›› Editorial
Au Moyen-Orient les fâcheuses limites de l’opportunisme contradictoire.
Enfin, la récente montée des tensions directes entre Tel Aviv et Téhéran trace les limites contradictoires des stratégies chinoises. Alors que Xi Jinping fait la promotion des capacités d’apaisement de sa diplomatie, il assume en même temps ses arcs-boutants anti-occidentaux et révisionnistes, en se rapprochant de Moscou, Pyongyang et Téhéran.
Sur le conflit au Moyen Orient après avoir manqué de qualifier la barbarie terroriste du 7 octobre, il a dès l’automne 2023, systématiquement fait le choix de la « rue arabe » contre l’Occident et Israël. Lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident.
Il y a pire. Dans la nuit du 13 au 14 avril, changeant de nature, le conflit au Moyen Orient a jeté une lumière crue sur la mémoire des coopérations nucléaires sensibles entre Téhéran et Pékin.
Alors que l’Iran théocratique mentor des terroristes du Hamas et du Hezbollah dont les slogans ne cessent d’appeler à la destruction d’Israël, a tiré contre l’État juif 170 drones chargés d’explosifs et plus 120 missiles balistiques, surgit à nouveau le spectre de l’arme nucléaire iranienne, tandis qu’à nouveau pèse sur Tel Aviv une menace existentielle.
Que 99% des tirs iraniens aient été interceptés par les dispositifs complexes de la défense sol-air israélienne ne changent rien au dilemme.
Alors que Téhéran tente de temporiser, exhortant à la désescalade, derrière Washington tous les alliés de l’État juif espèrent qu’il limitera sa riposte à l’attaque du Hezbollah, « proxy paramilitaire Chiite » de Téhéran, basé à Beyrouth.
Mais en même temps personne n’exclut des actions spéciales du Mossad contre les installations nucléaires militaires iraniennes dont les bases prennent racine dans les secrets de l’ancienne coopération ultra-sensible entre l’Iran et la Chine développée par Pékin sur les anciennes plates-bandes stratégiques de Washington.
Dans son éditorial de septembre 2019 (lire : Chine, Iran, États-Unis : Avantage Pékin. Retour sur la longue histoire entre la Perse, l’iran des Ayatollahs et la Chine), François Danjou rappelait « qu’après l’avènement de la République islamique et la crise des otages de l’Ambassade américaine à Téhéran, en 1979, les relations des Ayatollahs avec Pékin se développèrent à mesure qu’elles se dégradèrent avec Washington. ».
Il faut se rendre à l’évidence, dans le chaudron en cours d’explosion du Moyen Orient où se télescopent les revendications territoriales et les haines religieuses exacerbées, pas plus que Washington qui dispose au moins de la puissance dissuasive de son aéronavale, la Chine n’est en situation de jouer les arbitres. Il y a plus. En dépit de son discours, elle n’en a pas l’intention.
Dans la récente séquence des événements, s’il en est un qui rapproche encore plus Pékin de Téhéran, c’est bien l’attaque directe du consulat iranien en Syrie, le 1er avril dernier, qui tua seize personnes dont deux généraux des gardiens de la révolution.
Cause directe du vaste raid nocturne lancé par la République islamique - plus une lourde mise en garde démonstrative à usage interne qu’une opération de représailles opérationnelle - la frappe aérienne israélienne rappelle à Xi Jinping la destruction de l’ambassade de Chine à Belgrade par la CIA le 7 mai 1999, évoquée dans la note de contexte.
Mais les jalons historiques de cette évolution à front renversé où l’ancien allié iranien de l’Amérique est devenu le meilleur appui de la connivence révisionniste sino-russe antiaméricaine se lisent dans les progrès secrets du nucléaire militaire iranien, abrités derrière la quête iranienne d’énergie nucléaire civile.
Les étapes initiales furent la construction d’une usine d’enrichissement à Ispahan à 350 km au sud de Téhéran et la reprise par Pékin à la suite de Moscou de la construction de réacteurs nucléaires dans la zone de Buchehr, le tout faisant partie d’un accord de coopération nucléaire signé en 1990 longtemps resté secret et approfondi en 1992.
Depuis 2015, Pékin et Moscou ont coopéré avec Téhéran pour construire 5 réacteurs nucléaires. Dans article cité plus haut, François Danjou rappelait que pour Henry Sokolski du Centre de formation sur la politique de non-prolifération de Washington, cité par le WSJ en avril 2016, les réacteurs civils « peuvent être de gros producteurs de plutonium de qualité militaire ».
Il ajoutait que « la construction d’une petite usine de retraitement clandestine pour extraire le plutonium est en réalité plus facile que d’installer une usine de centrifugation comme celles déjà opérationnelles à Natanz et à Fordo. »
Toujours selon le WSJ, le risque de prolifération de centrales civiles avait été avéré en octobre 2012, lorsque l’Iran retira à Bushehr, sans prévenir l’AIEA, des barres de combustible contenant jusqu’à 220 kilos de plutonium de qualité militaire, soit suffisamment pour 24 bombes nucléaires de type Nagasaki.

