›› Economie
Du 10 au 11 décembre le Comité Central et le Conseil des Affaires d’État ont tenu conjointement la Conférence Annuelle Centrale pour le travail économique, par laquelle le Parti-État a présenté son appréciation de la situation économique, le bilan de son action en 2025 et sa stratégie pour 2026.
Entre les lignes, après avoir assuré de la stabilité à long terme de son système socio-économique, il a laissé percer ses principaux soucis (perte de confiance sociale, ralentissement de la croissance, persistance du marasme immobilier, panne systémique du schéma de croissance, désaffection de la jeunesse éduquée, recul démographique) et tablé sur la modernisation et l’innovation intégrant l’IA pour moderniser son outil productif et dépasser les Etats-Unis.
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La conférence annuelle centrale sur le travail économique « 年度中央经济工作会议 » supervisée par tous les responsables du Comité Permanent et en présence de tout le Bureau Politique, s’est tenue les 10 et 11 décembre à Pékin. Dans la foulée du 4e Plenum, son but était d’arrêter les priorités économiques internes pour 2026.
Au-delà des habituelles affirmations de confiance, de stabilité et de résilience, la réunion a à la fois confirmé la prudence de l’appareil toujours réticent aux mesures de relance interne trop radicales, et dévoilé ses appréciations sur les pressions et vents contraires auxquels le pays est confronté, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Le 11 décembre, pour souligner son importance Xi Jinping a lui-même clôturé la conférence. Il l’a fait après la synthèse du premier ministre Li Qiang qui, au passage, conscient de ses devoirs d’allégeance, n’a pas manqué de rappeler l’exigence de se conformer à l’excellence de la gouvernance du nº1 « dans la Nouvelle ère - 习近平新时代 - » au nom du « socialisme aux caractéristiques chinoises 中国特色社会主. »
Le discours de Xi Jinping énonçait les soucis intérieurs et extérieurs du pouvoir attribués aux incertitudes du monde et aux contradictions de la phase de développement dans laquelle se trouve la Chine. En même temps, il a rassuré ses compatriotes sur la capacité du pouvoir à les résoudre à terme.
En substance, en dépit des vents contraires, la tendance de fond à la croissance de l’économie chinoise à long terme demeure. Elle restera inchangée. Pour peu, disent unanimement les responsables du parti, dont le Premier Ministre Li Qiang et après lui, le nº1 Xi Jinping, que le pays « retrouve sa confiance, sache exploiter ses atouts face aux défis, tout en consolidant et en amplifiant la dynamique de reprise économique. [1] »
A l’intérieur, la situation est marquée par l’impact aggravé d’un environnement extérieur en mutation 外部环境变化影响加深 et la contradiction entre une offre intérieure abondante et une consommation en berne 国内供强需弱矛盾突出.
En même temps de nombreux risques latents (cachés) planent sur des secteurs clés. 重点领域风险隐患较多.
Pour autant, la plupart de ces problèmes, conséquences de la phase de développement et de transformation du pays大多是发展中, 转型中的问题, peuvent être résolus par l’effort. 经过努力是可以解决的.
A bien des égards, la solution proposée tient à la fois de l’évidence et de la quadrature du cercle politique.
Visant à résoudre les contradictions d’un schéma de développement socio-économique inégalitaire et peu redistributeur, le remède est assorti du maître mot de la puissance productive par la bascule qualitative, 提质增, de loin le concept le plus fréquemment évoqué dans les discours, avec celui du nécessaire rétablissement de la confiance intérieure 提振社会信心 [2].
Sans préjuger de la capacité ou non du parti à les résoudre par le volontarisme politique autoritaire et vertical, les contradictions ne manquent pas.
L’œil fixé sur l’exigence de stabilité politique et du maintien de l’harmonie sociale 社会稳定和谐, du niveau de l’emploi 着力稳就业 ainsi que de la bonne santé des entreprises 稳企业, l’intention est d’accélérer la mise en place d’un nouveau modèle de développement plus qualitatif. Une des mesures les plus amples, destinée à améliorer la consommation et la fluidité des échanges domestiques consiste à unifier le marché chinois.
Le projet qui prend le contrepied d’une situation enkystée est une tâche difficile dont l’urgence est répétée depuis dix ans par He Lifeng, proche de Xi Jinping, actuel vice-premier ministre, nº 13 du Bureau Politique.
Il vise à lutter contre la fragmentation des barrières intérieures érigées par les gouvernements locaux dont l’origine qui augmente la complexité du projet, est que la Constitution accorde une certaine autonomie aux provinces autorisés à gérer une part importante de leurs recettes et de leurs dépenses.
S’il est exact que depuis 2018, le système des barrières douanières et des taxes est supervisé par le l’Administration Nationale des Taxes - 国家税务总局, l’unification complète est loin d’être achevée.
Une autre difficulté liée aux contradictions entre le souhaitable et le possible touche à la politique fiscale et à l’endettement accumulé des provinces. Elle est en lien direct avec l’intention de juguler l’excessive autonomie des provinces.
