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›› Editorial

A Hong Kong, la longue mémoire répressive du Parti

Photo d’archive du site japonais 123F datant de 2011 d’une foule hong-kongaise rassemblée dans le parc Victoria en hommage aux victimes du massacre du 4 juin 1989 sur la place Tian An Men. Depuis 2019, l’appareil soucieux effacer cette mémoire dans la R.A.S comme en Chine, sanctionne durement tous les militants qui tentent de perpétuer les recueillements annuels.


*

Dans la R.A.S, aujourd’hui remise au pas, l’appareil a, depuis 2020, formellement interdit les veillées mémorielles pacifiques à la bougie qui, depuis 1990, rendaient chaque 4 juin à Viktoria Park, hommage aux victimes du massacre perpétré par l’APL sur la place Tian An Men. Après la dernière veillée autorisée de 2019, celle de 2020 avait été officiellement interdite par la police en raison de l’épidémie de Covid-19.

C’était un prétexte.

Suivant les manifestations monstres contre le projet de loi sur l’extradition porté par Carrie Lam qui durèrent du printemps 2019 jusqu’au début de l’année 2020, l’interdiction venait en réalité tout juste trois semaines avant le tournant répressif de la loi sur la sécurité nationale imposée par l’ANP à la R.A.S, le 30 juin 2020, entrée en vigueur le jour même.

Le durcissement se manifesta officiellement quand, à la fin de son mandat à la tête du territoire, le 30 juin 2022, Carrie Lam fut remplacée par Lee Ka-chiu (李家超 Li Jiachao), l’inflexible chef de la sécurité du territoire de 2017 à 2021, seul prétendant en lice - ce qui en dit long sur l’effacement des démocrates - qui venait de jouer un rôle central dans la répression des manifestations prodémocratie. Lire : Un policier inflexible à la tête de Hong Kong.

Dans ce mouvement de mise au pas politique de Hong Kong, ce mois d’août 2026 met définitivement sous le boisseau un des derniers interstices démocratiques résiduels encore vivace dans la R.A.S.

Fermant définitivement un cycle de libertés d’expression en faveur des victimes de Tian An Men qui s’était manifestée sans interruption de 1990 à 2019, le 21 août dernier, deux activistes hongkongais pro-démocratie, l’ancien député de l’opposition Lee Cheuk-yan 李卓人, 69 ans, membre du Conseil législatif de 1995 à 2016 et président de « Hong Kong Alliance », 香港支援愛 et sa vice-présidente, l’avocate Chow Hang-tung, 鄒幸彤 41 ans, qui a assuré sa propre défense, ont été reconnus coupables d’incitation à la subversion par le tribunal de Kowloon-Ouest.

Incarcérés depuis octobre 2021, les deux figures emblématiques de Hong Kong Alliance fermée par le pouvoir il y a cinq ans, tout juste un mois avant leur arrestation, avaient en 2020 et en 2021 tenté de perpétuer les rassemblements à la bougie de Victoria Park, désormais interdits.

Le prononcé de leur peine a été reporté. Ayant contesté les accusations de subversion et toujours incarcérés, depuis 2021, ils risquent jusqu’à dix ans de prison.

En revanche la sentence contre Albert Ho Chun-yan 何俊仁, 75 ans, qui a plaidé coupable pourrait être plus légère.

Ancien président de Hong Kong Alliance (2014-2019) et vétéran du Conseil Législatif (de 1995 à 1997, sous mandat britannique puis, après la rétrocession de 1998 à 2016), ancien président du parti démocrate, il avait en 2023, bénéficié avec Margaret Ng, Jimmy Lai, Leung Kwok-hung et Martin Lee [1], d’une largesse de la Cour d’appel qui avait annulé sa condamnation avec sursis d’avril 2021 pour organisation d’une manifestation non autorisée en août 2019 qui faisait référence aux premières émeutes contre la loi sur l’immigration de Carrie Lam en mars et avril 2019.

Au passage, le sursis et l’annulation en appel de la condamnation reflétaient à ce moment une mansuétude de la justice du Territoire qui contrastait clairement avec l’intention répressive de Pékin.

Le contraste explique que le vétéran démocrate Albert Ho qui avait bénéficié à deux reprises de la clémence des juges du Territoire, était pourtant resté en prison pour avoir lui aussi enfreint la loi sur la sécurité nationale en organisant une commémoration aux chandelles du massacre de Tian An Men à Victoria Park, le 4 juin 2020.

