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A Hong-Kong, « Un pays deux systèmes » aux « caractéristiques chinoises. »

Quatre ans-et-demi après les manifestations monstres de juin 2019 contre la loi sur l’extradition [1] et seize mois après l’avènement à la tête de Hong de John Lee Ka-chiu (李家超 Li Jiachao), ancien officier de police et ancien responsable de la sécurité de la R.A.S, dont l’élection sans contrepouvoir fut le point final de l’élimination de la mouvance démocrate, cette note fait le point de l’ambiance socio-économique et politique dans l’ancienne colonie britannique, devenue en 1997, suivie en 1999 de l’ancienne colonie portugaise de Macao, une Région Administrative Spéciale (R.A.S) de la République Populaire.

Alors que de fortes déflagrations militaires en Europe de l’Est et au Moyen Orient secouent la planète, menacent les flux du commerce et des ressources et, attisant les fortes rancœurs anti-occidentales mais très hétéroclites du « sud global », font craquer la tectonique des rapports de forces, le contexte général de la contestation sino-russe de l’Amérique et de l’Occident qui s’accompagne d’un ralentissement de l’économie chinoise, pèse mécaniquement sur la R.A.S.

Un environnement général d’incertitude et de défiance.

En Chine même, l’ambiance de défiance, à la fois désenchantement interne d’une modernisation embourbée dans l’autoritarisme politique et miroir d’un ressentiment historique anti-occidental de la longue période des humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle par les « Huit Puissances » – Sept occidentales dont six européennes et le Japon -, plonge ses racines dans au moins trois séries de rancœurs :

1. Les frustrations nationalistes de la stratégie de renaissance 复兴 et de retour de puissance de la Chine, fond de tableau du raidissement face à l’Amérique et à l’Occident ;

2. L’emporte-pièce sans nuance de la gestion de l’épidémie commencée dans le déni et la chasse aux lanceurs d’alerte à l’automne 2019, jusqu’à la brutalité du déconfinement sans préavis trois années plus tard, en passant par la férocité des mises en quarantaine qui, au plus fort des mesures d’isolation, ont touché trois cents millions de Chinois et gravement secoué l’équilibre économique de l’Est du pays.

3. Les mesures politiques de mises aux normes des entreprises du numérique et du secteur immobilier dont le premier effet a été d’installer un doute sur la liberté d’entreprendre que les voltefaces suivies des encouragements et de relance de l’appareil ne réussissent pas à dissiper.

L’environnement stratégique global envahi par l’appréhension et les incertitudes, y compris chinoises, ne fait qu’aggraver la frilosité des investisseurs occidentaux en Chine et à Hong Kong.

Articulée au concept de « l’Initiative de Sécurité Globale » - rappelée par le Waijiaobu en février 2023, la diplomatie de « faiseur de paix » entre Téhéran et Ryad vient en effet d’être battue en brèche par les meurtres sauvages du 7 octobre contre les Juifs, que Pékin refuse de qualifier de « terrorisme ».

Parrainés par la théocratie iranienne hostile au rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’État hébreu, ils sont l’épouvantable avatar de la mortelle rivalité entre les Chiites iraniens et les Sunnites arabes.

Passée sous le radar de la diplomatie chinoise de posture, elle est au Moyen Orient, la face cachée mortifère et toxique de « l’Initiative de Sécurité Globale » contredite en Asie Pacifique, par l’inflexible agressivité de Pékin contre Taïwan qui cache un autre « tabou ».

Au-delà des discours, mais pesant sous la surface, il interroge d’abord sur la volonté réelle des familles chinoises de sacrifier leur enfant unique dans une guerre déclenchée par le Parti et, au milieu des incessants harcèlements militaires contre l’Île, sur l’incertaine stabilité de la région, premier répulsif tenant à distance l’élan des investisseurs.

Diminution de « l’appétit » occidental pour la Chine.

