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A Munich, Pékin tire profit du basculement du monde

Prenant la parole à Munich, immédiatement après le vice-président Vance dont le discours brutalement accusateur a sidéré les Européens, Wang YI 王毅, 72 ans, ministre des AE au long cours depuis 2013 – avec une brève interruption en 2022 -, membre du Bureau Politique, fidèle sans état d’âme de Xi Jinping, s’est résolument engouffré dans la brèche transatlantique ouverte par D. Trump.


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L’analyse qui suit doit beaucoup à l’excellente synthèse de House China Brief parue le 20 février 2025.

Dans un monde occidental sèchement divisé par la nouvelle stratégie de l’Amérique qui ne cherche plus unanimement à isoler Vladimir Poutine, l’appareil communiste chinois observe avec attention la sidération des Européens tétanisés par la stratégie du chaos de Donald Trump qui, d’un même élan, rapproche l’Amérique de Vladimir Poutine et semble prêt à passer par pertes et profits les intérêts nationaux de l’Ukraine et la sécurité du continent européen, dont il dit vouloir se désengager [1].

En même temps, Pékin devenu un des grands alliés et clients de Moscou ayant continué, en dépit des sanctions, à lui acheter massivement son gaz et son pétrole et à lui fournir des biens à double usage, réfléchit à une stratégie qui lui éviterait d’être tenu à l’écart des initiatives déconcertantes de D. Trump.

Dans ce contexte, la Chine se prévaut de l’antériorité d’avoir récemment envisagé jouer un rôle dans la recherche d’un compromis pacifique dans le conflit ukrainien (lire : « Plan de paix chinois. » Réalités et intentions cachées.).

Le 13 juillet, quatre jours avant la rencontre entre Marco Rubio et Serguei Lavrov à Ryad, le ministère chinois des Affaires étrangères, à ce stade prudemment resté à la « poignée d’éventail » des possibles, déclarait que la Chine se félicitait du renforcement de la communication et du dialogue entre les États-Unis et la Russie et qu’elle « continuera à jouer un rôle constructif dans la promotion d’une résolution politique de la crise. »

Aujourd’hui, avec une remarquable réactivité opportuniste, néanmoins teintée d’une évidente mauvaise foi, Pékin cherche à tirer parti de la stupeur des Européens collectivement pris à contrepied par la volte-face de D. Trump.

Wang Yi à la manœuvre.

Dans son discours, Wang YI a présenté la Chine au système politique sûr et invariant et à l’économie toujours assurée sur ses bases en dépit du freinage de la croissance, comme un pôle de stabilité géopolitique rassurant au milieu des craquements du monde.


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Le 14 février lors de la Conférence de sécurité de Munich, prenant la parole après le Vice-Président J.D. Vance dont le discours accusait les Européens de ne pas être à l’écoute de leurs peuples et de les censurer, Wang Yi, tout juste de retour d’une visite au Royaume Uni, s’est fait le porte-parole de ceux – Européens compris – qui réfutent le « nouveau désordre mondial  » fomenté par la diplomatie américaine.

Après avoir assez classiquement décrit la situation globale marquée par un « mélange croissant de turbulences et de transformations », il s’est interrogé sur l’avenir : « Où va le Monde ? ».

Par un étonnant questionnement pour une puissance qui, sans esprit de recul, impose la loi du plus fort dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine du sud [2], il a interpellé l’assistance : « La multipolarité entraînera-t-elle chaos, conflits et confrontations ? Cela signifie-t-il la domination des grands pays et l’intimidation des faibles par les forts ? » (…)

(…) « La réponse de la Chine qui, au milieu des évolutions s’affirmera de manière constructive pour conforter un monde multipolaire équitable et ordonné, est qu’elle sera un inébranlable facteur de stabilité. »

Disant cela Wang posait la Chine dont la stratégie vise pourtant avec la Russie à remettre en cause l’ordre mondial d’après 1945, en champion des règles internationales telles qu’elles existent.

« Le monde d’aujourd’hui est témoin d’un chaos et d’incessantes confusions » puis, ciblant directement les États-Unis, « l’une des raisons majeures est que certains pays croyant que le bien est toujours du côté du plus fort, ont ouvert la boîte de Pandore de la loi de la jungle. En réalité, tous les pays, quelle que soit leur taille ou leur force, sont parties prenantes de l’État de droit international ».

Enfin, reprenant une formule d’Antony Blinken au forum de Munich de 2024, qui en dit long sur la répulsion atavique des Chinois face au chaos, « Sans normes ni standards, ceux qui sont à la table aujourd’hui peuvent demain se retrouver au menu. ».

Pour autant, n’échappant pas aux contradictions chroniques de ses stratégies extérieures, le message d’apaisement d’une Chine respectueuse du droit international a aussitôt été contredit par les références obligées à la question taïwanaise.

Considérée sans esprit de recul par l’appareil comme une affaire strictement intérieure, le régime chinois dont le point aveugle est la démocratie de l’Île, qui n’hésite pas à tirer des missiles balistiques dans le Détroit tout en se posant en promoteur de la paix globale, présente sans nuance la question comme une évidence dont les termes s’imposent à tous : « Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays doit signifier le rejet de l’indépendance de l’Île [Ndlr : qui suppose le soutien à la réunification complète de la Chine] ».

Enfin, après avoir rappelé la puissance économique de la Chine « moteur de 30% de la croissance globale » et les riches potentiels de son vaste marché, Wang a tendu la main aux Européens sidérés par la volte-face stratégique de D. Trump et le sermon en partie exact et sans concession du vice-président J.D. Vance.

Note(s) :

[1La fracture transatlantique a été mise en évidence lors de l’Assemblée Générale des NU le 24 février quand, avec la Russie, Israël, la Corée du Nord, le Soudan, le Belarus la Hongrie et 11 autres pays, la délégation américaine a voté contre un amendement des Européens, qui corrigeait une résolution de Washington réclamant d’urgence une paix en Ukraine, mais sans mentionner l’agression russe ni l’exigence d’une garantie territoriale de l’Ukraine.

La résolution finalement amendée par les Européens a été adoptée par l’Assemblée Générale, mais Washington s’est abstenu. En revanche, les 15 membres du Conseil de sécurité ont voté à dix voix contre cinq pour la résolution américaine en faveur de la paix non amendée par les Européens, entraînant cette fois l’abstention de la Grande Bretagne, de la France, du Danemark de la Grèce et de la Slovénie.

Aux États-Unis la volte-face de la délégation américaine a été critiquée y compris par les Républicains. Le Sénateur de l’Utah John Curtis s’est dit « profondément troublé par un vote qui plaçait l’Amérique dans le même camp que la Russie et la Corée du Nord. »

[2A l’appui des analyses qui, spéculent que les rapports de forces sont, contrairement à ce qui dit Wang Yi, l’idée sous-jacente des stratégies extérieures de la Chine communiste, on citera une remarque de Yang Jiechi 杨洁篪, le MAE de 2007 à 2013, restée célèbre pour la brutale naïveté de sa franchise. En juillet 2010, lors d’une cession du Forum régional de l’ASEAN (ARF) il avait déclaré au représentant de Singapour, « La Chine est un grand pays et les autres [pays de l’ASEAN] ne sont que de petits pays. C’est juste un fait - 中国是大国, 其他国家都是小国, 这是事实. »


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