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›› Editorial

Soutenu par Pékin et Moscou, Pyongyang défie l’Amérique et les sanctions internationales

Le symbole récent le plus clair du rapprochement de Kim Jong-Un avec Pékin et Moscou, fut sa présence à Pékin qui le sortit définitivement de son état de paria international, lors de la parade militaire monstre du 3 septembre 2025, organisée par Xi Jinping qui célébrait le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon.


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La note qui suit s’appuie sur l’analyse d’images satellites de la société d’imagerie spatiale américaines Planet Lab ciblant deux ponts en cours d’achèvement entre la Corée du Nord, la Chine et la Russie.

Le travail de décryptage et de mise en perspective est effectué par Radio Free Asie, organisation de presse basée à Washington, financée par l’exécutif américain sur approbation du Congrès.

Société de droit privé à but non lucratif, gouvernée par un conseil d’administration indépendant, sa liberté est garantie par ses statuts qui interdisent légalement à l’exécutif américain d’intervenir dans le choix de la ligne éditoriale, le contenu de ses reportages et de ses analyses.

Le travail de décryptage et de mise en perspective des images par RFA s’appuie aussi sur la contribution de deux spécialistes sud-coréens. Im Eul-chul, professeur à l’Institut d’études sur l’Extrême-Orient de l’université Kyungnam, et Joung Eunlee, Directrice de l’Institut coréen pour la réunification. Tous deux sont basés à Seoul.

A partir des données d’observations géographiques dans la zone des rivières Tumen à l’Est, contigüe de la Russie et Yalu au Sud-Ouest, limitrophe de la Chine, l’analyse met en évidence la stratégie de Kim Rong Un, rapproché de Moscou et Pékin pour renforcer son statut de puissance nucléaire, non reconnu par l’ONU et contourner les sanctions qui frappent son pays. (1)

Les images satellites analysées par Radio Free Asia (RFA) révèlent une progression rapide des travaux d’un nouveau pont routier reliant la Corée du Nord à la Russie au-dessus du fleuve Tumen, tandis que la construction de l’autre pont, reliant la Corée du Nord à la Chine, longtemps retardée, s’accélère également.

La reprise des travaux côté chinois s’est probablement faite sur injonction du pouvoir central de Pékin soucieux de ne pas laisser le champ libre à Moscou dans les relations avec Pyongyang.

Selon des experts sud-coréens interrogés par RFA, les travaux permettront à Pyongyang d’élargir ses options économiques et stratégiques, alors que les postures de Moscou et Pékin à l’égard du régime ont évolué de la fermeté antiprolifératiom à la connivence stratégique contre Washington.

Pour Im Eul-chul, cité plus haut, les deux ouvrages symbolisent l’augmentation du poids stratégique de Pyongyang alors que s’intensifient ses coopérations avec la Chine et la Russie qui lui servent de vaste arrière-pays économique et logistique pour briser les embargos devenus sans objet.

Alors qu’aujourd’hui, Pékin a définitivement entériné le statut nucléaire de la Corée du Nord, (lire notre article : https://www.questionchine.net/a-pyongyang-le-silence-de-xi-jinping-enterine-le-reve-nucleaire-de-kim-jong-un), les ponts vers la Russie et la Chine sont aussi un message adressé à Washington.

« Ils signifient que Kim Jong-Un a aujourd’hui moins de raisons de procéder à la dénucléarisation ou de faire des concessions majeures en échange d’hypothétiques avantages économiques concédés par des négociations contraintes avec les signataires des sanctions.  »

La construction des ponts sur les rivières Yalu et Tumen s’accélère.

Les ponts sur les rivières Tumen et Yalu reliant la Corée du Nord à la Russie et à la Chine sont les symboles attestant la stratégie de Pyongyang de s’ouvrir vers l’immense arrière-cour économique et stratégique sino-russe au moment où Pékin et Moscou, brisant l’unanimité des « Permanents », ont entériné le nucléaire militaire nord-coréen.


