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Inquiétude autour des chiffres de la croissance en 2025.
Entre 2010 et 2025, la croissance a chuté de 11% à 5%.
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Le 19 janvier, le BNS publiait le taux de croissance de l’économie 2025 arrêté à +5% - soit 19 600 milliards de $ -, en précisant qu’entre le premier et le quatrième trimestre, la croissance avait chuté de +5.0% à +4.5%. Hors période Covid, durant laquelle il était tombé à seulement +2,2%, le taux 2025, est le plus bas depuis 30 ans.
En même temps, Kang Yi, le directeur du Bureau national des statistiques, déclarait que l’économie du pays était « confrontée à des problèmes et des défis dont l’essentiel étaient une offre abondante et une faible demande ». Il ajoutait cependant que la Chine serait en mesure de « maintenir une dynamique de croissance stable et solide en 2026 ».
Examinant dans le détail les facteurs de la croissance, on constate en effet que les services et l’industrie manufacturière de pointe ont joué un rôle déterminant, tandis que la consommation et les investissements sont restés à la traîne ou sont en recul. Alors qu’en moyenne en 2025, les ventes de détail ont augmenté de +3,5%, en décembre la hausse n’était plus que de +0,9%.
Quant aux investissements, en 2025, ils ont reculé à moins 3,8% dans les actifs fixes des entreprises et à moins 2,2% dans les infrastructures. Seuls les investissements dans le secteur manufacturier ont légèrement augmenté à +0,6%.
Plus largement, les données mettent en lumière la transition structurelle en cours, à l’aube du quinzième plan quinquennal 2026-2030.
Alors que le discours de l’appareil insiste sur stabilité macroéconomique, les tendances sectorielles sous-jacentes indiquent que l’économie est en train de se rééquilibrer en faveur de la modernisation industrielle (voir notre article : 4e plenum : Confirmation de la bascule qualitative pour une économie de combat. Priorité aux hautes technologies), de la prévalence des services et des marchés extérieurs.
Dans ce tableau, la donnée politiquement la plus préoccupante pour l’appareil signalant une mauvaise répartition des fruits de la croissance, est que dans un contexte général où la prédominance de la population rurale reste encore élevée à plus de 32%, le PIB par habitant à 14 000 $, place la Chine au 77e rang mondial.
Plus encore le revenu annuel disponible par habitant - qui mesure le pouvoir réel des ménages après impôts et transferts, n’est que de 6070 $, comparé aux 37 000 $ américains aux États-Unis, aux 30 579 € (36 000 US $) en Allemagne et aux 29 600 € (35 000 US $) en France.
Recoupant les annonces en demi-teinte de Kang Yi, Directeur du Bureau National des Statistiques et alors que les prévisions 2026 suggèrent que la croissance pourrait continuer à freiner à seulement +4%, l’économie reste d’abord marquée par le marasme du secteur de l’immobilier.
La baisse des prix de 30 à 40% depuis 2021, impacte directement la confiance des ménages qui, après le marché boursier dont l’État fait la promotion avec cependant quelques déconvenues (lire : Les montages russes des « Actions A ») dues à l’inexpérience des nouveaux acteurs de la classe moyenne, se tournent vers des achats d’or dont la valeur à récemment augmenté à 4100 $ l’once soit une hausse supérieure à 300% en dix ans.
Les autres refuges traditionnels des épargnants restent l’assurance et les produits de gestion de patrimoine.
La fin du modèle traditionnel de croissance.
L’extraordinaire capacité de la machine industrielle génère des surplus importants, dépassant les besoins domestiques que la Chine exporte en écrasant les prix.
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Au milieu des tensions géopolitiques entre les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Iran augmentées des incertitudes douanières déclenchées par D. Trump, au-delà de la chute démographique, de la baisse de la consommation et du chômage des jeunes diplômés -18,5% en 202 5 - que l’État ne parvient à corriger, signe d’une défiance politique et du ralentissement de l’économie, la persistance des fragilités indique que l’ancien modèle de croissance, fondé sur le financement des infrastructures et de l’immobilier par la dette, pourrait avoir atteint ses limites.
Sans préjuger des capacités de rebond de la puissante modernisation industrielle en cours par l’IA [1] (lire : Au milieu des tensions, une irrésistible modernisation à marche forcée tous azimuts), force est de constater que d’importantes vulnérabilités structurelles demeurent.
Il s’agit d’abord des surcapacités industrielles portant un risque de déflation et du déséquilibre entre l’offre et la demande.
Ce dernier est la conséquence du choix de Xi Jinping d’investir massivement dans les « nouvelles forces productives », leviers majeurs des secteurs en pointe tels que les véhicules électriques, les panneaux solaires et les batteries dont les avantages de prix comparatifs ont créé une demande et, par réaction, une offre mondiale massive venant de Chine, dépassant largement la demande intérieure chinoise.
Une autre vulnérabilité est l’endettement des collectivités locales qui, ayant perdu la manne financière de la vente des terrains immobiliers, doivent emprunter pour assurer les services sociaux [2] ;
Simultanément, la baisse des profits des entreprises, conséquence de la féroce compétition interne qui oblige les acteurs, dans une course au « mieux disant », à tirer leurs prix vers le bas, provoque, par une impitoyable sélection, la faillite en série des plus fragiles [3].
Pour Sophie WieviorkaLa du Crédit Agricole, « la puissance planificatrice de la Chine souffre de ses excès. L’existence de cibles de croissance, la mise en concurrence à tous les niveaux administratifs pour obtenir des subventions, l’exigence de résultats ont poussé les gouvernements locaux, en lien avec les entreprises, à laisser en place des capacités de production excédentaires. »
Note(s) :
[1] La production industrielle est restée l’un des piliers de l’économie chinoise en 2025. Le secteur manufacturier a en effet affiché des performances supérieures à celles du reste du secteur industriel, avec une valeur ajoutée de la production en hausse de 5,9% sur un an. Plus encore, la fabrication d’équipements industriels (machines-outils) et de biens de haute technologie pilotés par l’IA a enregistré une croissance de plus de 9%, dépassant largement la moyenne nationale chinoise.
[2] En 2025, la dette totale de la Chine (incluant les dettes publiques, privées et des ménages) a explosé pour atteindre entre 280 et 300 % du PIB.
[3] Selon une analyse du Crédit Agricole, « Le cas du secteur automobile est peut-être le plus symptomatique du phénomène de concurrence destructrice. » Entre 2017 et 2024, les profits des constructeurs automobiles tirés vers le bas par la férocité des compétitions, ont baissé de 33%, alors que, sur la même période, les ventes n’augmentaient que de 21%.
NDLR : « La concurrence destructrice », est un des symptômes du phénomène d’involution qui désigne l’état d’un système qui, ne pouvant ni se stabiliser, ni se transformer, ne peut plus que se compliquer, nourrissant lui-même, sans évoluer, les dysfonctionnements qui le minent.)
Citée par Sophie Wieviorka du Crédit Agricole, la Deutsche Bank a récemment proposé une métaphore de l’involution « Imaginez un théâtre rempli dans lequel tout le monde est assis, jusqu’à ce qu’une personne se lève pour mieux voir, forçant rapidement l’intégralité de la salle à en faire de même. À la fin, tous les spectateurs sont de nouveau égaux. Tous sont debout, mais la plupart ne voient toujours pas la scène. »
