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A Chongqing, le 2 septembre dernier, vers 22h30, une série de slogans défiant le parti communiste ont été projetés pendant 50 minutes sur les façades de plusieurs immeubles du quartier des universités. L’un d’entre eux appelait à renverser le « fascisme rouge de la tyrannie du parti. » Photo réseaux sociaux.
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Le dernier et tout récent exemple qu’en Chine, comme ailleurs, le pouvoir absolu armé d’une myriade de caméras de surveillance, d’espions inquisiteurs et d’une foule de policiers, est un leurre. La leçon de choses s’est produite le 2 septembre, la veille du défilé de la puissance présidé à Pékin par Xi Jinping.
Le 29 août, vers 10h du soir, à Chongqing, l’immense mégapole de 32 millions d’habitants devenue un gigantesque municipalité autonome dans la province du Sichuan, un activiste a réussi l’exploit de projeter à distance sur la façade d’un immeuble une série de slogans critiquant la gouvernance du parti.
Projetés par laser, les protestations défiant l’appareil au nez et à la barbe de la police pourtant omniprésente étaient sans équivoque.
« Vous qui refusez d’être des esclaves révoltez vous. 拒绝成为奴隶的人起来 » ; « Renversez la tyrannie du parti - fascisme rouge - 推翻党的暴政 红色法西斯主义 » ; « La liberté n’est pas un cadeau reprenez-la 自由不是一份礼物, 收回它 » ; Et encore « Plus de mensonges, nous voulons la vérité. Plus d’esclavage, nous voulons la liberté. 不再有谎言, 我们想要真相. 不再有奴役, 我们想要自由. »
Il a fallu 50 minutes à la police pour localiser la projection qui venait d’un hôtel voisin que les autorités ont aussitôt fait fermer. Contrairement à ce que tout le monde croyait, la mesure n’a pas mis fin aux projections.
Quelques heures plus tard, la foule des curieux qui avaient commencé à se disperser, eut la surprise de voir en très grand format, toujours sur les vastes façades, une vidéo montrant cinq policiers entrant dans la chambre d’hôtel à l’origine du faisceau laser.
Alors que quatre d’entre eux s’efforçaient d’éteindre le projecteur, les passants ont clairement vu les images en grand format du 5e montrer une caméra de surveillance pour alerter ses collègues qu’ils étaient filmés.
Sur une table basse de la chambre en évidence une lettre manuscrite adressée à la police : « Même si vous êtes aujourd’hui bénéficiaires du système, un jour vous en deviendrez inévitablement les victimes » (…) « Alors, s’il vous plaît, traitez les gens avec bienveillance. »
Le lendemain, décidément insaisissable, le virtuose du laser projetait une image extraite d’une vidéo de caméra de surveillance, montrant, sa vieille mère frêle et voutée interrogée par les policiers devant la maison familiale de son village.
Mais le plus extraordinaire qui laissa les policiers interloqués fut que, quand ils investirent la chambre d’hôtel des projections, le coupable du nom de Qi Hong, 43 ans, avait déjà quitté la Chine avec sa femme et ses filles.
Toute la séquence qui tourna la police en ridicule et défia l’appareil, avait été pilotée à distance, depuis un endroit isolé en Grande-Bretagne. Il va sans dire que les vidéos filmées par les téléphones portables ont été diffusées sur les réseaux sociaux. L’une d’entre elles a été vue 18 millions de fois avant que la police la censure.
Un internaute du nom de Li Ying a écrit « Qi Hong a déjoué la police et l’appareil d’État – et ils ne pouvaient pas y faire grand-chose ». Selon lui l’acte était un « coup dur porté aux autorités qui ont consacré d’énormes ressources pour assurer la stabilité avant le défilé du 3 septembre. »
Il ajoutait : « Qi Hong a montré que le contrôle du PCC n’était pas infaillible. Ce n’est pas comme si nous ne pouvions rien faire. »
Qi Hong, héritier du courage.
Le 2 septembre, dans, le New-York Times, Li Yuan, d’origine chinoise, née dans la province du Ningxia, peuplée de musulmans Hui, ancienne journaliste de l’agence Xinhua en poste à Pékin, Bangkok et Kaboul, qui contribua aussi durant 14 ans au Wall Street Journal, écrivait :
M. Qi lui-même est un disciple. Comme d’autres manifestants, il s’est inspiré de Peng Lifa, l’homme qui, en octobre 2022, avait déployé des banderoles sur un pont d’autoroute très fréquenté de Pékin appelant à la démission de Xi Jinping. (lire : La nébuleuse disparate des opposants à Xi Jinping).
M. Peng, aussitôt désigné par l’opinion comme « l’homme du pont » - 桥人 - » fut immédiatement comparé à « l’homme du char 坦克人 » des manifestations de Tiananmen en 1989. Depuis qu’il a été arrêté par la police, il a disparu.
Li Yuan ajoute que la contagion de ce style de contestations pourrait être le plus gros casse-tête pour le gouvernement chinois au moment même où, depuis plusieurs années, l’économie du pays ralentit et que de nombreux diplômés universitaires, travailleurs migrants et professionnels ont du mal à trouver un emploi.