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›› Chronique

Réforme électorale. La mise aux normes politique de Hong Kong se poursuit sans faiblir

Adoptée en mars 2021, la réforme électorale du Legco a montré son efficacité à l’occasion des élections législatives du 19 décembre 2021. L’opposition est réduite à un seul député et la mouvance « localiste » entrée au Legco lors du scrutin de septembre 2016 est éliminée.


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Le 13 novembre dernier, le journal « The Economist » très lu dans la R.A.S de Hong Kong rendait compte que le visa d’un de ses correspondants ayant milité pour la liberté de la presse et de l’information, n’avait pas été renouvelé.

L’événement n’est que la suite de la longue reprise en main de Hong Kong, où, depuis les émeutes de 2019, Pékin craint plus que tout une dérive indépendantiste à la faveur du schéma « un pays deux systèmes ».

Le 1er juillet 2017, Xi Jinping en visite à Hong Kong avait clairement anticipé la menace qui se précisa deux années plus tard. Ayant conscience du risque nouveau posé par la mouvance séparatiste, il avait prévenu que « le principe un pays deux systèmes rencontrait des problèmes 一国两制 遇到了 新问题 - ».

QC avait noté la sévère mise en garde de Xi Jinping : « Toute tentative contre la souveraineté et la sécurité nationales, défiant le gouvernement central et l’autorité de la loi fondamentale, ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage sur le Continent, franchirait (“toucherait 触碰 – chu peng - dans le texte chinois“) la limite extrême de ce qui est permis et ne sera pas accepté ».

En Chinois « 任何 危害 国家 主权 安全 挑战 中央 权利 和 香港 特别 行政区 基本法 权威 利用 香港 对 内地 进行 渗透 破坏 的 活动 都是 对 底线 的 触碰 都是 绝 不能 允许的 ».

Évoquant clairement « la sécurité nationale », deux années avant la loi, la déclaration annonçait sans équivoque ce qui allait se produire en 2020-2021. Le 30 juin 2020, c’est précisément la loi sur la sécurité nationale adoptée en contournant le parlement local, qui intensifia la répression à l’aune des normes politiques du Continent.

Élimination de l’opposition électorale et de la société civile.

(The Guardian du 6 janvier 2021 Photo : Lam Yik/Reuters) En 2019, Carrie Lam avait traité les manifestants « d’ennemis du peuple ». En 2020, elle a étendu l’accusation à ceux qui s’opposèrent à la Loi sur la sécurité nationale. En 2021, un vaste coup de balai a éliminé les opposants démocrates et leurs associations de la société civile en même temps que les « localistes ».


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Moins d’un an plus tard, en mars 2021, toujours en contournant le « Legco », l’ANP à Pékin votait un amendement électoral destiné à être inséré dans la « Basic Law ». Entre autres changements, il établissait un comité de sélection permettant l’élimination des candidats jugés insuffisamment « patriotes ».

Le tri des candidats garantit désormais que les pro-démocrates restent toujours en minorité au Legco. Lire : A Hong Kong, Pékin réforme la loi électorale, durcit la gouvernance et élimine la mouvance démocrate. Lors des élections législatives du « Legco » du 19 décembre [1], c’était chose faite. Sur les 90 sièges, 89 sont aujourd’hui occupés par des loyalistes pro-Pékin (20 des circonscriptions géographiques, 29 des circonscriptions professionnelles et 40 de la Commission électorale).

Un point noir cependant, le taux d’abstention de 69,8%, le plus élevé de l’histoire de la RAS, traduisit un désintérêt des électeurs pour un scrutin que les pro-Pékin ne pouvaient mathématiquement pas perdre.

En même temps, s’est développée une vaste attaque contre la société civile. Le 16 avril, 2021, le très volubile et très rebelle magnat des médias Jimmy Lai (黎智英 Lí Zhìyīng), 75 ans, était condamné à un an de prison pour son rôle dans les manifestations de 2019 et dans les commémorations de Tiananmen.

Les nouvelles directives du programme scolaire effacèrent l’analyse critique de l’histoire chinoise et mettaient clairement l’accent sur la « prise de conscience du sens des responsabilités pour la sauvegarde de la sécurité nationale ».

En 2021 encore, la veillée de Tiananmen du 4 juin était interdite pour la deuxième année consécutive, toujours pour des raisons de sécurité sanitaire bien qu’à l’époque la ville n’avait enregistré aucun cas de Covid.

Au même moment, l’appareil renforçait la censure cinématographique et indiquait clairement que tout film, quel que soit son contenu, qu’il soit étranger ou national, serait désormais interdit si les censeurs locaux estimaient que sa projection pouvait mettre en danger la sécurité nationale telle que définie par Pékin.

Martin Lee (李柱銘 Lǐ Zhùmíng), 82 ans, souvent appelé le « père de la démocratie » de Hong Kong pour avoir, avec d’autres, fondé le parti d’opposition démocrate, a été condamné à 11 mois de prison avec sursis. Très symbolique, la sanction avait résonné comme une mise en garde à toute la mouvance démocrate.

Répression et exigence patriotique.

Le 23 novembre Tony Chung, 20 ans, à gauche écopait d’une peine de trois ans et-demi de prison pour avoir milité pour l’indépendance de Hong Kong. Par rapport à ce que lui aurait infligé un tribunal de Pékin, pour la même accusation, la sentence est très légère. Lire à ce sujet la peine de prison à vie dont avait écopé le professeur ouïghour Ilham Toti pour avoir seulement réclamé plus de souplesse culturelle au Xinjiang : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.


