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Menaces contre les intérêts chinois au Myanmar

Le 14 mars ont eu lieu des émeutes violemment réprimées où 38 manifestants ont été tués. En même temps, l’ambassade de Chine au Myanmar a fait savoir que plusieurs diplomates chinois avaient été blessés et piégés par des attaquants non identifiés qui s’en étaient aussi pris aux intérêts industriels, notamment des usines de vêtements dans le quartier de Hlaingthayan au nord-ouest de Rangoon. La vindicte antichinoise des émeutiers se nourrit de l’image pas tout à fait exacte des intérêts chinois favorables à la junte. En réalité, Pékin qui aurait préféré la stabilité pour protéger ses intérêts directs n’est pas très à l’aise au milieu de ces tumultes.


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Après le 14 mars qui, avec 38 tués, fut la journée de répression la plus meurtrière depuis le coup d’état militaire du 1er février, la position chinoise se complique.

La junte a en effet été contrainte d’instaurer la loi martiale dans six zones de la région de Rangoon où des manifestants se sont attaqués à des usines et à des ressortissants chinois.

Dans le faubourg industriel de Hlaingthaya au nord-ouest de Rangoon, devenu selon un témoin cité par CNN, un « champ de bataille », la police a, à nouveau, ouvert le feu sur la foule. 22 manifestants ont été tués. 16 autres ont été abattus à Mandalay et Bago où, selon les médias officiels, un policier est mort d’une blessure à la poitrine.

C’est le deuxième membre des forces de sécurité birmanes tué depuis le début des émeutes, ce qui porte le bilan total des victimes à 126.

Le régime chinois a jusqu’à présent bloqué par son veto une condamnation du coup d’État par l’ONU. Mais le 11 mars il a, avec le Conseil de sécurité, appelé à la désescalade et officiellement réprouvé les violences de la police qui ciblent à la fois les manifestants et les tenant du parti de la Ligue démocratique d’Aung San Suu kyi.

Alors que la Commission électorale nie les accusations de fraudes massives lancées par les militaires pour justifier leur coup de force, le 14 mars, Mahn Win Khaing Than, président du Sénat élu et en fuite, s’exprimait par une vidéo postée sur Facebook où il déplorait que la « Nation birmane soit confrontée à un des moments les plus sombres de son histoire. » En même temps, il affirmait « qu’une renaissance était proche. »

Le détail des déclarations de Mahn, d’origine Karen méritent attention. Elles renvoient en effet au cœur des tensions politiques internes du pays dressant l’armée, féroce partisan du centralisme politique contre les irrédentismes des états ethniques périphériques. C’est probablement parce que, comme sa fille, il était favorable à un système fédéral que le général Aung, père d’Aung San Suu Kyi, héros de l’indépendance, avait été assassiné le 19 juillet 1947 [1].

« La révolution en cours, vise à former une “démocratie fédérale“ avec tous nos “frères ethniques“ ayant, durant des décennies, souffert de l’oppression de la dictature ». A cet effet, il s’appuie sur le « Comité représentant l’Assemblée de l’Union - Pyidaungsu Hluttaw, CRPH » qui, depuis le coup d’État se présente lui-même comme un contre-pouvoir civil à la junte.

Exprimant une très solide conviction démocratique et l’espoir que les jeunes générations continueront à lutter pour la liberté, il exhorte la communauté internationale à traiter avec lui plutôt qu’avec les militaires.

Vieilles tensions et intérêts stratégiques.

Alors que dans l’histoire, les Chinois ont souvent été ostracisés en Birmanie, leur intérêt stratégique matérialisé par une double conduite de gaz et de pétrole reliant le golfe du Bengale au Yunnan, les pousse à toujours s’ajuster au pouvoir en place pour préserver la stabilité politique du pays.


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Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la Birmanie que les intérêts chinois sont menacés dans ce pays où s’expriment de fortes tensions entre les ethnies périphériques - pendant longtemps soutenues par Pékin - et les militaires centralisateurs appuyés par le nationalisme bouddhiste.

Depuis la dictature de Ne Win, lui-même d’origine chinoise qui avait férocement ostracisé les Chinois durant les années 60 – 70 (lire le § « Diaspora, migrants et réfugiés chinois. » de notre article : L’instabilité historique de la frontière sino-birmane. La longue patience de Pékin. Crises de migrants et diaspora chinoise dans l’ASEAN) jusqu’aux plus récentes tensions anti-chinoises autour du barrage de Myitsone, dont la construction a été arrêtée, la situation des Chinois en Birmanie a souvent été politiquement fragile.

Lire aussi le § 2 de l’article : 一带 一路,le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $.

En réalité, depuis la clôture de l’ère maoïste qui soutenait les irrédentismes communistes y compris dans les états périphériques de la frontière, les critères politiques de Pékin en Birmanie ne sont plus articulés à la nature du régime.

Ils sont désormais beaucoup plus liés à la stabilité de ses intérêts directs dont les plus essentiels sont les projets de développement de la zone de Kyaukphyu dans le golfe du Bengale et la double conduite gaz et pétrole qui achemine les hydrocarbures de cette zone vers le Yunnan.

Note(s) :

[1Le 12 février 1947, à la conférence de Panglong, six mois avant d’être assassiné, le Général Aung San avait signé un accord avec les États de Shan, Kachin et Chin qui leur conférait une totale autonomie et même, chiffon rouge inacceptable pour les nationalistes, le droit à sécession après 10 ans. A noter les Karen ethnie du sénateur Mahn Win n’étaient pas partie à l’accord.

Ils espéraient pouvoir créer un État Karen séparé cautionné par Londres. Autre signe que les projets fédéralistes étaient violemment dénoncés par les Nationalistes, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1962, le général Ne Win fit supprimer la commémoration nationale des accords de Panglong dont la date du 12 février était devenue la « Journée de l’Union birmane ».


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