchèque à Taïwan. Pékin perd son calme. Le fossé se creuse entre l’Île et les Chinois).

Lors d’une réunion impromptue en marge de Munich, Wang Yi a en effet rencontré son homologue tchèque Jan Lipavský, au cours duquel ce dernier a reconnu que « dans le contexte des guerres commerciales imminentes, le maintien du dialogue et de la coopération entre la République tchèque et la Chine, ainsi qu’entre l’UE et la Chine, est d’une grande importance  ».

A rebours des récents efforts de Prague sous la présidence du Général Petr Pavel, élu en 2023, ancien président du Comité Militaire de l’OTAN (2015-2018),pour approfondir les liens avec Taipei, la condition préalable posée par Wang avait été la reconnaissance de la politique d’une seule Chine et le rejet de l’indépendance de Taïwan.

Un basculement de « Soft power » en faveur de la Chine.

Le « Sud-Global » en Afrique, en Asie du Sud-est et en Amérique latine s’aligne sur la Chine plutôt que sur l’Amérique.


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Toujours à Munich, cherchant à exploiter au maximum les craquements transatlantiques, Wang a eu des échanges avec ses homologues français, israélien, espagnol, autrichien et ukrainien et une longue liste de responsables plus ou moins sceptiques de la bourrasque Trump.

Parmi eux la successeur de Josep Borrel, l’Estonienne Kaja Kallas, première responsable politique d’Europe orientale à vue directe de la Russie à tenir cette fonction, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, le chancelier allemand Olaf Scholz et sa ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock, ainsi que le président de la CDU Friedrich Merz, conservateur affirmé, tout juste vainqueur des législatives et futur chancelier dont les déclarations de victoire laissent présager un des premiers raidissements de l’Allemagne de l’après-guerre contre la prévalence sans partage de l’Amérique.

En Allemagne, le désamour de l’Amérique va loin. Certains la voient même comme un plus grand risque géopolitique que la Corée du Nord. En Europe occidentale, la perception des risques posés par les guerres commerciales de l’Amérique a augmenté de 10% en moyenne, a la même hauteur qu’au Japon (+10%), mais loin derrière le Canada en toute première ligne de la vindicte à l’emporte-pièce de D. Trump (+21%).

La contagion a même atteint le Royaume Uni, autre point d’ancrage stratégique avec l’Allemagne de la puissance américaine en Europe.

Avant même le discours de Vance, des signes d’un pivotement discret mais perceptible vers la Chine ont été observés. La veille de l’intervention du vice-président américain à Munich, le secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce Jonathan Reynolds faisait, dans un discours aux entreprises, allusion au recalibrage stratégique du Royaume-Uni.

« Nous tirons parti de nos relations avec l’Europe, la Chine, l’Inde et le Golfe. C’est important, car en réponse aux annonces faites par les États-Unis cette semaine, je tiens à réitérer que, dans notre intérêt national et sous ce gouvernement, le Royaume-Uni défendra toujours un commerce libre, équitable et ouvert. »

En mettant la séquence en perspective on perçoit qu’elle coïncide avec une dégradation générale de l’image de l’Amérique dont Pékin tire habilement profit.

Déjà supplanté en Afrique et dans une grande partie du Sud Global (lire : La Chine-Afrique mobilise le « Sud Global » contre l’Occident), l’Amérique n’a plus la côte en Asie du Sud-est où selon le ministre de la défense de Singapour lui-même Ng Eng Hen, l’image des États-Unis est « passée de celle du libérateur à celle d’un propriétaire terrien, jaloux de sa rente ».

Globalement dans cette partie de l’Asie sous forte influence commerciale chinoise, s’ils avaient à choisir, plus de la moitié des sondés d’une enquête par un Institut d’analyse de Singapour préfèreraient s’aligner à la Chine plutôt qu’aux États-Unis.


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