›› Editorial
Note de contexte.
Après les affres de la révolution culturelle (1966-1976) (lire la recension du livre de Yang Jisheng « Renverser ciel et terre » Une plongée saisissante dans la tragédie de la révolution culturelle) ), tentative de la démesure maoïste d’instaurer la « révolution permanente » achevée à la mort du Démiurge en 1976, avec Deng Xiaoping, la Chine a, à l’intérieur, exploré la promotion pragmatique de l’esprit d’entreprise et à l’extérieur celle de l’ouverture contrôlée aux capitaux étrangers.
Pour autant, tout en se méfiant du culte de la personnalité, l’appareil n’a jamais perdu de vue le dogme de sa prévalence politique à l’intérieur, ni l’objectif de rattrapage de puissance visant à redonner à la Chine sa place parmi les grandes nations du Monde.
La permanence du dogme d’omnipotence de l’appareil et le projet international de retourner dans le cercle des puissants du monde furent, à l’intérieur, à la racine de la secousse violemment répressive de Tian An Men, le 4 juin 1989, et à l’origine des malentendus de la relation avec l’Occident démocratique.
Mise sous le boisseau jusqu’en 1997 année de la disparition de Deng Xiaoping qui prêchait la discrétion stratégique, l’ambition de puissance s’est d’abord accommodée d’un statut subalterne où la fibre nationaliste mal analysée par l’Occident, s’exerçait surtout par les projets d’aide au tiers-monde et la solidarité envers les régimes malmenés par Washington et ses alliés.
Alors que Pékin se rapprochait de Moscou depuis 1995, la guerre en Ex-Yougoslavie fut un tournant.
L’événement qui frappa le plus l’orgueilleuse jeunesse nationaliste éprise de puissance et en mal de respect international, fut la destruction le 7 mai 1999, de l’ambassade de Chine à Belgrade par un raid hors OTAN de bombardiers B2 venant du Texas (lire : Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques).
Deux années plus tard, la destruction des tours jumelles à New-York, suivie des sérieux déboires américains en Irak, écorna le dogme de l’invincibilité de l’Amérique, ravivant les affres de la débâcle militaire et morale de la guerre du Vietnam.
Le dernier épisode, symptôme aux yeux de Pékin du déclin de l’Amérique, fut le retrait chaotique de l’armée américaine d’Afghanistan en 2021. Lire : La chute de Kaboul vue de Chine.
Au même moment, à Pékin, le Parti qui fêtait le centième anniversaire de sa création, publiait la « Résolution du Comité Central sur les réalisations majeures 重大成就 et les expériences historiques du Parti communiste chinois au cours des cent années de lutte – 百年奋斗. »
Alors que le nom de Mao apparaissait 18 fois, celui de Deng six fois et celui de Hu Jintao une seule fois, Xi Jinping était cité 22 fois, dans un texte dont plus de 50% était consacré à ses réalisations et aux changements initiés par lui depuis 2012 dans tous les domaines.
Ainsi réécrite sans fausses notes, l’histoire de la Chine et de l’appareil depuis sa création cent ans auparavant, devenait, exactement à rebours de l’aversion de Deng Xiaoping pour le culte de la personnalité, le socle d’une campagne d’endoctrinement appuyée par une loi destinée à réprimer ceux qui critiquent les héros de la Chine.
Les buts de ce « verrouillage » historique, dont il est probable qu’il exprimait aussi une inquiétude politique, étaient de hausser la réputation de Xi Jinping à hauteur des figures historiques et intouchables de République Populaire et de protéger le régime de ses détracteurs, notamment ceux des intellectuels qui prônent une évolution vers l’indépendance de la justice et plus de liberté.
