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Tensions Chine – Europe. Les professions de foi anti-démocratiques du China – Daily et du Global Times

Récemment, le China Daily et le Global Times, deux journaux chinois porte-voix en anglais du Parti, ont traité des relations entre la Chine, l’Europe et la France. Leurs analyses reflétaient en réalité le rapport du parti à la volonté populaire et à la démocratie.

La première était une attaque directe contre Josep Borrell, ancien Président du parlement européen actuel vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Pour Pékin, il s’est rendu coupable d’avoir appelé les marines de guerre européennes à augmenter leurs « passages innocents » dans le Détroit de Taïwan pour affirmer la liberté de navigation dans des eaux que le Droit de la mer considère comme des « eaux internationales. ».

Le deuxième commentait la situation des troubles en France à partir d’un incident près de Marseille où un bus de touristes chinois a été pris à partie par des émeutiers.

La vision chinoise de ces deux évènements n’ayant en apparence pas de lien entre eux, éclaire cependant les rapports de l’appareil avec la démocratie.

Celle vibrante et structurée de Taïwan exprimant le refus de la pesanteur autocrate ; celle de la France fragilisée par plusieurs dizaines d’années d’aveuglement politique et mise au défi par une culture allogène refusant l’assimilation.

Ignorant la démocratie taiwanaise, le China Daily sonne une charge violente contre Josep Borrell.

Pékin qui n’a jamais considéré l’Europe comme une puissance crédible, durcit sa position internationale anti-occidentale tout en infligeant à Josep Borrell le camouflet d’annuler sans donner de raison sa visite en Chine prévue le 10 juillet. La manœuvre amplement relayée en Chine est un évident affichage de représailles au durcissement anti-chinois du parlement européen et de la Présidente de la Commission, perçus par Pékin comme une vassalisation de l’Europe par Washington.

Elle est aussi l’expression d’un ressentiment contre la personne même de Josep Borrell, vu par le pouvoir chinois comme un soliveau qui se donne une stature inflexible en durcissant, à la remorque de Washington, son discours sur la question de Taïwan.

S’il est exact que, jusqu’il y a peu, le « Haut Représentant » s’était limité à répéter « le principe de la reconnaissance d’une seule Chine », tout en rejetant l’usage de la force brandie par Pékin, récemment, il a milité pour une stratégie plus offensive des États européens dans le détroit de Taiwan.

Le 18 avril dernier, son discours d’ouverture de la session du parlement de l’UE mentionnait en effet clairement que « Taiwan faisait partie du périmètre géostratégique de l’Europe [essentiel] pour garantir la paix. »

Il ajoutait le point crucial touchant aux embargos américains sur les hautes technologies numériques que Pékin interprète comme un stratagème destiné à freiner la montée en puissance de la Chine (lire : Nouvelle Loi globale de politique étrangère, riposte à large spectre à l’Amérique. Hiatus entre le discours et les actes).

« Ce n’est pas seulement pour une raison morale qu’une action contre Taïwan doit nécessairement être rejetée. », disait Borrell, « c’est aussi parce que ce serait, en termes économiques, extrêmement grave pour nous, car Taïwan joue un rôle stratégique dans la production des semi-conducteurs les plus avancés. »

Cinq jours plus tard, le 23 avril, il publiait dans le Journal du Dimanche une réflexion par laquelle il appelait « Les marines de guerre européennes à patrouiller dans le détroit de Taïwan pour signifier l’attachement de l’Europe à la liberté de navigation dans cette zone absolument cruciale. ».

Puis, après avoir mis en garde contre les « surenchères » pouvant conduire à l’affrontement - allusion à peine voilée au voyage de Nancy Pelosi à Taiwan en août dernier auquel Pékin qui l’a considéré comme une provocation, a riposté par des tirs de missiles balistiques autour de l’Île -, il a rappelé le tabou démocratique, resté un « trou noir » dans la réflexion stratégique du Parti dont le logiciel politique s’est arrêté en 1949 : « L’immense majorité de la population taïwanaise estime que le statu quo pacifique est la solution la plus appropriée. ».

Dans le même article, Borrell faisait aussi la leçon à Xi Jinping sur ses relations avec Vladimir Poutine et Moscou, «  Nous l’avons dit et redit aux Chinois : ce n’est pas votre intérêt de soutenir la Russie », soulevant une irritation que l’Ambassadeur Fu Cong en poste depuis décembre 2022 à Bruxelles se charge de relayer (lire à ce sujet le § « Fragilité de l’amitié sans limites » à la page 1 de notre article : Prigozhine. L’ombre du chaos).

Peu après, la réponse publique de l’appareil, charge brutale contre Josep Borrell, paraissait dans l’éditorial en anglais du China Daily publié le 7 mai. Intitulé « Borrell barking up the wrong tree - Les aboiements de Borrell ne visent pas le bon arbre - », l’article réagissait vivement à l’appel aux marines de guerre européennes à multiplier les passages dans le Detroit.