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En 2021, les premiers procès en vertu de la loi sur la sécurité nationale interprétèrent strictement les slogans de protestation comme des « appels à la sécession » et prononcèrent des peines de prison de plusieurs années. A la mi-juin 2021, presque toutes les figures démocrates du Legco étaient en prison ou en exil, tandis que la police fermait les associations, les syndicats et les médias pro-démocrates.

Notre article du 20 novembre dernier (Hong Kong : l’Art 21 sur la sécurité nationale, arme absolue de Pékin contre les émeutiers démocrates. Les juges de la R.A.S. résistent-ils ?) avait déjà signalé la condamnation le 30 juillet 2021, à 9 années de prison de Tong Ying-kit pour incitation à la sécession et terrorisme.

Le 23 novembre, Tony Chung, 20 ans, en prison depuis un an, écopait de trois ans et-demi de prison ferme. A la tête d’une association d’étudiants « localistes » fondée en 2016 qui réclamait l’indépendance de la R.A.S, il a plaidé coupable des chefs d’accusation de sécession et de blanchiment d’argent (pour avoir continué à percevoir des dons venant de l’étranger via Paypal).

A propos de la mouvance « Localiste », portant en réalité une intention de rupture avec le Continent, lire : A Hong Kong, la Chine fait face aux contradictions du schéma « Un pays deux systèmes ».

A Pékin, Xia Baolong 夏宝龙, 69 ans, ancien n°1 du Parti au Zhejiang, nommé en février 2020 Directeur du bureau des affaires de Hong Kong et Macao, puis en mars 2021 secrétaire général de la 13e Commission Consultative du Peuple Chinois, se réjouit de la reprise en main ayant stoppé net les risques de dissidence.

En juillet dernier, il avait déjà salué l’efficacité de la loi sur la sécurité nationale et laissé entendre que la reprise en main « patriotique » se poursuivrait sans faiblir. Le but qui dépasse largement le contrôle des manifestations, est clairement de modifier l’ADN politique de Hong Kong pour tenir en respect le pluralisme de la société, en éradiquer les intentions séparatistes et consolider l’esprit de loyauté à Pékin.

« Nous espérons ardemment une R.A.S où le patriotisme imprègnera complètement le pouvoir, exprimant l’amour du Pays comme une valeur fondamentale dominante, profondément enracinée dans le peuple ».

Dernière offensive en règle contre le pluralisme des médias et la liberté d’expression, lancée sous les critiques de l’ONU et de Berlin, le 29 décembre deux cents policiers investissaient les locaux de « Stand News 立場 新聞 », le site gratuit d’informations en ligne pro-démocratique le plus réputé de la R.A.S dont sept journalistes ont été arrêtés pour « publication d’informations séditieuses ».

Après la fermeture le 25 juin dernier d’Apple Daily de Jimmy Lai lui-même en prison, qui tirait à un million d’exemplaires, la brutalité de la manœuvre a provoqué une réaction critique de l’Allemagne et du Bureau des droits de l’homme des Nations Unies, qui s’est dit alarmé par la « fermeture extrêmement rapide de l’espace civique et des débouchés permettant à la société civile de Hong Kong de s’exprimer librement ».

Note(s) :

[1Les élections législatives ont été organisées le 19 décembre 2021, après un report de 2 mois et-demi dû à la pandémie, dont nombre d’observateurs jugèrent qu’il s’agissait d’un prétexte suite à la poussée inédite des démocrates aux élections précédentes du 6 septembre 2016 où ils obtinrent 36,02% des voix contre 40,17% à la mouvance pro-Pékin. Surtout, le scrutin avait vu l’entrée à l’assemblée territoriale des « localistes », euphémisme désignant les indépendantistes qui obtinrent 19% des voix.

Plus encore, l’élection locale des conseillers de districts du 24 novembre 2019, tenue sous la pression des manifestations de 2019 contre la loi sur l’extradition, confirma l’irrésistible poussée des démocrates qui obtinrent 57,10% des voix contre seulement 42,06% pour les pro-Pékin.

Après ces terribles revers pour l’appareil qui voit les « localistes » comme des hors-la-loi ayant franchi une ligne rouge, le Parti s’est mis en mesure de tenir à distance les démocrates et de fermer définitivement la porte du Legco aux sécessionnistes.

A cet effet Pékin entreprit d’abord d’augmenter le nombre de députés et de redessiner la carte des découpages électoraux. Le nombre total de sièges fut porté de 70 à 90, tandis que la commission électorale réduisit de 35 à 20 le nombre de circonscriptions géographiques directement élues, votant généralement démocrate, tandis que les circonscriptions professionnelles élues par les 1600 membres de la Commission électorale proche de Pékin passèrent de 30 à 40.

Simultanément, Pékin entreprit de purger l’opposition démocrate en vertu de la loi sur la sécurité nationale. A la mi-juin 2021, presque toutes les figures démocrates du Legco étaient en prison ou en exil, tandis que la police fermait les associations, les syndicats et les médias pro-démocrates. Enfin, un comité de sélection fut chargé de purger les candidats « non patriotes ».


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