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La saga olympique chinoise depuis 1952. Sept décennies d’une marche vers l’élite mondiale

Extrême politisation des réseaux sociaux.

Au ping-pong, en finale, Liu Shiwen et Xu Xin ont perdu le double mixte face aux Japonais Jun Mizutani et Mima Ito qui, avec l’arbitre, furent pris pour cible par les réseaux sociaux qui se répandirent en imprécations nationalistes agressive.


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Comme à l’habitude, ces JO n’ont pas manqué d’épisodes ayant attisé la ferveur nationaliste du public chinois. A côté des grandes fiertés mentionnées plus haut, quelques grandes déconvenues.

Dès l’entrée de la compétition, une première déception chinoise fut l’équipe de volley-ball féminine, championne olympique en titre, sévèrement éliminée après trois défaites successives lors des premières rencontres contre la Turquie (0-3), les États-Unis (0-3) et la Russie (2-3).

Lang Ping, la vénérable « coach » de 61 ans était en larmes quand, à l’orientale, les équipières vinrent la saluer en la gratifiant chacune d’un respectueux « Kow Tow » pour lui souhaiter une bonne retraite. L’ancienne championne olympique en 1984 à Los Angeles qui avait mené l’équipe au sommet lors de trois tournois majeurs, dont les coupes du monde de 2015 et 2019 et les JO de Rio en 2016, a tenu à prendre ses responsabilités : « C’est moi qu’il faut blâmer ».

Elle expliqua entre deux sanglots qu’elle n’a pas su réagir quand la blessure au poignet de Zhu Ting, l’attaquante vedette à la frappe de plomb imparable, est apparue comme un handicap pour l’équipe.

Une autre amertume, probablement pire car elle fut une défaite contre l’ennemi héréditaire japonais, première nation autre que la Chine à remporter une médaille d’or au tennis de table depuis 2004. Le 26 juillet, le double mixte japonais Jun Mizutani et Mima Ito mit fin à la récente suprématie chinoise dans la discipline en triomphant par 4 à 3 des Chinois Xu Xin et Liu Shiwen.

En ces temps de nationalisme hystérisé où le Japon s’affiche avec les États-Unis pour dénier à la Chine la souveraineté sur la presque totalité de la mer de Chine du sud, la défaite fut difficile à accepter. La mesure de la déconvenue s’est aussitôt lue sur Weibo, où les messages sur le sujet furent vus par plus d’un million d’internautes en 24 heures.

Si certains considéraient que la défaite pourrait inciter les Chinois à se reprendre, d’autres déversèrent des tombereaux de reproches contre l’équipe japonaise et l’arbitre. Un dommage collatéral de ce déballage de ressentiments antinippons fut l’acteur japonais Yuki Furukawa qui, sur Weibo, s’était signalé en soutien de l’équipe japonaise.

Aussitôt, des milliers d’internautes chinois l’accusèrent de « triompher sans se soucier des sentiments du peuple chinois », ce qui obligea Furukawa à s’excuser.

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Si les féminines du volley et l’équipe mixte du tennis de table restèrent indemnes de la rage nationaliste des internautes, d’autres athlètes moins chanceux ne furent pas épargnés. Lors du premier week-end des jeux, Wang Luyao, 23 ans, fut éliminée de la sélection finale du tir à 10 m. Elle s’excusa publiquement en battant sa coulpe « Quelle honte », accompagnant son message d’un « selfie ».

Aussitôt se déclencha un torrent nationaliste qui l’accusa de désinvolture. On cita un exemple son équipière Yang Qian qui s’était qualifiée et gagna le concours. Mais même elle ne fut pas épargnée malgré sa médaille. Une avalanche de critiques s’est déversée sur elle, pour avoir, il y a un an, posté sur sa page Weibo une photo d’elle chaussée de Nike, qui comme plusieurs autres marques, dont H&M et Adidas, ont appelé au boycott des produits du Xinjiang en raison du harcèlement infligé aux Ouïghour.

Le 25 juillet, le déluge d’insultes commençant à tourner au lynchage, Weibo a fermé le compte de 33 internautes. Le Quotidien du Peuple et quelques autres médias s’en sont mêlés pour faire cesser la pression sur les athlètes.

