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ANNEXE.
La défiance du régime chinois aux religions.
Le Mouvement patriotique des trois autonomies (MPTA), en Chinois 三自爱国运动 ; Sanzì Aiguo Yundong) est depuis 1954 l’organisation gouvernementale de la RPC en langage courant « Association des Trois-Religions autonomes (en chinois : 三自教会 ; en pinyin : Sanzi Jiaohui) » chargé d’encadrer les religions étrangères et d’abord occidentales.
L’ambiguïté de la désignation qui englobe les religions non asiatiques cache en réalité la volonté inflexible de l’appareil de tenir à distance toute ingérence d’une autorité non asiatique étrangère, même spirituelle, notamment celle du Vatican.
En 1954, les adhérents au MPTA signèrent une déclaration commune dite « Unie 统 一 Tong Yi - ». Un siècle après les humiliations des guerres de l’opium et des « traités inégaux », elle révélait l’intraitable souci de souveraineté du Parti, y compris dans le domaine spirituel.
La déclaration appelait les églises chrétiennes à « refuser complètement, 彻底断绝 de manière permanente et totale 永久全面 toutes les relations 一切 关系. avec les missions américaines et toutes les autres structures 与美国及其他所有传教机构的, réalisant ainsi 实现 l’autonomie, 自治 l’autosuffisance 自足 et l’autopromotion 自我提升 de l’église chinoise 中国教会. »
Par la suite, le souverainisme suspicieux et implacable de l’appareil s’est également attaqué au Bouddhisme Lamaïque.
En mars 1959, réagissant avec brutalité à une insurrection armée qui durait depuis 1956, la volonté de contrôle souverain inflexible de l’athéisme dogmatique de l’appareil s’est étendue au Tibet cœur du Bouddhisme lamaïque. Elle força Tenzin Gyatso, le 14e Dalai Lama, alors âgé de 24 ans, à fuir la Chine vers Dharamsala, au nord de l’Inde, sur les contreforts de l’Himalaya, où il se trouve toujours.
La volonté de contrôle politique du Tibet n’était pas nouvelle. En 1720, Kangxi, 康熙, le 4e empereur de la dynastie mandchoue des Qing 清, envoya une armée à Lhassa qui, dans les faits, transforma le Tibet en protectorat. Déjà le Dalai Lama s’était réfugié en Inde.
Le régime de Pékin est d’autant plus sensible à la question tibétaine que, durant le « siècle des humiliations » (1839-1949) de surcroît percuté par la révolution chinoise de 1911, le 13e Dalai Lama, Thubten Gyatso, avait, en 1913, proclamé l’indépendance du Tibet.
Dans l’imaginaire chinois, l’indépendance renvoyait à l’apogée de l’Empire Tibétain, traitant d’égal à égal avec la Chine des Tang, et dont, à la fin du huitième siècle, le territoire s’étendait de l’Afghanistan actuel au Bangladesh, au Bhoutan, à la Birmanie, à l’Inde, au Népal, au Pakistan et à la majeure partie de l’Asie Centrale.
Tirant profit de l’affaiblissement des Tang déstabilisés par la révolte d’An Lushan en 751, l’Empire Tibétain occupa même – il est vrai pour seulement quelques jours - Xi’an la capitale des Tang.
