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›› Politique intérieure

Radicale volte-face intérieure et signes d’apaisement de la querelle stratégique avec l’Occident et les États-Unis

Le 25 mai, le Premier ministre chinois Li Keqiang a présidé une téléconférence sur l’économie chinoise avec 100 000 participants jusqu’au niveau des municipalités (à droite). L’ampleur de la réunion et la rhétorique utilisée indiquaient un sentiment d’urgence. Pour Li Keqiang qui réagissait aux effets des confinements d’une quarantaine de villes déclenchés par Xi Jinping pour tenir l’objectif de « zero-covid », l’état de l’économie chinoise mis en partie à l’arrêt par les blocages était pire qu’en 2020, au moment des effets les plus virulents de la pandémie. En réaction, pour tenter de remettre le pays sur les rails de la croissance et freiner le chômage, il a décidé d’un des plus puissants plans de relance tous azimuts, jamais mis en œuvre par le pays.


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Alors que les tensions autour de la préparation du 19e Congrès commencent à traverser le bureau politique soucieux de présenter dans cinq mois une image d’efficacité sans faille, la baisse brutale de la croissance est dans tous les esprits.

Dans l’appareil, les plus critiques relient la secousse économique qui frappe le pays aux récentes décisions de confinement rigide de Pékin [1] et de plusieurs dizaines de villes dont Shanghai, poumon industriel et commercial de la Chine.

Signe de grande nervosité, le Gouvernement a, le 25 mai, sous l’égide de Li Keqiang, le premier ministre, tenu par vidéo-conférence une spectaculaire réunion de masse de 100 000 responsables politiques jusqu’aux échelons les plus subalternes des districts et des municipalités pour inciter toutes les strates de l’appareil et de l’administration à prendre des mesures destinées à freiner la hausse du chômage.

Branle-bas de relance économique.

Pour Li Keqiang stabiliser le marché de l’emploi des jeunes dont le taux de chômage atteint plus de 18% en avril, est une absolue priorité.


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Voilà près de trois mois que Li Keqiang alertait sur la situation difficile de l’emploi qu’il qualifie de « complexe et grave - 复杂 和 严重 – le pays étant, dit-il, plus durement frappé que lors de la vague initiale de l’épidémie - 些经济指标比2020年疫情严重冲击时还大 –. C’est pourquoi, il exhorte tout le monde à faire des efforts pour garantir une croissance « raisonnable » 努力确保 经济合理增长 et faire baisser le chômage dans les meilleurs délais 和失业率尽快下降. »

Avec plus de 200 millions de Chinois confinés depuis le mois de mars, tout le tissu économique a été touché depuis le secteur de la grande distribution aux industries de hautes technologies. Au point que les banques et les agences de notation ont réduit leurs prévisions de croissance pour cette année quand le gouvernement hésite toujours à corriger ses prévisions.

Alors qu’officiellement, le ministère de l’économie à Pékin table encore sur +5,5%, le Suisse UBS qui dit avoir tenu compte des effets de la politique « Zero-Covid » a rabattu ses prévisions de croissance pour 2022 à +3%.

A la mi-mai, selon les statistiques chinoises, l’index des prix à la consommation avait augmenté de +8% depuis 2021, légèrement au-dessus des prévisions à +7,7%. Quant au chômage, il frappe en priorité les jeunes de 16 à 24 ans à un taux préoccupant de 18,2% en avril (lire l’article de J.P. Yacine : Tensions sur l’emploi des jeunes diplômés.).

En revanche, en moyenne, il était à 6,7% dans les 31 plus grandes villes du pays, en hausse de +0,7% depuis le moins de mars. La progression insistante inquiète Li Keqiang qui sait bien que, dans la classe moyenne, la paix sociale dépend en partie du taux d’emploi des jeunes diplômés à un niveau correspondant à leur réussite scolaire.

Au passage, le pragmatisme socio-économique du premier ministre percute la décision politique de Xi Jinping, appliqué à démontrer à la face du monde que la méthode de gouvernance chinoise de l’épidémie est meilleure que celle de l’Ouest.

Parallèlement à la « conférence de masse » du 25 mai qui était un branle-bas politique pour freiner la montée du chômage, ont été rendues publiques 33 mesures arrêtées lors de la Conférence économique centrale du lundi 23 mai.

La relance tous azimuts tourne le dos à la rigueur des mises aux normes de Xi Jinping.

Le secteur de l’aéronautique civile durement touché et dont la reprise est plus lente qu’espérée recevra une aide de 200 Mds de Yuan (30 Mds de $) annoncée le 26 mai par le ministère des finances. Les compagnies aériennes seront exemptées du paiement de la TVA jusqu’à la fin 2022.


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Toutes sont de vigoureuses relances destinées à doper la croissance dès le mois de juin, parmi lesquelles il faut noter l’allègement politiquement symbolique des mesures de rigueur et de mise au pas infligées par Xi Jinping à l’automne 2020 aux plateformes numériques, principal gisement de l’emploi des jeunes diplômés. Lire : Une reprise en main politique plus qu’une réforme économique.

Signe que la mise au pas commencée par l’offensive politique lancée contre Jack Ma et Alibaba a été mise entre parenthèses, les plateformes ont également été encouragées à innover dans les domaines du « cloud computing » et des technologies « blockchain ».

Autre virage à 180° ayant valeur de symbole politique, le gouvernement qui promet de soutenir l’investissement privé, abandonne pour le moment sa politique de lutte contre l’excès d’endettement des provinces, soutenant à nouveau l’émission d’obligations bancaires des administration locales ainsi que les investissements boursiers à l’étranger, contre lesquelles Xi Jinping avait mené une vigoureuse campagne politique.

Le Conseil d’État promet aussi un soutien aux marchés de l’automobile et des appareils ménagers ; des abattements de taxes et la baisse des taux d’intérêt ; plus de prêts seront également consentis aux PME ; à noter aussi des aides financières d’urgence aux projets d’infrastructure, levier traditionnel de la croissance et aux secteurs les plus touchés comme l’aviation commerciale, où les difficultés de la Thaï Airways, fleuron de l’aéronautique asiatique ont créé un choc.

Note(s) :

[1Le 21 mai, les statistiques nationales signalaient une chute moyenne de 43% de la fréquentation du métro par rapport à la même période de 2021. A Shanghai, la fréquentation était voisine de zéro.

A Pékin également frappée par une augmentation (relative) des cas ces dernières semaines, sept districts, soit 14 millions de résidents, dont les plus peuplés de Chaoyang et de Haidian, étaient encore confinés. Les blocages ont entraîné la fermeture de commerces non essentiels comme les grands magasins, les salles de sport et les lieux de loisir.


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