Le défi de la mise en œuvre s’exprime dans l’ambiguïté même des déclarations.
« Il est crucial d’accorder une importance particulière à la résolution des difficultés budgétaires locales … » (…) Et de « maintenir les niveaux de déficit budgétaire, d’endettement et de dépenses totales nécessaires 保持必要的财政赤字, tout en renforçant le caractère scientifique (rigoureux) 严肃财经纪律 de la gestion fiscale, pour optimiser la structure des dépenses publiques et harmoniser les politiques d’incitations fiscales et de subventions publiques. »
Autrement dit, l’appareil est conscient des gabegies, mais met en garde contre l’excès de rigueur comptable, obstacle à la liberté d’entreprendre.
Dans ce contexte, le passage des discours sur les finances énonce une exhortation qui n’est pas sans rappeler la situation budgétaire française en déshérence : « Appliquer une discipline financière et économique rigoureuse 严肃 et exiger que les organes du parti et du gouvernement 党政 s’habituent à la frugalité budgétaire (se serrent la ceinture). 坚持党政机关过紧日子.
En même temps l’appareil, toujours réticent à une vaste relance n’en propose pas moins une mise en œuvre en souplesse, (modérément accommodante, dit-il) 要继续实施适度宽松的货币政策, en réduisant le taux de réserve obligatoire des banques et les taux d’intérêt pour maintenir une liquidité suffisante.
Le but de cette disponibilité financière est, non seulement le soutien à la croissance et à la demande intérieure, l’appui aux entreprises y compris aux PME et aux micro-entreprises, mais surtout - nouvel axe d’effort de l’appareil – à l’innovation technologique. Parallèlement, la restauration de la confiance, dit le parti, passe aussi par le maintien d’un taux de change du Yuan à un niveau raisonnable et équilibré 保持人民币汇率在合理均衡水平上 [3].
Au total, le parti résume les intentions de sa politique économique intérieure pour 2026 par une déclaration vertueuse. En deux points, elle exprime l’ampleur et l’ambition de la tâche : « Maintenir l’harmonie et la stabilité sociales et assurer un bon démarrage du 15e plan quinquennal 实现“十五五”良好开局 » (…) « Privilégier le progrès par la recherche de la qualité et de l’efficacité. 推动经济实现质的有效提升 », sans abandonner la croissance raisonnable de la quantité 和量的合理增长 » [4].
Note(s) :
[1] Dans cette partie des déclarations, l’Appareil et Xi Jinping font référence à la baisse insistante de la croissance tombée de +14,1% en 2007 à seulement +5% en 2024. A ce sujet, le narratif du pouvoir qui oblitère les causes structurelles du recul de la croissance, l’associe d’abord au choc de l’épidémie de la Covid 19 et à une baisse générale de la confiance des consommateurs. En même temps, ils parient sur la capacité de reprise par la puissance des nouvelles technologies et le saut qualitatif de la production.
[2] La modernisation par la bascule qualitative est portée par le schéma associant les progrès de l’Intelligence Artificielle appliquée à tous les domaines de la production industrielle depuis la R&D et la planification stratégique en amont jusqu’à l’automatisation de la fabrication par la robotique assistée par ordinateur, au sein « d’usines intelligentes » qui intègrent aussi les exigences de contrôle de qualité devenu systématique.
[3] Notons que l’expression « croissance raisonnable de la quantité 量的合理增长 » est un euphémisme pour désigner un des travers les plus préoccupants du schéma de croissance. Articulé à un appareil productif poussé à la surchauffe par l’exigence politique de maintenir un haut niveau d’emploi, son efficacité est à l’origine des surproductions qualitativement de plus en plus compétitives déversées sur les marchés américains et européens. Elles nourrissent les tensions en cours avec Washington et Bruxelles.
[4] Quand l’appareil explique que la confiance sociale s’articule au maintien d’un taux de change stable du Yuan, il réagit aux injonctions de Washington exigeant sa réévaluation au prétexte que le taux actuel favorise les exportations chinoises. Autrement dit, les États-Unis accusent Pékin de manipuler sa monnaie.
Dans une communication de l’Institut Montaigne d’octobre 2025, Philippe Aguinier et Francois Godement expliquent que, depuis la crise financière de 2008 - 2009, Pékin exprime son hostilité à l’égard d’un système financier international dominé par un Dollar sous-évalué où Washington s’efforce de préserver sa prévalence tout en exigeant la hausse du Yuan chinois.
Le contexte géopolitique marqué par l’usage des sanctions américaines frappant les utilisateurs du Dollar et les brutales rétorsions commerciales aggravent le ressentiment chinois.
La conclusion est à la fois un constat de la faiblesse globale du Yuan, très loin du statut de monnaie de réserve, d’abord parce que le parti en contrôle la valeur, et une mise en garde peut-être prémonitoire : « Pour l’instant, la place dominante du dollar dans les échanges et comme monnaie de réserve est solidement établie et la Chine est quasi impuissante à y changer quoi que ce soit, mais il suffira que les États-Unis commettent une erreur stratégique pour tout remettre en cause. »