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A la mi-août Joung Eunlee également citée plus haut, s’est rendue à Hunchun, dans la province chinoise du Jilin, d’où elle a pu observer les frontières russe et chinoise. Ses conclusions sont sans équivoque. Les chantiers des deux côtés avancent vite et les ponts ouvriront bientôt.
Côté chinois, dit-elle, « les images satellites prises le 30 août montrent que le revêtement de la route de raccordement et de l’enceinte des douanes est presque terminé, laissant entrevoir une possible ouverture du pont d’ici la fin de l’année. »

Côté Russe, Ivan Stepanov, le chef de l’administration du district de Khassan, où se trouve la jonction des trois frontières Russe, Chinoise et Nord-coréenne, « le pont [sur la Tumen] est d’ores et déjà prêt à être mis en service. »

Pour Im Eul-chul, « la Russie bénéficiera d’un réseau routier direct susceptible de faciliter l’acheminement de matériel militaire, de munitions et de personnels en provenance de Corée du Nord dans le contexte de la guerre prolongée en Ukraine »

En même temps, Ri Jong Ho, un ancien haut responsable nord-coréen ayant fait défection vers la Corée du Sud en 2014 alors qu’il était en poste en Chine, vivant actuellement en Virginie, rappelle « qu’une fois ouvert, le pont pourrait également servir de voie de transfert vers la Corée du Nord de pièces d’équipements militaires russes [notamment pour la construction de missiles et de sous-marins à propulsion nucléaire]  »

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En haussant l’analyse d’un étage on remarque à quel point les rapports de forces ont évolué dans la région en faveur de Pyongyang par rapport à la situation d’il y a vingt ans, en 2006.

La bascule a été favorisée par le rapprochement anti-occidental sino-russe dont le point d’orgue fut la spectaculaire mise en scène de l’ouverture des JO de Pékin, https://www.questionchine.net/mise-en-scene-strategique-sino-russe-dans-le-cadre-gandiose-des-jo, le 4 février 2022, exactement 20 jours avant l’attaque russe contre l’Ukraine.

Pour Pyongyang, la sortie du statut de paria est le résultat direct de la fracture au sein des Membres permanents où la Chine et la Russie reconnaissent aujourd’hui le statut nucléaire de la Corée du Nord, quand bien même elle est toujours sous sanctions onusiennes. (2)

Notes.

1.- Il est important de rappeler que Pékin et Moscou ont, depuis 2022, par leurs vétos conjoints à l’ONU, enrayé le durcissement par les Nations Unies du système de sanctions contre Pyongyang.

En 2024, lors du vote pour le renouvellement du mandat du groupe d’experts internationaux chargé de surveiller l’application des sanctions, un véto de Moscou avait même entrainé la dissolution du groupe. Au passage, il n’est pas anodin de mentionner qu’à cette occasion, la Chine s’était contentée de s’abstenir - .

Jusqu’ à 2022, les sanctions avaient toujours été mises en œuvre sous couvert des 5 membres permanents. Adoptées initialement en 2006, à l’unanimité, elles sont en théorie sévères et comprennent un embargo sur les matières premières y compris le pétrole brut et les technologies duales, des restrictions sur les produits raffinés et les produits de luxe, le gel des avoirs des personnalités liées au programme nucléaire et l’interdiction faite aux institutions financières internationales d’ouvrir des agences en Corée du Nord.

Enfin, les signataires des trains de sanction s’imposent de ne pas embaucher des travailleurs nord-coréens et interdisent aux aéronefs et navires nord-coréens le survol, l’atterrissage et l’accès a leurs installations. ( Pour mesurer à quel point la position de Pyongyang a évolué depuis sa position de « paria international » en 2006, lire notre article : https://www.questionchine.net/coree-du-nord-le-tragique-isolement-d-un-dangereux-paria

3.- Sur la reconnaissance du statut nucléaire de la Corée du Nord, le plus clair fut Sergeï Lavrov. Le 26 septembre 2024, il avait déclaré : « Pour nous, la notion même de la « dénucléarisation » de la Corée du Nord a perdu tout son sens. C’est une question définitivement close. ».

Pékin, resté plus ambigu, n’a jamais fait de déclaration officielle sur ce thème mais, au Waijiaobu, le terme même de « dénucléarisation » n’est plus employé et Pékin a cessé de réclamer l’abandon de l’arme nucléaire par Pyongyang. En revanche, le discours s’est orienté de manière plus insistante vers l’exigence de «  démilitariser la péninsule » et du retrait des troupes américaines de Corée du Sud.

Alors que depuis 2022, la Chine oppose son véto à toutes nouvelles sanctions contre Pyongyang, tout indique que la Chine reconnait implicitement le statut nucléaire militaire de Pyongyang.

Plus encore, plusieurs stratèges chinois dont Shen Dingli 沈丁立, professeur à Fudan, Shi Yinhong 时殷弘 – Professeur à l’Université du Peuple ou Zhu Feng 朱锋 Directeur de l’Institut d’études internationales de l’Université de Nankin, se félicitent que la persistance de la menace nord-coréenne détourne une part importante des forces américaines du théâtre taïwanais. .


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