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›› Chronique

La longue saga de la mise au pas de Hong Kong

Un dispositif légal anti-démocratique de resserrement politique.

Le réformes institutionnelles mises en œuvre depuis 2017 ont réduit le concept « Un pays deux systèmes » à un simple argument d’affichage politique sans substance réelle.


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Depuis l’alerte de 2017, Pékin a mis en place de profondes réformes institutionnelles destinées à éviter de nouvelles surprises.

Désormais la législature de la R.A.S, « Legco » au sein de laquelle les 45 condamnés avaient le projet de se donner les meilleures chances d’obtenir par les urnes la majorité par l’organisation d’une primaire, comprend par construction plus de Loyalistes pro-Pékin que des Démocrates.

Seuls 20 sièges sur les 90 membres du Conseil législatif élargi sont ouverts au vote du suffrage universel direct. Parallèlement, un collège électoral pro-Pékin est chargé d’élire 40 autres membres, tandis que le reste des parlementaires est élu par des groupes professionnels dont la plupart sont aussi de tendance pro-Pékin.

Enfin, avant d’autoriser les candidats à se présenter aux suffrages, une commission de contrôle examine leur loyauté patriotique. Ce dispositif d’écrémage idéologique se double d’un durcissement sécuritaire adopté à la volée au printemps dernier.

En mars 2024, le Legco a, en seulement 11 jours, voté à l’unanimité et dans l’urgence sans débat contradictoire, une deuxième loi sur la sécurité nationale, élargie aux actes de trahison, d’espionnage, d’ingérence extérieure et de traitement illégal des secrets d’État.

Pour John Burns, professeur de droit et d’administration publique à l’Université de Hong Kong, Docteur en sciences politiques de l’Université de Berkeley, les réformes ont à la fois réduit l’autonomie de la R.A.S par rapport à Pékin et la participation des citoyens à la politique, à laquelle les Hongkongais pouvaient prétendre dans le cadre des « Deux systèmes ».

Sans surprise à Pékin et à Hong Kong les autorités de l’appareil estiment que l’élimination des trublions de l’opposition systématiquement opposés au pouvoir manifestant dans les rues pour un vaste éventail de causes diverses, dont le droit du travail et la démocratie, a notablement amélioré l’efficacité de l’exécutif.

À la récente suggestion d’un ministre de tolérer la respiration politique des manifestations de rues pour attester de l’esprit inclusif du pouvoir et améliorer la réputation internationale de la R.A.S, le Gouverneur John Lee a répondu en substance que, la tolérance au désordre ne saurait être le signe unique de l’esprit d’inclusion. « Il existe de nombreuses façons d’exprimer une opinion, par exemple à travers des séminaires ».

Après le « tout venant » du procès de masse des 45 mis en scène par la justice de Hong Kong, désormais aux ordres de Pékin, les juges de la R.A.S se sont concentrés sur le cas de Jimmy Lai, 黎智英, 77 ans.

Le symbole sulfureux de Jimmy Lai.

Jimmy Lai devenu le symbole démocratique de la liberté et de la résistance à Pékin, risque la prison à vie (photo AFP & VERNON YUEN).


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Fondateur de la chaîne de magasins d’habillement Giordano et magnat de la presse de la R.A.S, inflexible avocat de la liberté des médias, fervent militant anti-Pékin du mouvement démocrate, l’homme d’affaires devenu un symbole politique est désormais la cible publique la plus emblématique de l’Appareil.

Compte tenu des charges de sédition et de soutien financier et logistique aux émeutes de 2019 qui pèsent sur lui, il risque la prison à vie (lire notre article de mars qui rendait compte de sa comparution devant la Cour de dernier appel de Kowloo-est en mai dernier : A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. »).

Alors que le fondateur en 1995 du média indépendant Apple Daily 苹果 日报, interdit en Chine et désormais fermé dans la R.A.S depuis 2021, plaide non coupable, Jimmy Lai est accusé de deux conspirations.

La première « en vue d’une collusion avec des forces étrangères 與境外勢力勾結 » contrevenant à la loi sur la sécurité nationale 国安法 promulguée par John Lee en 2020 ; La seconde « en vue de publier 發布 des documents séditieux - 煽動文件 », dont, ironie de la situation, la racine date de la colonisation britannique.

En réalité, précise « The Guardian », cité par « Courrier International » les « documents séditieux » et « la collusion avec les forces étrangères » ne renvoient « qu’a ses diverses apparitions dans les médias et sur les réseaux sociaux, ainsi qu’aux plus de 160 articles qu’il a signés en soutien aux manifestations de 2019 où il critiquait souvent le pouvoir à Pékin ».

La Radiotélévision publique (RTHK) devenue la chaîne de propagande du pouvoir central relaye les déclarations Lin Jian, porte-parole à Pékin qui répète l’accusation publique : « Jimmy Lai est à la fois le principal planificateur et le participant du chaos antichinois à Hong Kong, en même temps qu’un agent et un pion des mouvements antichinois. ».

Le commentateur de la chaîne ajoute : « Personne ne peut se livrer à des activités illégales 非法活動 sous la bannière de la liberté 打著自由的旗號 et tenter d’échapper 並試圖逃避 aux sanctions de la justice 正義的製裁. »

A l’audience du 20 novembre Lai a défendu son point de vue. « Nous partons du principe que toute personne à qui l’on donne la liberté de s’exprimer devrait pouvoir faire la promotions les valeurs fondamentales de Hong Kong qui sont l’État de droit, la recherche de la démocratie, de la liberté d’expression, de religion et de réunion. »

Quant aux accusations collusion avec l’étranger, « Courrier International » cite le Quotidien singapourien “L’Union du Matin 聯合早報 – Lianhe zaobao” très lu à Pékin pour rendre compte qu’à l’audience du 20 novembre, Jimmy Lai a nié « avoir tenté d’influencer la politique étrangère des États-Unis et d’autres pays envers la Chine continentale et Hong Kong ».

Lai répondait à une juridiction d’exception composé de trois juges spécialement désignés pour des affaires liées à la sécurité nationale qui le questionnaient sur ses relations avec Donald Trump, son Vice-président Mike Pence et avec la Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen.

Washington et Donald Trump s’en mêlent.

Alors que l’homme d’affaires comparait devant la cour de dernier appel de Kowloon-Ouest, face à un système politico-judiciaire dont l’affichage d’obédience aux droits est contredit par la réalité même de la situation politique (lire A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. »), la situation à Hong Kong percute les tensions sino-américaines.

Au milieu des appels des parlements de l’UE et du Royaume-Uni qui réclament « la libération immédiate de Jimmy Lai », ce dernier, citoyen britannique, détenu depuis trois ans, est devenu une des priorités du Premier Ministre Keir Starmer, inquiet de son état de santé. Washington et Donald Trump ne sont pas en reste.

Alors que le Gouverneur John Lee est depuis 2020 avec plusieurs autres responsables de la RAS et dirigeants Chinois, sous le coup de sanctions américaines pour avoir « détruit les libertés dans la R.A.S », Donald Trump, le président élu, avait, durant la campagne, promis de faire libérer Jimmy Lai. « J’en suis certain, je le ferai sortir » avait-il dit, cité par Courrier International.


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