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Sans faiblir, Pékin relance son influence dans l’ASEAN par le détour des riverains du Mékong

Datant de 2019, la carte montre la multitude de barrages construits – 64 - (en bleu), en construction – 33 - (vert) et en projet – plus de 200 – (jaune). Résultats de la quête d’énergie de la Chine, l’amplitude des projets induit des tensions avec les pays en aval qui accusent la Chine de déstabiliser l’écosystème de la basse vallée du Mékong.


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Après sa tournée dans le Pacifique sud en mai et juin, dont les résultats ne furent pas tout à fait à la hauteur de ses espoirs [1] Wang Yi vient de reprendre contact avec la Junte au pouvoir au Myanmar pour relancer la dynamique des « nouvelles routes de la soie ».

L’occasion de ce premier retour chinois depuis le coup d’État des militaires birmans, le 1er février 2021, était la coopération des riverains du Mékong. Lire : Coup d’Etat au Myanmar. Pékin reste de marbre, mais son jeu se complique.

Le 4 juillet, les ministres des AE de Chine et des cinq pays du delta du Mékong (Chine, Myanmar, Thaïlande, Laos, Cambodge et Viet Nam) étaient réunis dans le cadre de la coopération Lancang – Mékong 澜沧江 - 湄公河-合作 (Lancang est le nom de la partie du Mékong coulant en Chine) sur le site de l’ancienne capitale royale de Bagan aux 2200 temples, stûpas et pagodes, classés au patrimoine mondial par l’UNESCO.

Créé en 2016 à l’initiative de la Chine, sous l’impulsion du Premier Ministre Li Keqiang, le cadre de la coopération des riverains de Mékong vise aussi à apaiser les tensions régionales, conséquences de la puissance de l’emprise chinoise dans la région.

Les controverses antichinoises sont nées dans les pays du delta en raison des dix barrages hydroélectriques construits par la Chine en amont dont le nombre modifie le débit, impactant en aval le niveau des eaux et la stabilité des ressources halieutiques, cruciales pour les économies de la zone.

Le 1er juillet, 17 mois après l’élimination d’Aung San Suu Kyi déjà condamnée par deux procès dont le dernier en date a eu lieu le 27 avril [2], le général de division Zaw Min Tun, porte-parole de la junte qui exprimait un souci de légitimité du régime, expliquait que la présence au Myanmar des six ministres des Affaires étrangères valait reconnaissance internationale.

L’insistante stratégie de Pékin au Myanmar.

En janvier 2021, Wang Yi rencontrait le général Min Aung Hlaing un mois avant qu’il renverse le gouvernement par un coup d’État militaire suivi d’une répression sévère contre les manifestants qui tua 2000 d’entre eux. Dès le mois d’août suivant Pékin dépêchait à Naypyidaw Sun Guoxiang diplomate chevronné, envoyé spécial chinois pour le Myanmar. En même temps Wang Yi lui-même, soucieux de garder le contact, rencontrait à deux reprises son homologue birman à Pékin.


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La réalité est que la Chine reste la clé cette situation ambiguë où les généraux factieux cherchent une légitimité après avoir violemment réprimé les protestations civiles contre leur coup de force au prix de près de 2000 tués et 11 000 blessés.

Premier partenaire commercial du Myanmar et vieil allié qui n’a cessé de le soutenir, Pékin a toujours réussi à se rétablir et protéger ses intérêts en dépit des secousses politiques, souvent meurtrières qui déchirent le pays.

Par le passé (lire : Chine-Myanmar : le dilemme birman), la Chine a habilement navigué, parfois contre vents et marées, notamment à l’époque de la dictature du général Ne Win (1962 – 1988) (lire : L’instabilité historique de la frontière sino-birmane. La longue patience de Pékin. Crises de migrants et diaspora chinoise dans l’ASEAN) ou au milieu de l’opprobre internationale qui frappait le régime du général Than Shwe (1992 – 2011).

Principal fournisseur d’armes avec la Russie, elle a, malgré des vents contraires [3] investi des milliards de dollars dans le pays.