Certes, après les promesses de Li Qiang que la Chine de Xi Jinping respecterait les règles du libre commerce après les avoir bafouées au nom des très conflictuelles « caractéristiques chinoises », accorderait un traitement égal aux investissements étrangers, tout en supprimant les contrôles gouvernementaux, Tesla a annoncé la construction d’une nouvelle usine géante de batteries à Shanghai ; en même temps, l’Européen Airbus a dévoilé son intention de doubler la capacité d’assemblage de ses A-320 à Tianjin.

Mais sous cette surface rassurante de l’engagement de grands groupes, on note un mouvement sans précèdent de défiance envers les titres chinois en dépit des efforts de Pékin pour stimuler la croissance, y compris en creusant ses propres déficits.

Morgan Stanley, pointe le rythme accéléré des sorties de fonds étrangers du marché chinois des « actions A », d’entreprises chinoises libellées en Yuans, négociées dans les bourses de Shanghai et Shenzhen.

Entre début août et la mi-octobre de cette année, plus de 22 milliards de $ ont ainsi déserté les marchés d’actions chinois. Le 23 octobre, l’indice « CSI 300 » qui suit les performances des 300 principales actions chinoises des bourses de Shanghai et de Shenzhen, avait chuté à son plus bas niveau depuis 2019. Quel que soit l’angle de vue, l’indicateur signale au minimum une « désaffection » envers le marché chinois et un essoufflement de la reprise.

Alex Capri, chercheur à la Fondation Hinrich spécialisée dans le suivi du commerce global et maître de conférences à l’École de commerce de l’Université Nationale de Singapour, est très pessimiste. Pour lui, « La détérioration des conditions économiques en Chine alimente un phénomène plus vaste et bien plus conséquent, qui est un effondrement total de la confiance dans le Parti communiste chinois ».

Conséquence directe : « Une diminution de l’appétit mondial pour les actions chinoises avec deux causes principales [analysées par nos récents articles de la rubrique ”Économie”] : La première est le ralentissement structurel de l’économie chinoise ; la deuxième est, jusqu’à présent, l’absence de réponse convaincante des autorités aux dysfonctionnements organiques du schéma de croissance ».

C’est encore ce qu’estime Alex Capri « Les crises de l’immobilier et de la dette sont certes des problèmes structurels profonds pour lesquels il n’existe pas de solutions technocratiques faciles, mais, [incertitude supplémentaire], les autorités ne semblent pas prêtes à prendre les mesures nécessaires [pour les réduire.] »

Une vague de départs. Fin de l’exception du « Port aux parfums ».

A Hong-Kong, qu’il s’agisse des effets de la Covid, de la répression policière antidémocratique, du désamour pour la Chine, ou des tensions entretenues dans le détroit de Taiwan, peut-être d’une combinaison des quatre, ces dernières années, tous les observateurs ont constaté une accélération de l’exode de résidents chinois dont le nombre total est tombé à 7,19 millions à la fin 2022, soit une baisse de près de 144 000 par rapport à fin 2020.

A la suite de la répression chinoise, pour la seule année dernière, la ville a connu un exode net de 60 000 habitants. La plupart sont des Hongkongais ayant opté pour des visas spéciaux et un accès rapide à la citoyenneté proposé par des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie.

Mais il y eut un aussi un flux ininterrompu des départs de la population expatriée, nostalgique de l’époque coloniale, restée dans la ville longtemps après le départ de la Grande-Bretagne. Pour la plupart, il s’agit de professionnels de la finance et du droit, réputés à la fois pour leur ardeur au travail et leur goût de la fête qui animait les nuits Hong-kongaises.

Aujourd’hui, les médias locaux rapportent chaque jour une collection de transferts des cabinets d’avocats et des banques d’affaires vers la destination rivale de Singapour. Au printemps dernier Le Financial Times, citant un cabinet d’avocats basé à Londres, écrivait : « Les gens recalculent leur exposition à Hong Kong ; et Singapour, îlot de calme dans des eaux très turbulentes, est devenu extrêmement important au cours des 12 derniers mois. »

Figure incontournable des milieux d’affaires expatriés, Allan Zeman, 74 ans ayant en 2008 renoncé à sa nationalité canadienne pour devenir citoyen chinois et « Parrain » du quartier de Lan Kwai Fong à Central qu’il a contribué à rendre prospère, reste optimiste.

