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Regards sur l’islamophobie des internautes chinois

Les Hans de la « toile » fustigent la tolérance religieuse.

Enfin, le dernier argument de l’auteur expliquant la montée des sentiments antimusulmans des internautes chinois, rejoint les critiques faites en France contre le laxisme des autorités ayant laissé se propager sans réagir l’entrisme ostentatoire des pratiques religieuses dans la sphère publique.

En Chine dit Mu Chunshan, la vindicte de l’opinion est le contrecoup du parti-pris de tolérance religieuse du régime qui accepte les manifestations ostensibles de l’Islam dès lors que les fidèles ne sont pas considérés comme une menace politique pour la prévalence et la pérennité du Parti.

La profusion des mosquées construites non seulement dans l’ouest, mais également dans la région de Shenzhen, la contagion des écoles coraniques, l’apprentissage de l’arabe à l’école par les Hui et les Ouïghour, les panneaux routiers en arabe, la mode du hijab et même des burqas noires chez les femmes musulmanes Hui ou Ouïghour, sont autant de signes visibles qui inquiètent les Han.

En 2016, lors du ramadan, la municipalité de Shanghai avait bloqué une des plus grandes artères de la ville pour autoriser une prière publique face à la Mecque. Les photos de la scène avaient touché un point sensible du nationalisme chinois et soulevé la crainte que « comme l’Europe », la Chine finisse par « tomber aux mains de l’Islam ».

En dépit de leur très forte prévalence démographique (92%) qui les protège d’une telle évolution, certains Han, souvent parmi les plus jeunes, jugent excessive la tolérance politique des pratiques de l’Islam, les plus radicaux sur le net allant même jusqu’à la comparer aux abandons occidentaux face à la montée du nazisme avant la 2e guerre mondiale.

Jamais exprimés sur les médias officiels ces sentiments à la fois confus, xénophobes et agressifs se déchaînent sur le net.

Les tensions sont avivées par les exigences des plus radicaux des fidèles musulmans qui se plaignent de l’odeur de porc dans leur environnement ou de la propreté douteuse des camions transportant la nourriture Halal qu’ils arrêtent pour les inspecter. Incidents locaux et isolés mais qui, par le truchement de l’ubiquité instantanée d’Internet, prennent rapidement une ampleur nationale.

Les réflexions à courte vue et les amalgames font le reste. Quand en septembre 2016, les internautes eurent connaissance de l’épouvantable tragédie de la misère et de la folie dans un village reculé du Gansu de Yang Gailen, une jeune femme de 28 ans découverte morte sur le pas de sa porte en compagnie de ses enfants qu’elle avait tués à la hache, la toile entra en effervescence pour blâmer la construction des mosquées privant les pauvres de l’aide que l’État devrait leur apporter.

*

Le pouvoir ne s’exprime pas directement sur ces questions, autrement que par des mesures politiques conservatoires réactives destinées à préserver la stabilité sociale. Refusant d’installer un débat maîtrisé sur le sujet, unique solution susceptible d’apaiser les rancoeurs et les angoisses, il laisse quelques rares intellectuels s’emparer du sujet. Leurs réactions divergent. Pour Li Xiangping professeur d’études religieuses à l’Université Normale de Shanghai les effervescences du net autour de la question du Halal ont tort de lier l’Islam au terrorisme.

Xi Wuyi responsables des études marxistes à l’Académie des Sciences Sociales, reconnaît que légiférer sur le Halal pourrait être contreproductif et contribuer par réaction à une extension de la pratique, sans compter dit-elle « qu’une loi violerait le principe de la séparation entre la religion et l’État ».

En même temps, estimant que la diffusion des habitudes Halal pourrait être le symptôme d’une politisation des Hui, elle met en garde contre l’intrusion des idées religieuses extrémistes dans la vie courante par le biais de « coutumes rigoristes » comme le Halal. C’est la raison pour laquelle, jugeant que « l’obsession de pureté » contenue dans la pratique du Halal, porte en elle un ferment de radicalité, elle suggère de mieux contrôler son usage.

Lire aussi notre article : Contrôle des religions. Islam en Chine et troubles au Xinjiang.

*

NOTE de CONTEXTE.

La première foire commerciale Sino - Arabe fut organisée le 26 septembre 2010 à Yinchuan, capitale du Ningxia. La province qui compte plus 10% des 20 millions de musulmans chinois soit 36% de la population locale, abrite une école de formation des Imams, éduqués par le Parti aux subtilités dialectique des relations entre la politique et la religion.

La dernière exposition sino-arabe en date tenue du 6 au 8 septembre 2017 a rassemblé 57 pays et 1400 exposants en majorité chinois cherchant des débouchés au Moyen Orient et quelques étrangers. Etaient également présents une vingtaine d’officiels d’Oman, du Koweit, du Soudan, du Liban et d’Egypte dont le ministre du commerce Tareq Qabil, représentant le président Al Sisi qui s’était excusé. Au cours de l’exposition, 2,6 Mds de $ d’investissements industriels chinois ont été signés.

Des États arabes, la Chine importe surtout du pétrole. Elle y exporte de la main d’œuvre, des armements (dont des missiles et des drones à l’Arabie Saoudite) et des produits de consommation courante y compris vers les pays les pauvres. Surtout, elle est une source d’investissements vers les États en mal de cash comme l’Egypte et le maître d’œuvre de projet d’infrastructures dans un contexte général où le volume des échanges Chine – pays arabes a atteint 250 Mds de $, en hausse de 600% en 10 ans.

En avril 2015, le Qatar a ouvert la première banque de compensation des transactions en monnaie chinoise. Les compagnies chinoises construisent le métro de Téhéran, 2 ports en eau profonde en Egypte et une ligne à grande vitesse entre Médine et La Mecque. Les entrepreneurs chinois gèrent une zone économique spéciale le long du canal de Suez et le 15 juin dernier, Pékin et Le Caire ont signé pour 10 Mds de $ de nouveaux projets chinois en Egypte.

Mais, en volume, le cœur des relations reste les importations de pétrole par la Chine, véritable vulnérabilité stratégique, puisque, même si Pékin diversifie ses sources en Russie et en Angola, sur les 400 millions de tonnes importées annuellement (en hausse de près de 100% depuis 2011), 50% viennent toujours des pays du golfe, principalement d’Arabie saoudite (16%), d’Oman (10%), d’Irak (9%) et d’Iran (9%).

Tenant compte de cette dépendance persistance, en janvier 2016, une note d’orientation du gouvernement chinois sur sa politique arabe affichait l’intention d’approfondir les relations et d’augmenter la coopération militaire, y compris dans les domaines des armements, des technologies de défense, de la lutte contre le terrorisme et des échanges de renseignements.

Elle mentionnait également l’augmentation des opérations navales chinoises contre la piraterie dans le golfe d’Aden, principale raison de la création de la base de Djibouti.

Lire notre article : Les drones chinois 彩虹 en Arabie Saoudite.


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