« Doté d’une riche expérience politique, le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, aurait dû savoir le mal que ses pirouettes peuvent causer à sa réputation d’homme politique crédible.  » (…)

« Mais cet ingénieur aéronautique, économiste et professeur de mathématiques de formation, semble croire le contraire, comme s’il était le seul investi de la responsabilité de promouvoir la politique chinoise à géométrie variable de l’UE  [1] » (…)

« La Chine n’a que faire d’un faux-nez ou d’un porte-voix rabâcheur. Ce qu’elle veut c’est un partenaire de dialogue fiable, ayant l’esprit clair, capable de gérer prudemment et avec recul les problèmes complexes. »

Le Global Times commente les inconvénients de la démocratie en France.

Deux mois après l’article du China Daily qui faisait l’impasse sur la démocratie taïwanaise, le Global Times commentait les affres de la démocratie française dont l’exemple néfaste confortait le choix politique autocrate de la Chine. L’argumentation connue explique que l’exacerbation de la liberté de parole et des débats politiques crée des conflits et interdit la cohésion nationale.

A quatre années de distance, l’article faisait écho aux critiques de la presse française ayant unanimement condamné la brutalité de la répression par Pékin des jeunes étudiants révoltés à Hong Kong en 2019, auxquelles l’Ambassadeur de Chine à Paris Lu Shaye qui venait d’arriver, avait répondu par une tribune dans Le Figaro intitulée « La Chine ne dialogue pas avec l’émeute  ».

Aujourd’hui, considérant le chaos en France, l’appareil est plus que jamais sur la même ligne, d’autant que des touristes chinois ont eux-mêmes été directement touchés.

En cet été 2023 s’est en effet produit un incident catastrophique pour notre image que l’appareil et le Global Times ont, non sans raison, monté en épingle pour conforter le rejet par la Chine de la démocratie au nom de l’idéologie nationaliste très anti-occidentale des «  caractéristiques chinoises  ».

Le 1er juillet, le journal relatait que le 29 juin, à quelques kilomètres de Marseille, des émeutiers à moto cagoulés et vêtus de noir avaient attaqué à coups de pierres un bus transportant 41 touristes chinois.

L’un d’entre eux raconte : « Bien que le pare-brise ait été en partie brisé, le conducteur polonais, resté calme, a conduit son bus dans une zone sûre à 2-3 kilomètres. (…) Certains passagers du bus se sont levés et ont fait battre en retraite un des émeutiers, monté dans le bus. D’autres touchés par des pierres ont été blessés dans l’incident. Arrivés à l’hôtel, la plupart ont eu trop peur pour sortir en ville  ».

Trois jours plus tard, sans oublier de mentionner les JO de l’année prochaine devenus par la force des évènements un sujet d’inquiétude, le journal proposait un commentaire politique dont l’essentiel, aligné avec les « caractéristiques chinoises », était une critique de la démocratie incapable de préserver l’harmonie.

« Ce type d’incident n’est pas rare en Occident, mais il est étrange qu’on n’y apporte jamais de solution, au point que, la fois suivante, une petite étincelle provoque une immense explosion.  »

« Les dysfonctionnements », dit l’article en substance, sont inhérents à la démocratie. Non seulement elle ne parvient pas à représenter les intérêts des minorités des quartiers défavorisés traversés par la pauvreté, le chômage et l’analphabétisme, mais, en plus, les surenchères électorales conduisent à la division et à l’affrontement.

« Le modèle de liberté de la presse et de liberté d’expression, composantes importantes du système occidental, considérées comme un atout de gouvernance vertueuse, exacerbe les conflits au lieu de les apaiser ».

Après avoir rappelé que la liberté de la presse poussée à l’extrême par « Charlie Hebdo  » avait humilié les Musulmans français, le journal conclut que « les déficiences structurelles du système sont les véritables causes du dysfonctionnement actuel du système occidental. »

Pour lui, « les hommes politiques occidentaux qui n’ont qu’une vision à court terme, n’ont pas la capacité de formuler des plans de longue durée ; gênés par l’absence de continuité politique, ils sont à la fois dans l’incapacité de sélectionner les talents appropriés et de mener à bien des réformes douloureuses mais nécessaires ».

Note(s) :

[1La qualification par l’appareil d’une politique chinoise de l’Europe « hésitante » est confortée par les divergences flagrantes entre le durcissement de Josep Borrel et les déclarations du Président français qui, lors de son voyage en Chine début avril, avait expliqué que, dans l’hypothèse d’un conflit dans le Détroit, l’Europe ne devrait pas s’aligner sur Washington. Lire : La difficile « troisième voie » française en Chine et le dangereux brouillage de l’unité européenne.


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