Surtout, partie de son incessante quête d’énergie, Pékin a, grâce à des investissements croisés de la banque de développement chinoise (pétrole) et du conglomérat coréen Daewu (gaz), patiemment sécurisé son approvisionnement en gaz et pétrole grâce à la mise en service d’un gazoduc (2013) et d’un oléoduc (2017) qui traversent le pays du sud au nord.

Court-circuitant le détroit de Malacca leur importance stratégique subjugue de très loin les inconvénients de l’instabilité politique du Myanmar. Lire : Le pétrole en ligne directe du golfe du Bengale vers le Yunnan.

Pragmatique, la Chine avait sans surprise refusé de condamner le coup d’état militaire, au motif que la ligne générale de sa politique étrangère était la non-ingérence, même si, pour faire bonne figure, elle dit aujourd’hui dialoguer avec la junte pour l’inciter à assouplir son régime et à mieux tenir compte « des aspirations du peuple ».

Selon un communiqué du Waijiaobu, Wang Yi qui a aussi rencontré le ministre des Affaires étrangères Wunna Maung Lwin, a déclaré à Prak Sokhonn son homologue khmer, envoyé spécial de l’ASEAN, que la Chine comptait travailler avec l’Association pour pousser le Myanmar à la réconciliation politique et à la transition démocratique.

Note(s) :

[1Largement plus d’un mois après la signature d’un accord de sécurité avec les Îles Salomon, dont la teneur, d’abord tenue secrète, avait inquiété l’Australie, la Nouvelle Zélande et les États-Unis (lire : Aux Îles Salomon, Pékin perturbe la prévalence anglo-saxonne), la dizaine d’autres interlocuteurs de Pékin (Fiji, Samoa, Tonga, Kiribati, Papouasie Nouvelle-Guinée, Vanuatu, Timor Oriental, Niue, et Vanuatu) n’ont pas réussi à signer un accord avec Pékin, lors d’un réunion plénière organisée en visioconférence le 30 mai à partir des Fidji.

Plusieurs participants ont demandé des délais pour étudier le plan quinquennal proposé par la Chine de formation et d’entraînement des polices locales, mais qui comporte aussi le droit pour Pékin d’intervenir sur place avec ses propres forces de police si ses intérêts étaient menacés.

La plus grande déception chinoise aura été que l’archipel des Fidji pourtant proche de la Chine ayant depuis l’ostracisme occidental après le coup d’État de Frank Bainimarama en 2006, bénéficié d’une aide financière chinoise passée de 1 à 160 millions de $ en seulement deux ans, ait accepté de rejoindre le projet américain du cadre économique indopacifique (Indo-Pacific Economic Framework – IPEF -), lancé par Joe Biden à Tokyo à la fin mai.

[2Accusée d’une multitudes de charges allant de la corruption, à la divulgation de secrets d’État, en passant par la subversion et la trahison ou l’accusation insolite de trafic de postes radio portatifs, Aung Son Suu-kyi a déjà été jugée deux fois, en décembre 2021 et en avril 2022. Alors qu’elle a été mise au secret peu avant le sommet de Bagan, Aung San Suu-Kyi aujourd’hui âgé de 76 ans, pourrait être condamnée à plus d’une dizaine d’années de prison.

[3En septembre 2011, après plusieurs semaines de controverses publiques, le nouveau président civil birman Thein Sein annonçait la suspension des travaux évalués à 3,6 Mds de $ du barrage de Myitsone construit par les compagnies chinoises sur l’Irrawaddy, dans l’État de Kachin au nord du pays.

« Pour répondre à la demande en énergie du pays, le gouvernement continuera, après des études préalables, à construire d’autres barrages, qui ne seront pas préjudiciables à la population (…) Nous négocierons avec la Chine l’arrêt des travaux en des termes qui ne heurteront pas les relations bilatérales ».

En même temps, le gouvernement réitérait son intention de coopérer avec Pékin pour améliorer la sécurité sur le Mékong. Sur ce point, la force internationale chargée de la sécurité du fleuve devra, si elle veut être efficace, s’attaquer de front aux armées dissidentes qui, sur la frontière chinoise, se nourrissent des trafics et dont l’histoire recoupe l’appui apporté jadis par Mao aux mouvements communistes (voir notre article : Chine-Myanmar : le dilemme birman)


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