Mais la plus insolite controverse nationaliste vint de l’ambassadeur de Chine au Sri Lanka qui accusa Reuters d’avoir publié une photographie grimaçante et peu flatteuse de l’haltérophile en plein effort Ho Zhihui 侯志慧, 24 ans, médaille d’or dans la catégorie des 49 kg femmes.

« Parmi toutes les photos des jeux, Reuters a choisi celle-ci qui ne fait que montrer sa veulerie », a écrit l’ambassade. (…) « Vous mélangez la politique et l’idéologie et, sans vergogne, vous osez vous qualifier de média impartial ». Le Quotidien du Peuple qui avait publié une photo similaire, s’est empêché de la supprimer. Tandis que sur Weibo les bataillons nationalistes s’empressèrent de renchérir. « Ils l’ont fait exprès ».

Enfin, l’article ne serait pas complet s’il n’évoquait pas les athlètes taïwanais et hongkongais qui concourraient sous l’étiquette « China Taïwan » et « China Hong Kong ».

Taïwan et Hong Kong.

A gauche, l’haltérophile taiwanaise Kuo Hsing-chun médaille d’or dans la catégorie 59 kg. A droite le Hongkongais Edgar Cheung Ka-long, médaille d’or au fleuret.


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Cette année, écrit Shannon Tiezzi dans « The Diplomat » du 5 août, soit trois jours avant la fin des jeux, les athlètes taïwanais ont, jusqu’à présent, remporté 11 médailles dont des médailles d’or en double badminton masculin et en haltérophilie dans la catégorie 59 kg femmes. Cela place Taïwan à la 18e place du total des médailles. Il s’agit de la meilleure performance de l’île qui, jusqu’à présent, n’avait jamais obtenu plus de 5 médailles. C’était au JO d’Athènes en 2004.

Mais, quand on cherche les résultats officiels, on ne les trouve que sous le nom « China Taipei ». De même, les athlètes taïwanais arborent, comme ce fut cette fois le cas des athlètes russes, l’emblème aux anneaux des JO. Et lorsqu’ils atteignent la plus haute marche du podium, ils n’entendent pas l’hymne national de l’Île, mais l’hymne olympique.

La situation n’est pas sans soulever des controverses et des tensions. En 2018, un référendum avait même eu lieu dans l’Île pour décider d’utiliser ou pas le nom de « Taïwan », sans l’adjonction « China ». Le « Non » l’avait nettement emporté à 52% des suffrages contre 43% au « Oui ».

La vérité oblige à dire que la proposition avançait sur le terrain sensible d’une déclaration d’indépendance. Touchant aux limites de ce que les menaces militaires chinoises pouvaient accepter, elle a été rejetée par une majorité de Taïwanais dont, compte tenu des risques, la pensée politique se réfugie dans l’illusion du statuquo.

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Quant à la R.A.S administrative de Hong Kong, toujours sous le régime politique « d’un pays deux systèmes », sérieusement malmené par la mouvance démocrate dont les plus radicaux, ayant avancé l’idée d’une remise en cause de la rétrocession définitive en 2047, ont été sérieusement réprimés par Pékin, elle avait aligné 47 athlètes dont 27 femmes.

Ces derniers ont obtenu six médailles dont une d’or au fleuret masculin individuel, deux d’argent en natation (200 m et 100 m nage libre féminine) et trois de bronze (karaté femmes, tennis de table par équipe femmes, et cyclisme sur piste).

Au bilan, les jeux ont été les plus réussis de l’histoire de la RAS. L’escrimeur de 24 ans Edgar Cheung Ka-long est entré dans l’histoire en remportant la médaille d’or du fleuret individuel messieurs. Lors de la cérémonie ont été hissés en même temps les drapeaux de Hong Kong et de la RPC. L’hymne joué fut celui de la RPC.

La performance en or de Cheung a été suivie des deux médailles d’argent obtenues par la nageuse Siobhan Haughey au 200 m et 100 nage libre, les 28 et 30 juillet, faisant de la nageuse de 23 ans l’une des athlètes olympiques les plus titrées de la R.A.S.


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