*

La brutale répression contre les organisateurs des veillées sur Victoria Park en mémoire des victimes de Tian An Men, revêt une forte portée symbolique pour Xi Jinping et l’appareil qui, depuis 2019, s’appliquent à détruire l’arrangement « Un pays deux Systèmes ».

Le dernier coup de boutoir à la liberté de penser, marge de manœuvre politique du Territoire, fait que, dorénavant règne dans la R.A.S, le même syndrome d’occultation de l’histoire qu’à Pékin.

Pour l’appareil dont l’intention est totalitaire, au sens le plus strict, le souvenir de Tian An Men, objet sur le Continent d’une « amnésie collective » par une censure implacable de l’histoire, les commémorations de Hong Kong, aujourd’hui interdites, sont historiquement sensibles.

Au moment de la répression du 4 juin 1989 et dans les années qui suivirent, le Territoire encore sous mandat britannique avait en effet servi d’itinéraire de fuite des manifestants chinois pourchassés par le régime.

La filière qui avait été baptisée « Opération Yellow Bird. 黄雀行动 » par ses organisateurs, le militant enseignant et syndicaliste, Szeto Wah 司徒華 (1931-2011), le révérend Chu Yiu-ming 朱裕銘 (82 ans), qui fut actif dans le mouvement « Occupy Central » et le très charismatique John Sham 岑建勳, 74 ans, acteur, producteur et militant politique, avait duré de 1989 à 1997 (voir page suivante les exfiltrés de Yellow Bird, parmi les plus connus.)

Le 9 février 2026, il Jimmy Lai était condamné à 20 ans de prison.

A ce sujet lire nos deux articles. Le premier de mars 2024, analysait la mort de l’arrangement « Un pays deux Systèmes », méthodiquement détruit par Xi Jinping, vingt ans avant l’échéance de 2047 prévue par Deng Xiao Ping et Margareth Thatcher en 1984 : A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. ».

La brutalité de la répression et de la mise aux normes politique répondait aux outrances des extrémistes comme Demosistõ, 香港眾志.

Critiqués par Martin Lee qui les avait mis en garde contre une réaction violente de Pékin, les plus illuminés qui ne voulaient pas tenir compte de la sensibilité nationale du Territoire, symbole douloureux des humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle, n’avaient pas hésité à envisager qu’en 2049, un referendum pourrait décider du sort politique du Territoire.

Le deuxième du 13 février 2026 remet en perspective l’extrême brutalité du jugement et en miroir, la nervosité de l’appareil : Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison. Chute d’un symbole.

Note(s) :

[1Preuve de la détermination répressive de Xi Jinping dont l’appareil pilote désormais la justice du Territoire, aujourd’hui, parmi les militants démocrates cités ayant bénéficié de l’indulgence des juges en 2021, seul Martin Lee 李柱銘, 88 ans, le vieux démocrate resté sobre et tempéré au milieu des surenchères violentes des émeutes contre Carrie Lam, est libre d’aller et venir.

Les autres sont soit en prison, soit harcelés en riposte à leur action militante pour la démocratie.
C’est le cas de l’ancienne députée et avocate Margaret Ng 吳靄儀, 78 ans, pourchassée sans répit par ses pairs du Barreau de la R.A.S. Prudemment alignés sur Pékin, ils ont en août 2026, engagé contre elle une « demande de contrôle judicaire ».

La manœuvre engagée tout récemment est destinée à remettre en cause une précédente clémence de l’association ayant jugé que la participation de Margaret Ng au rassemblement de 2019 n’était pas suffisamment grave pour nuire sur le Territoire à la réputation des avocats et à influencer son statut d’avocate à l’avenir.

L’ancien militant trotskyste Leung Kwok-hung 梁國雄 72 ans, dont le sobriquet est “Long cheveux 長毛”, député déchu en 2016, pour avoir ridiculisé sa propre déclaration sous serment devant Legco, condamné en 2024 pour « complot en vue de commettre une subversion » à 6 ans et 9 mois de prison est toujours incarcéré (lire : A Hong Kong, les derniers démocrates jettent l’éponge).

Quant à Jimmy Lai, l’activiste milliardaire du prêt à porter, fondateur de Giaordano, du média en ligne Next Digital et du quotidien pro-démocratie Apple Daily, féroce critique de l’appareil à Pékin, arrêté en 2020 pour “atteinte à la sécurité nationale”, en vertu de la loi de 2020, il est devenu la cible prioritaire de Pékin qui l’accuse de « collusion avec des forces étrangères » et de « publications séditieuses » en le présentant comme le « cerveau » d’un complot avec Washington destiné à déstabiliser le pouvoir de la R.A.S.


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