Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Le révisionnisme sino-russe sur les traces de la révolution mondiale maoïste. Au Moyen-Orient, les risques avérés d’une escalade mortelle

Avec Serguei Lavrov et Ma Ying-jeou à Pékin.

L’étape chinoise de Serguei Lavrov suivait la visite à Pékin de la secrétaire d’État au Trésor Janet Yellen et ses menaces de « sévères conséquences » si les entreprises chinoises apportaient un soutien matériel à la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine.

En réalité, la mise en garde de Yellen reposait sur un ensemble de renseignements attestés prouvant, malgré les démentis de Pékin, l’aide indirecte à la Russie par des canaux parallèles utilisant les circuits des entreprises chinoises impliquées depuis de longues années en Russie.

(Lire nos articles A Moscou, Xi Jinping « parrain » anti-occidental de V. Poutine & la page 2 Ukraine : La Chine n’aidera pas la Russie à vaincre. Mais elle est décidée à empêcher sa défaite.

La dernière initiative diplomatique de Pékin visait directement Taïwan, pointe stratégique émergée de la vaste querelle sino-américaine à quarante jours des cérémonies d’investiture du binôme Lai Qing De Hsiao Bi Kim qui réfutent « la politique d’une seule Chine » et dont la culture politique et l’histoire personnelle sont fortement marquées par l’influence américaine.

*

Le 10 avril, le lendemain du passage de Lavrov, Xi Jinping recevait officiellement à Pékin l’ancien président taiwanais Ma Ying-jeou (2008-2016) à la retraite mais toujours membre éminent du KMT, présent sur le Continent dans le cadre de son voyage annuel en Chine à la tête d’une délégation d’étudiants.

Alors que dans l’Île dont le Yuan Législatif est depuis février 2024 présidé par Han Kuo-yu du KMT lui-même fervent partisan d’un rapprochement avec Pékin, l’audience du Parti pour le progrès démocratique est en recul, Xi Jinping a soigneusement mis en scène sa rencontre avec Ma.

Désigné par la télévision d’État comme une première historique sur le territoire chinois depuis 1949 - (durant le mandat de Ma, les deux s’étaient rencontrés à Singapour en 2015 d’ailleurs sans résultat opérationnel direct pour la solution de la question taïwanaise) (lire : Pour la première fois un président chinois rencontre le chef de l’exécutif taïwanais en exercice) - l’évènement fut un modèle de manipulation.

En contradiction avec la réalité exprimée par le scrutin présidentiel de janvier et les sondages [4], il a été présenté par la propagande de l’appareil comme la preuve que le Parti n’avait pas perdu le soutien de la population de l’Île et qu’une réunification pacifique serait possible.

Pour Xi Jinping, « les compatriotes des deux côtés du Détroit sont tous Chinois. Il n’existe aucune rancune qui ne puisse être résolue, aucune question qui ne puisse être discutée et aucune force qui puisse nous séparer ». (…) « Les ingérences extérieures n’arrêteront pas la tendance historique à la réunion de la famille et du pays. »

Pour bien marquer à quel point il entendait faire de la rencontre le symbole d’un défi à l’ingérence nippo-américaine dans les affaires internes chinoises, Xi Jinping aurait, selon une source taïwanaise, même fait retarder sa rencontre avec Ma Ying-jeou de deux jours pour qu’elle coïncide avec la rencontre officielle entre le Premier Ministre japonais Fumio Kishida et Joe Biden à la Maison Blanche le 10 avril.

Ma Ying-jeou la carte piégée de la propagande chinoise.

Le moins qu’on puisse dire est que, sur la question taïwanaise, la « carte » Ma Ying-jeou dont on n’oubliera pas que le candidat de son parti le KMT, Eric Chu, avait été sèchement battu aux présidentielles de 2016 par Tsai Ing-wen avec 56, 12% des voix contre 31,4% pourrait être, au minimum un malentendu, au pire une dangereuse illusion.

La déroute du vieux parti de Tchang Kai-chek avait marqué le point d’orgue d’un raidissement de l’opinion contre Ma Ying-jeou accusé de mettre en œuvre contre l’opinion générale de l’Île, une « stratégie de réunification rampante » avec le Continent, qui s’exprimait par son projet « d’accord cadre. »

En 2014, le ressentiment contre le Président natif de Hong-Kong, 47 ans avant la restitution, qui fut ministre de la justice sous la présidence de Lee Teng Hui (1993-1996), maire de Taipei (1998-2006) et Président du KMT (2005-2007) s’est coagulé en une révolte de la jeunesse. Baptisée « Mouvement des Tournesols – 太陽花 學運 - » elle paralysa le Yuan législatif du 18 mars au 10 avril 2014.

Lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.

S’il est exact que le KMT continue, dans la foulée de son histoire depuis 1911, à prêcher la politique « d’une seule Chine », le fait est que, dans l’Île devenue démocratique depuis la fin des années quatre-vingt, le volontarisme réunificateur de Pékin, y compris par la force, génère aujourd’hui, même pour les héritiers de Tchang Kai-chek, un sentiment répulsif.

Le 1er décembre 2023, Ma Ying-jeou lui-même l’avait rappelé au journaliste Richard Walker qui l’interrogeait pour Deutsche Welle.

Six semaines avant leur victoire aux élections présidentielles du 14 janvier, qui les portera au pouvoir à leur investiture le 20 mai prochain, il avait certes longuement critiqué ce qu’il estime être la vaine et dangereuse intention de rupture avec le Continent de Lai Qing De et de Hsiao Bi-kim, successeurs de Tsai Ing-wen.

En même temps, il avait clairement insisté sur l’essentiel.

Si Pékin voulait que la population de l’Île change son appréciation du Continent, le minimum serait de renoncer à l’usage de la force et d’envisager une réunification pacifique négociée.

A Taïwan même, l’héritage de Ma Ying-jeou reste controversé.

S’il est exact que certains intellectuels comme Chang Wu ueh - 張五岳 de l’Université Tamkang lui attribuent la vertu de tempérer l’agressivité chinoise qui pourrait s’exprimer en amont ou/et au moment de l’investiture des successeurs de Tsai, d’autres sont nettement moins flatteurs.

Commentant la rencontre entre Xi Jinping et Ma Ying.jeou, le général à la retraite Yu Tsung-chi - 余宗基 – ancien doyen de l’Université de la Défense nationale qui ne cesse de plaider pour un renforcement des capacités de défense de l’Île, n’a pas hésité à traiter l’ancien président « d’idiot utile ».

Pour lui, Ma Ying-jeou n’est qu’un pion de la vaste manœuvre générale de Xi Jinping contre l’Occident, conduite en connivence avec Moscou.

« Le jour même de la rencontre aux États-Unis entre Joe Biden et le Premier Ministre japonais Fumio Kishida, le Président chinois a opportunément utilisé Ma Ying-jeou pour critiquer le rapprochement antichinois entre Tokyo et Washington.
[NDLR : Construit autour du thème de la menace chinoise d’une invasion militaire de Taiwan, suite logique de l’attaque russe contre l’Ukraine], mais il peut le laisser tomber à tout moment dès qu’il n’en aura plus besoin. »

Note(s) :

[4L’insistance de Xi Jinping affirmant une identité commune entre l’Île et le Continent ne correspond plus à la réalité politique de l’Île. S’il est exact que la trace culturelle chinoise est indéniable, la vérité est que seulement 3% des Taiwanais se voient d’abord comme Chinois, tandis que moins de 8% appuient l’idée d’une réunification à court ou moyen terme.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu

La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran