›› Chronique
Le 3 décembre 2014, les dirigeants du mouvement « Occupy Central » et leurs supporters déclarent se rendre à la police. De gauche à droite le cardinal de Hong Kong Joseph Zen, Chu Yiu-ming, le pasteur baptiste de Hong Kong qui avait joué un rôle crucial dans l’exfiltration des dissidents de Tian An Men recherchés par la police chinoise, et les fondateurs : Chan Kin-man, Docteur en Philosophie, professeur en sciences sociales à l’université de Hong Kong et Benny Tai, professeur de droit.
Pékin entend rester maître du jeu…
Sur la question de Hong Kong, Pékin s’en tient à la lettre de la Loi Fondamentale (Basic Law) qui régit la R.A.S et ses relations avec le Continent. Elle autorise toutes les interprétations, des plus restrictives aux plus ouvertes. Dans sa Section 1, Art 45, elle stipule notamment que « le gouverneur (Chief Executive), choisi au moyen d’élections ou à la suite de consultations locales, est nommé par le Gouvernement Central ». (…) « La méthode de sélection du gouverneur sera arrêtée à la lumière de la situation réelle de la R.A.S et selon un processus qui garantira une évolution graduelle et ordonnée. »
A chaque fois que la question s’est posée de l’élection du gouverneur au suffrage universel (en 2002, 2007, 2012 et aujourd’hui en vue de 2017), l’Assemblée Nationale Populaire chinoise s’est appuyée sur la condition d’une « évolution graduelle et ordonnée », soit pour reporter l’adoption d’un scrutin populaire, soit pour en limiter la mise en œuvre, comme elle vient de le faire le 1er septembre 2014. Lire aussi Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».
La suite de ce bras de fer dont on voit bien que les implications sont complexes n’est pas encore écrite. La détermination chinoise, confortée par la mouvance des affaires, attachée à la réputation de stabilité ordonnée de la R.A.S, appuyée par un des plus solides droits des affaires de l’Asie, héritier de la règle britannique, se heurte à une conscience politique rebelle diffuse et parfois désordonnée, convaincue que la spécificité politique de Hong Kong définie par le schéma « Un pays deux systèmes » est menacée.
Dans cette mouvance se mêlent d’une part une authentique conviction démocratique inquiète des tendances du Parti Communiste chinois à réduire progressivement les libertés publiques et d’autre part l’impétuosité dangereuse de la jeunesse étudiante, tentée par les actions extrêmes, condamnée par les plus anciens, comme la grève de la faim ou l’occupation violente des bâtiments publics.
La reddition des « têtes » du mouvement « Occupy Central » a pris acte des risques d’un dérapage violent à la fois dommageable pour la crédibilité de son action de désobéissance civile qui s’était toujours voulue pacifique et pour la réputation de centres d’affaires de la R.AS. « J’espère que le public comprendra le sens de notre reddition » a expliqué Benny Tai, le fondateur, qui appelait à la fin de l’action, alors que la police avait entrepris de dégager le dernier carré de Central, après les échauffourées de la semaine dernière dans le quartier de Mong Kok et que 24 personnes âgées de 33 à 82 ans ont été arrêtées pour « avoir participé à des rassemblements non autorisés ». Il est probable que d’autres arrestations suivront.
Face à une opinion partagée…
Il reste que le fond des choses lié à l’interprétation de la formule « Un pays deux systèmes » n’est pas réglé. S’il est vrai que les manifestants regroupés pendant plusieurs mois autour de l’idée de démocratie dans l’ancienne colonie, ne s’accordent pas sur la stratégie à suivre, il n’en reste pas moins que les sondages d’opinion révèlent un malaise que le Parti Communiste ne peut pas prendre le risque d’ignorer. Les manifestants étaient composés de groupes divers allant de lycéens à une frange de population plus mature, en passant par nombre d’étudiants d’université et de professeurs.
Irrités par l’évolution très inégalitaire de la société, dominée par les grands hommes d’affaires, les manifestants craignaient tous l’influence grandissante de la Chine dans les affaires de Honk Kong, qui leur paraît une contradiction avec le principe même de l’autonomie de la R.A.S.
Les aigreurs se cristallisent autour de la revendication d’un suffrage universel authentique débarrassé du filtre de Pékin pour éviter qu’à la prochaine élection le gouverneur soit à l’instar de C.Y. Leung, considéré par beaucoup comme inféodé aux affaires et trop proche du Parti Communiste. Les derniers sondages réalisés en septembre montrent une population partagée et inquiète de troubles potentiels : 46% des sondés ne soutenaient pas le mouvement, tandis que 31% se sont prononcés en sa faveur. Mais ici se creuse un écart entre générations : dans la frange des moins de 24 ans, 47% soutiennent le mouvement, tandis que les supporters sont seulement 24% dans la fourchette des 40 à 59 ans.
Pour autant, plus de 47% craignent pour l’avenir de Hong Kong, tandis que plus de 56% disent, toutes générations confondues, ne plus avoir confiance dans le schéma « Un pays deux systèmes », constatant que depuis l’avènement du nouveau gouvernement en mars 2013, la pression contre les libertés publiques en Chine s’est accentuée, tandis que les peines de prison contre les voix dissidentes se sont alourdies.
La prochaine échéance sera le vote d’approbation ou non – décidé au 2/3 des voix - par le Conseil législatif de la réforme électorale proposée par Pékin le 1er septembre dernier. Un sondage du South China Morning Post révèle que 48% des personnes interrogées pensent que les députés devraient s’opposer à la réforme, alors que 39% suggèrent de l’approuver. 13% ne se sont pas prononcés.
