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›› Technologies - Energie

Les guerres de l’espace et des microprocesseurs, deux secteurs clé de la rivalité sino-américaine

Le fleuron Huawei relève la tête.

Lire : Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile.

Le deuxième symbole emblématique de la capacité de riposte chinoise à la guerre technologique déclenchée par Washington est le groupe « Huawei » dont les performances télécoms et notamment ceux de la 5G ont récemment fait l’objet d’une violente offensive des Américains et de leurs alliés occidentaux qui l’accusent à la fois de violer les règles de la protection des brevets [1] et de collusion avec le Parti communiste chinois pour capter les données de ses abonnés (lire : Meng Wanzhou est rentrée à Shenzhen. Les deux Canadiens prisonniers en Chine ont été libérés.).

Pour mesurer la brutalité des sanctions infligées à Huawei on se souviendra que la part de marché globale de ses portables qui avait atteint 18% en 2020 est tombée à 2% en 2022, pour la plupart en Chine où le recul de la marque est également sensible, avec sa part de marché tombée de 27% en 2020 à 11% en 2022. Simultanément, la part d’Apple grimpait de 11 à 19%.

Néanmoins à la fin août, en dépit des embargos américains, Huawei dévoilait ses modèles « Mate 60 » et « Mate 60 Pro ». Le 8 septembre, le groupe lançait deux autres smartphones, le « Mate X5 », et le « Mate 60 Pro + ». Si le « Mate 60 » coûte 5 999 yuans (817,70 dollars), soit le même prix que « l’iPhone 14 » d’Apple en Chine, en France, le « Mate 60 Pro + » (1334 €) coûte 13% de moins que « l’iPhone 15 » (1543 €).

Doutes et handicaps.

A Taïwan, l’affichage par Huawei de ses nouveaux modèles a aussitôt initié une enquête visant quatre entreprises de l’Île, pour mettre à jour d’éventuels contournement de l’embargo expliquant le rétablissement rapide de Huawei. En même temps, aux États-Unis, dix parlementaires républicains appelaient le ministère du commerce à engager des poursuites contre les PDG de Huawei et de SMIC, le fabricant chinois de microprocesseurs, et à révoquer toutes leurs licences d’exportation.

En attendant de clarifier la nature des « fuites » et leurs auteurs, dont compte-tenu de l’interaction commerciale et technologique en Chine des acteurs américains et taïwanais, la probabilité est élevée, le 7 septembre, le Wall Street Journal faisait le point du retard chinois dans le secteur. Selon une analyse technique réalisée par la société de recherche, les microprocesseurs utilisés par Huawei auraient une finesse de 7 nanomètres.

Les modèles révèleraient un « retard d’une génération  » par rapport au Taiwanais TSMC qui s’est déjà lancé dans la production de masse de puces de 3 nanomètres. Alors que les embargos infligés au Chinois SMIC lui ferment l’accès aux équipements de lithographie ultraviolette, son alternative reste l’utilisation de techniques plus anciennes qui ne permettent cependant pas d’accéder au même degré de finesse.

De cette sévère passe-d’armes émergent plusieurs conclusions.

1) Dès lors que les actuelles techniques utilisées par SMIC ralentissent ses progrès, il est probable que le secteur chinois cherchera à se procurer les équipements de lithographie dont Washington continuera à s’efforcer de le priver.

2) S’il est exact que les États-Unis accordent de nombreuses licences qui adoucissent les sanctions, réduisant la gravité de leur impact direct sur le client chinois toujours gros importateur de puces sous licence américaine, il est en revanche clair que les restrictions continueront de peser sur les puces très haut de gamme.

3) Alors qu’aux États-Unis fait rage une sévère rivalité politique entre Républicains et Démocrates, le projet stratégique bipartisan visant à contrôler les ambitions chinoises dans le secteur des microprocesseurs ne cesse de se durcir.

4) Pour le WSJ, « La nature globale des restrictions d’octobre 2022 et d’août 2023 dont la portée va bien au-delà des mesures précédentes ciblant principalement des entreprises individuelles et une liste plus restreinte de technologies, est un signal clair que la guerre des puces entre les États-Unis et la Chine est là pour durer. » (…)

« L’administration Biden qui implique ses ministères de la justice et du commerce, est prête à tout pour triompher de ce bras de fer, même à un coût important pour les fabricants américains exportant en Chine, dont les élans pour le marché chinois sont aujourd’hui freinés par un sentiment inquiétude. »

Note(s) :

[1Depuis trois ans, l’UE se heurte à une stratégie chinoise visant non seulement à contourner les règlements judiciaires des litiges concernant le viol des brevets, mais également à modifier les règles du commerce international pour faciliter ses captations de technologies.

Un article du Figaro du 18 février 2022 expliquait « qu’en août 2020 la Cour suprême populaire de Chine a autorisé les tribunaux chinois à imposer des “ injonctions anti-poursuites”, interdisant à une entreprise sous peine d’une amende journalière de 130 000 euros, de porter une affaire devant un tribunal extérieur au pays. Pour l’instant, quatre jugements ont été rendus, notamment contre le Finlandais Nokia et le Suédois Ericsson qui estiment leurs pertes en “royalties” entre 100 000 et 130 000 € par trimestre. ». (…)

Le constat de Bruxelles est clair : « Les groupes européens sont mis sous pression pour accorder à des acteurs chinois des droits de licence à des tarifs inférieurs à ceux du marché et se retrouvent eux-mêmes en désavantage concurrentiel. »


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