Pour lui qui règne sur un quartier où foisonnent une quantité de restaurants, bars, discothèques et boites de nuit, dans un enchevêtrement de ruelles étroites (Lire : Investiture du gouverneur Lee à Hong Kong. La fin d’un cycle), l’emprise politique de la Chine qui noie Hong-Kong dans la « grande baie de Zhuhai » (lire le § « L’avenir de la R.A.S réduit à l’intégration à la Chine. ») change la population, mais ne modifiera pas ses affaires. Au contraire.

35% des propriétaires de Lan Kwai Fong sont désormais de riches chinois et d’incorrigibles consommateurs. Devenus ses clients, ils sont capables de dépenser jusqu’à 400 000 $ de Hong-Kong (51 000 $) en une seule soirée. C’est pourquoi, il estime que le reflux de la vie nocturne et la disparition de l’ambiance débridée du quartier ne sont que des phénomènes temporaires.

Tout le monde n’est pas d’accord.

Pour beaucoup de propriétaires de bars et de discothèques, la vie nocturne n’est plus qu’une pâle réminiscence de la période faste de son apogée, quand Hong-Kong était l’épicentre régional des affaires et de la vie nocturne foisonnante, plus vibrante que celle du quartier Shibuya à Tokyo, infiniment moins ennuyeuse que Singapour et décidément plus libre que celle du Continent.

Le contraste se chiffre financièrement. Selon les chiffres officiels de la R.A.S, au cours du premier semestre 2023, les revenus des bars et discothèques ont baissé de près de 20% par rapport a 2019.

Note(s) :

[1Lorsqu’en 2018 un natif de Hong-Kong a assassiné sa petite amie enceinte à Taiwan, avant de se réfugier dans la R.A.S, la Gouverneure Carrie Lam a, en mars 2019, proposé un amendement à la loi sur l’extradition permettant d’extrader le fugitif à Taiwan pour qu’il soit jugé sur le lieu de son crime.

Mais, tel qu’il était rédigé, le projet autorisait aussi l’extradition vers la République populaire. Une éventualité dont les juristes, les universitaires et les militants des droits jugèrent non seulement qu’elle permettrait à Pékin de faire rapatrier sur le Continent les dissidents réfugiés dans la R.A.S., mais également qu’elle ouvrirait une brèche dans l’indépendance de la justice du Territoire, séparée de celle du Continent par le principe « Un pays deux systèmes » instauré en 1997.

La séquence venait après plusieurs intrusions de Pékin dans l’autonomie politique de la R.A.S ayant durement réprimé la mouvance démocrate dont il est cependant important de rappeler que certains jeunes représentants, minoritaires mais très actifs, étaient allés jusqu’à remettre en cause la rétrocession et à réclamer un referendum sur le statut du Territoire en 2047. Lire : Chine – Hongkong, la fracture.

Rappel de l’analyse de Francois Danjou du 22 juin 2019 : « Impopulaire par construction compte tenu du mode de désignation, Carrie Lam a commis l’erreur de poursuivre 3 lièvres à la fois. (...)

(...) 1) Les intérêts de Pékin ; 2) Ceux contradictoires de la R.A.S réglés par “les deux systèmes” dont on voit les limites ; 3) La compassion envers la mère de la victime qui, toute considération morale et humaniste mise à part, semble avoir parasité sa réflexion politique. » (…)

« Enfin, le temps qui passe érode mécaniquement la légitimité politique des gouverneurs dans un contexte porté au rouge par le surgissement d’une mouvance indépendantiste qui remet en question jusqu’à l’idée même de rétrocession. » (…)

(…) « Cette “carte sauvage” qui affaiblit tout le processus bousculé par une variable que Deng Xiaoping n’avait pas prévue, crée une alchimie dangereuse où les émotions nationalistes chinoises attisées par le radicalisme obstiné des jeunes indépendantistes sont en train de prendre le pas sur la raison. »


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