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Les BRICS à Johannesburg, symbole de la contestation de l’Amérique et de l’Occident

Au-delà du rejet de l’Amérique, quelques dissonances

La Chine, poids lourd du bloc, dont l’influence a joué pour accueillir les six nouveaux, appelait depuis longtemps à l’extension du groupe comme le moyen de favoriser un ordre mondial « multipolaire » défiant la domination occidentale.

Mais, en dépit des promesses d’une désescalade des tensions frontalières rendues publiques lors du sommet, elle se heurte toujours aux défiances incrustées de New-Delhi qui, l’œil sur Washington, ne voulait pas de Téhéran. Pour freiner l’élargissement, Narendra Modi a même proposé d’instituer un critère d’admission de richesse minimum qui, s’il avait été appliqué, aurait interdit l’accès au groupe de l’Iran.

De son côté, Vladimir Poutine qui participait au sommet à distance, ayant à cœur de montrer aux puissances occidentales qui le sanctionnent qu’il n’est pas isolé, était, par opportunisme, prêt à accepter un élargissement plus vaste.

Le Brésil et l’Inde, en revanche, dont les liens avec l’Occident sont plus étroits, ont, dans une claire dissonance par rapport à Moscou et Pékin, tenu à affirmer que le groupe ne cherchait pas à rivaliser avec le G7. Ce qui n’a pas empêché le Président Lula d’appeler Bruxelles et les pays européens à cesser d’alimenter la guerre en Ukraine par leurs livraisons d’armes.

L’Inde, pourtant encore très proche de la Russie, son pourvoyeur d’armes de la guerre froide et, depuis les sanctions américaines, son principal canal d’écoulement du pétrole russe, n’était pas non plus favorable à l’entrée de l’Argentine et de l’Égypte qui figurent parmi les plus endettés au FMI, actuellement sous le coup d’un plan de sauvetage.

Enfin, selon des sources proches du dossier, le 23 août dans la journée, Riadh, hésitant à franchir aussi clairement le Rubicon anti-américain, était encore hésitant.

L’irrésistible vague de la contestation de l’Occident. Xi Jinping en première ligne.

Les réactions d’enthousiasme après l’annonce de l’élargissement témoignent du clivage qui monte.

Mohammad Jamshidi, adjoint politique du président iranien Ebrahim Raisi, a qualifié l’adhésion aux BRICS de « victoire stratégique pour la politique étrangère de l’Iran  ». (…) Sur son compte Twitter, il s’est réjoui : « Félicitations au Guide suprême de la révolution islamique et à la grande nation iranienne ».

En même temps, indice de probables de rivalités à venir, le Président Raisi qui assistait au sommet avec son ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a déclaré que le royaume riche en pétrole pourrait être un leader du bloc compte tenu de ses ressources, de sa richesse et de son accès à la mer Rouge et au golfe Persique. Dont acte.

L’enthousiasme de l’Iran suivait celui de la Chine – « Une expansion historique » selon Xi Jinping qui, depuis de longues années, cultive une proximité stratégique avec Téhéran de plus en plus étroite, articulée à leur rivalité commune avec Washington. Lire : La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?.

Sur le fond, Andrew Small, chercheur au German Marshall Fund reconnaissait que l’élargissement marquait clairement la volonté explicite de Xi Jinping de faire des BRICS un levier « anti-hégémonique » dont l’une des masses de manœuvre est clairement le « sud-global » africain où, la milice privée aujourd’hui décapitée du Group Wagner qui se nourrit de ses prédations, trouble cependant la longue stratégie d’influence de Pékin.

En très fort contraste avec la brutalité des mercenaires, s’efforçant, souvent avec succès, de corriger l’image d’exploiteur cynique des ressources primaires, les actions chinoises avancent par le truchement de l’aide médicale, de l’enseignement, de la formation professionnelle, de l’appui à la création d’entreprise, de l’apprentissage à grande échelle du Chinois et des vertus du troisième pilier culturel de la stratégie globale de Xi Jinping. A ce sujet lire : « L’éducation globale » vecteur de l’influence chinoise dans les pays du sud.

*

Au total, la vérité est qu’en dépit des rivalités latentes et des non-dits soigneusement mis sous le boisseau, la stratégie globale des BRICS prend de l’ampleur et se dilate clairement vers une nouvelle conception de l’organisation du monde moins dominée par l’Occident y compris à l’ONU où, depuis Koffi Annan, la réforme du Conseil de sécurité et des institutions internationales piétine.

Le 24 août, Antonio Guterres a, dans un discours aux BRICS, confirmé à quel point les reformes étaient nécessaires. Rappelant qu’en moyenne, les pays africains paient quatre fois plus pour emprunter auprès des institutions financières internationales que les États-Unis et huit fois plus que les pays européens les plus riches, il a, conscient qu’il s’agissait d’une tâche de longue haleine, lancé un appel à l’ouverture « Il est nécessaire de repenser l’architecture financière mondiale actuelle, dépassée, dysfonctionnelle et injuste ».

Alors que l’élargissement à 11 pays est le résultat d’un « écrémage » et de tractations où la prévalence chinoise qui poussait à l’admission de l’Iran est manifeste, plus d’une trentaine d’autres pays tous du « sud-global » ont exprimé leur intérêt pour le groupe traduisant l’ampleur de la contestation globale de l’Occident.

Enfin s’il est exact que les BRICS - que certains continuent à appeler un « club » - manquent de structures et de projets concrets communs dont Narendra Modi a établi une liste possible dans son discours introductif (Espace, Éducation-technologie-innovation, médecine traditionnelle), il est nécessaire de rappeler que tous les membres adhèrent au projet d’une monnaie alternative et d’une institution financière dédiée dont les structures existent depuis 2014. Lire : Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales.

Dans cet environnement où monte une hostilité à l’Amérique partagée par beaucoup, il n’est pas anodin de rappeler que l’idée d’une monnaie alternative au Dollar est née du projet d’échapper à la stratégie américaine des sanctions appliquées au nom d’une conception hégémonique de l’extraterritorialité du droit américain, aux pays utilisant le billet vert.

(Sur la situation comparée des monnaies globales, lire : Le lent recul de la prévalence globale du Dollar, le choc des cultures et l’enjeu du « sud-global ».)

Sur les déboires de l’industrie française confrontée à l’impérialisme extraterritorial de Washington : « Le piège américain », la montée en puissance de la Chine et les risques d’un engrenage global.


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