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›› Politique intérieure

La nébuleuse disparate des opposants à Xi Jinping

Selon les médias sociaux chinois, passés au crible par « China Change », l’homme qui fixe les banderoles sur le pont autoroutier de Sitong du 3e périphérique Nord, ici à gauche, déguisé en ouvrier de chantier, s’appelle Peng Lifa 彭 立法. Il est diplômé de physique et sur les réseaux sociaux, il s’est donné le nom de Peng Zaizhou 彭载舟.

Le 13 octobre, trois jours avant l’ouverture du 20e congrès, ayant pris soin d’allumer sur le pont un feu dégageant une épaisse fumée noire pour attirer l’attention, sa rapidité d’action avant l’intervention de la police et le déclenchement de la censure, a atteint son but.

Diffusée dans le monde entier, l’image de sa contestation solitaire, fera date. Déjà les internautes chinois l’ont surnommé « L’homme du pont - 桥人- », à l’instar de « l’homme du char 坦克人 » qui s’était rendu célèbre le 5 juin 1989 en bloquant une colonne de blindés qui quittait la place Tian’anmen, après l’intervention brutale qui, la veille, avait étouffé le printemps de Pékin par un massacre.


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Impossible d’échapper à l’image qui court sur nombre de médias occidentaux, quand en même temps elle a été rapidement censurée sur tous les réseaux sociaux chinois et ignorée par la presse du régime.

Le 13 octobre matin, trois jours avant l’ouverture du 20e Congrès, après avoir mis le feu à des pneus pour attirer l’attention, un protestataire isolé a accroché deux banderoles critiques de Xi Jinping au parapet du pont de Sitong dans le quartier de Haïdian, au nord-ouest de Pékin, connu pour être un incubateur de centaines de « start-ups » de l’industrie du numérique chinoise.

Une photo prise par un passant a rapidement fait « le tour viral » des réseaux sociaux » aiguillonnés par l’idée qu’à la veille de la normalisation du Congrès totalement placé sous la coupe de Xi Jinping sans la moindre respiration politique possible, une pensée critique, même isolée et éphémère avait publiquement surgi dans le paysage sérieusement cadenassé du Congrès et de la capitale chinoise claquemurée par la police.

Le message des deux banderoles était sans équivoque. En lettres rouges géantes visibles de loin, elles exprimaient une exaspération multiforme : « Nous voulons manger et pas des tests COVID 不要核酸要吃 ; Nous voulons des réformes, pas de révolution culturelle 不要文革要改革 ; Des libertés et pas de confinements 不要封城要自由 ; De la dignité et pas de mensonges 不要谎言要尊严 ; Nous sommes des citoyens pas des esclaves 不做奴才做公民 ». Et surtout « Faites la grève. Déposez le despote félon. 罢课罢工罢免国贼习近平 ».

Avant d’être censurés nombre de commentaires des internautes approuvèrent la diatribe, tout en louant le courage du protestataire isolé, aussitôt mis au secret par la police. « Le courage est la plus précieuse des qualités humaines 勇气是人类最宝贵的品质 » ; « Vous frappez fort, mais vous n’éliminerez pas tous les rebelles 你打得很厉害, 但你不会消灭所有的叛军 ».

On pouvait aussi lire des essais d’introspection sur le courage « Allons-nous rester de simples spectateurs inertes ? 我们会继续只是惰性的旁观者吗 ? » ; et cette pensée qui court au sein de la jeunesse rebelle « Nous avons honte de nous-mêmes et nous ne méritons pas son courage 我们为自己感到羞耻, 我们不值得他的勇气 ».

La presse internationale s’est empressée de mettre l’événement en perspective, en soulignant les raisons de l’érosion de la popularité de Xi Jinping. Le 13 octobre le WSJ analysait que la répétition obstinée des tests de masse et des confinements réagissant à la moindre apparition d’une contagion virale même asymptomatique, avait sérieusement handicapé l’économie du pays, au point qu’au deuxième trimestre 2022, la croissance avait été voisine de zéro.

La brutalité des mesures dont il est aussi clair qu’elles sont mises en œuvre pour prouver coûte que coûte la supériorité du modèle chinois, a également eu des conséquences psychologiques sur les millions de Chinois privés de liberté, parfois sans accès aux soins ou /et à un minimum de ravitaillement alimentaire. Pourtant, en dépit des critiques qui montent, la stratégie du « zéro-covid » n’a pas cessé.

Depuis le 11 octobre, plusieurs grandes concentrations urbaines y compris Shanghai et Shenzhen ont augmenté leurs tests anti-covid. Le dix octobre, trente-six villes chinoises étaient encore confinées à des niveaux divers de contrôle, ce qui, selon Reuters, concernait 196,9 millions de personnes soit 20 millions de plus que la semaine précédente.

Dans son discours inaugural du Congrès, au milieu de ces indices de vents contraires, Xi a pourtant confirmé sa détermination. Il a notamment réaffirmé son choix de sécurité maximum pour garantir la stabilité sociale et tenir à distance le chaos à Hong Kong ; l’inflexible intention de réunifier Taïwan, si possible pacifiquement, sans cependant renoncer à l’usage de la force pour dissuader toute tendance indépendantiste. Il a enfin validé sa stratégie d’éradication totale du virus, en soulignant que le Parti plaçait la santé des Chinois au sommet de ses priorités.

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Alors que monte une nébuleuse de contestations dessinant une image moins assurée du pouvoir du n°1 chinois, Deng Yuwen, ancien éditeur en chef adjoint du Xuexi Shibao 学习时报, la revue de l’École du Parti, mais démis de ses fonctions en 2013 pour avoir critiqué dans le Financial Times la politique nord-coréenne de Pékin (lire : Feu sur les « excroissances méningées du Parti » et reprise en main idéologique), a longuement analysé dans la revue « Foreign Policy » du 15 octobre la réalité éclatée des oppositions à Xi Jinping.

Le panorama donne l’image d’un n°1 de l’appareil qui s’est imposé par la coercition et la menace. Son style brutal ayant détruit l’équilibre subtil cautionné par Deng Xiaoping des intérêts enchevêtrés liant la haute administration, les hommes d’affaires et les vétérans, il est confronté dans l’appareil à une nébuleuse d’opposants dont les idées politiques ne sont pas toutes cohérentes entre elles, mais aux intérêts matériels convergents heurtés par la brutalité.

Beaucoup qui n’apprécient pas son style autocrate ont pour l’instant choisi de s’aligner, tout en réclamant une démocratie intra-parti plus efficace. Ceux qui critiquent son autoritarisme ou dont le succès d’affaires fait de l’ombre au pouvoir sont durement sanctionnés.


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