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A gauche une rue de Miyun, au Nord de Pékin le 29 juillet. Photo : AFP. A droite les pompiers de Tainan en mission d’évacuation le 2 août. Photo pompiers de Tainan.
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Les trois épicentres du Monde Chinois, la Chine continentale, Hong Kong et Taïwan sont, depuis quelques semaines, simultanément frappés de violentes pluies torrentielles aux conséquences catastrophiques, avec de nombreuses victimes, notamment dans la région nord de Pékin où plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie.
Ce n’est pas la première fois que la zone, sujette dans son ensemble aux typhons et aux dépressions tropicales, est soumise à des pluies diluviennes entraînant des inondations submergeant de vastes espaces de vie.
En juillet 2023, le typhon Doksuri avait sévèrement touché la Chine et même provoqué des controverses politiques sur les réseaux sociaux (lire : Inondations et polémiques) qui critiquaient les choix de l’appareil et de Xi Jinping de « protéger Pékin au détriment des populations locales ».
A Taiwan, le Sud et l’Est de l’Île avaient été noyés, obligeant l’évacuation d’urgence de plus de 5000 personnes. Tous les vols intérieurs, plus de 100 vols internationaux et de nombreux passages de ferry avaient été annulés. Les services ferroviaires avaient été suspendus et certaines portions d’autoroutes fermées. Les îles taïwanaises de Penghu et Kinmen furent touchées par des rafales de vent de près de 300 km/h.
Hong-Kong où la population avait été mise en alerte, n’avait été que partiellement touchée par le cyclone. Né à l’Est des Philippines, il était passé entre Taïwan et la R.A.S avant de dévaster la Chine du Sud-est où 137 personnes avaient perdu la vie.
Cette fois, la RAS est touchée de plein fouet.
Des jours de pluies incessantes – dépassant parfois 400 mm par jour, un record depuis 1884 - ont, - le 5 août, déclenché d’importantes inondations. Des voitures ont été emportées ; la salle d’urgence d’un hôpital a été inondée ; certaines routes se sont transformées en rivières ; des bus ont été bloqués obligeant les passagers à débarquer dans des rues où les eaux leur arrivaient à la taille, tandis que des dizaines de glissements de terrain ont considérablement gêné les transports.
Alors qu’on ne déplorait encore aucune victime, le 5 août, pour la 4e fois en huit jours, les autorités ont émis un avis de fortes pluies. La ville a fermé les écoles et autorisé la plupart des employés de bureau à travailler à domicile. Les tribunaux ont reporté leurs audiences et une centaine de vols ont été retardés.
A Taiwan, depuis le début août, l’Île est, selon les services météo, sujette aux plus fortes pluies jamais enregistrées depuis 1998. Entre le 28 juillet et le 4 août le niveau moyen des précipitations quotidiennes a dépassé 200 mm. 17 municipalités des comtés de Nantou, Yunlin, Chiayi et Pingtung ainsi que Tainan et Kaohsiung sont plus particulièrement touchées avec plus de 500 mm de pluie chaque jour. Pour les services météo de l’Île, même si, cette fois, le Nord et l’Est de l’Île sont épargnés, le total des pluies cumulées était proche du record établi par le typhon Morakot en 2009.
Certains ont été choqués par la comparaison.
La nuance essentielle à ne pas perdre de vue est en effet qu’à la date du 4 août les autorités de l’Île n’ont cette fois dénombré que 5 décès, alors que Morakot qui fut une catastrophe nationale, avait causé la mort de 543 personnes. A l’époque, en Chine, le même typhon n’avait provoqué que 6 décès.
Aujourd’hui c’est encore une fois sur le Continent qu’on dénombre le plus grand nombre de victimes.
Alors qu’à Pékin la moyenne des pluies annuelles est de 600 mm, depuis le 20 juillet, plusieurs observations à travers le pays font état de précipitations anormales dépassant parfois 200 mm par jour. Dans certaines zones elles ont atteint 400 mm provoquant des inondations catastrophiques. Pour les services météo, il s’agissait du déluge le plus meurtrier ayant frappé la capitale chinoise depuis 2012.
La réalité du bilan est sévère. La plupart des 44 personnes mortes durant les pluies 23 au 29 juillet avaient été surprises et coincées par la montée brutale des eaux dans une maison de retraite du district de Miyun, 80 km au Nord de Pékin, sur les contreforts des monts Yanshan.
Selon Reuters, le 4 août, une semaine seulement après les inondations de la fin juillet, Pékin a évacué plus de 70 000 habitants et prévenu la population que de nouvelles pluies diluviennes allaient à nouveau s’abattre sur la région.
En même temps, alors que des informations sur les réseaux sociaux faisaient encore état de corps noyés retirés des eaux, les autorités, critiquées pour la faiblesse de leur réaction et leur impréparation, s’empressaient de renforcer les digues vieillissantes et de mettre à jour les plans d’évacuation.