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Davos 2026. Un craquement stratégique et le double visage de la Chine

Les deux visages de la Chine.

A Gauche He Lifeng, lors de son discours d’apaisement à Davos, le 20 janvier. A droite la cérémonie lors mise à l’eau du Porte-avions Shandong à Dalian le 27 avril 2017. Premier PA entièrement construit en Chine, le Shandong, équipé d’une rampe de lancement comme le Liaoning construit à partir de l’épave du Varyag acheté à l’Ukraine en 2000 est le symbole des prémisses de la formidable montée en puissance de la marine chinoise.

Un quart de siècle plus tard, elles est, avec 370 navires, devenue la première force navale de la planète, avec 3 porte-avions dont le 3e, baptisé Fujian, est équipé de catapultes électromagnétiques, 40 destroyers modernes, huit croiseurs lourds de 10 000 tonnes sur les 16 planifiés (ire : Chassé-croisé de navires de guerre dans la zone « Indo-Pacifique » & La marine chinoise lance deux destroyers géants).

Avec un rythme de construction supérieur à l’US Navy, la marine chinoise vise la parité opérationnelle dans la zone Indopacifique d’ici 2030. D’ores et déjà elle est un outil de pression stratégique majeur dans sa revendication de souveraineté en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan.


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Le 20 janvier à Davos, en l’absence de Xi Jinping, c’est le Vice-premier ministre He Lifeng qui s’est exprimé au nom de Pékin.

Membre du bureau politique en charge de superviser l’économie, il est un des plus proches amis du nº1 chinois depuis leurs responsabilités communes à Xiamen au milieu des années quatre-vingt. Xi Jinping comme vice-maire nommé en 1985 et He, comme responsable des finances de la ville.

En 1987, il avait le témoin au remariage du futur nº1 avec la chanteuse vedette de l’APL Peng Liyuan 彭丽媛, bénéficiant du grade de Général, nommée en 2011 ambassadrice de l’OMS pour le sida et la tuberculose et, en 2014, envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes.

Sans surprise He a, rappelant le discours du président Xi Jinping au Forum de janvier 2017, répété la ligne édifiante de l’appareil selon laquelle la Chine serait à la fois une force stabilisatrice 稳定力 dans un monde de plus en plus incertain 日益不确定的世界 et le défenseur 维护 du libre-échange 自由贸易, du multilatéralisme 多边主义 et de la mondialisation 全球 化, face à la montée du protectionnisme 保护 主义.

Depuis 2017, Xi Jinping a même proposé, a rappelé He Lifeng quatre initiatives de portée globale 全球倡议 de développement 发展, de sécurité 安全, de gouvernance mondiale 全球治理 et de civilisation 文化) apportant dit-il des solutions chinoises aux problèmes collectifs auxquels le monde est confronté. 中国提出的解决世界共同面临问题的方案.

Le hiatus est cependant que la promesse ne correspond pas tout à fait à la réalité. Depuis son entrée dans l’OMC en 2001, où elle avait été admise après 15 ans de négociations, sans en remplir complètement les conditions de liberté des échanges, tandis qu’aujourd’hui subsistent encore des subvention massives du capitalisme d’État et de fortes controverses autour du droit de propriété, la position de la Chine est ambiguë.

(Au sujet du déficit de confiance inspiré par le paysage des affaires en Chine, où s’est développé un nationalisme exacerbé, lire nos articles « La société chinoise est une société de basse confiance. » & Orage nationaliste sur les réseaux sociaux).

Alors qu’elle a multiplié les accords commerciaux dont 23 ont été signés en 2025, notamment avec l’ASEAN qui complètent ceux du « Regional Comprehensive Economic Partnership – RCEP - de 2020 (lire : En l’absence de l’Inde, la Chine unique poids lourd du Partenariat Économique Régional), la Chine continue à pratiquer un protectionnisme ciblé.

Elle interdit notamment totalement les investissements étrangers dans les secteurs de la recherche scientifique sensible, de la sécurité et des services Internet, ainsi que dans ceux de l’information et des médias, y compris l’édition, les journaux, la radio la télévision TV et la production cinématographique.

Dans d’autres domaines – télécoms, transports, santé, services sociaux et éducation, à côté des zones franches permanentes ou temporaires (Shanghai, Hainan, Canton, Tianjin, Fujian) – , elle bloque les investissements étrangers majoritaires et leur impose des « JV ou Co-entreprises », dans un contexte où, malgré la loi de 2020, interdisant les transferts de technologies forcés, l’obligation tacite du « partage de savoir-faire » perpétue la pratique d’un chantage pour l’accès au marché chinois.

Récemment de nouvelles restrictions appliquées aux étrangers ont été rajoutées touchant la production industrielle des drones, la fabrication et la vente en ligne des cigarettes électroniques et des médicaments.

Enfin, en haussant l’analyse d’un étage on perçoit qu’au plan stratégique, la trajectoire de la Chine est à l’exact opposé du discours de He Lifeng à Davos, le 20 janvier dernier. La marche de la Chine n’est pas articulée a la coopération internationale ouverte, mais vers le maximum d’autosuffisance nationale destinée à réduire sa dépendance aux hautes technologies et aux ressources étrangères.

Ayant atteint un niveau crucial d’importance stratégique du fait des tensions géopolitiques en cours, les principaux axes d’effort chinois vers l’autonomie sont l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’énergie, et la fabrication de produits haut-de-gamme en partie destinés à l’export où subventionnés par l’appareil central ou les pouvoir locaux, leurs avantages de prix sont imbattables.

Quand, au-delà des discours officiels, on interroge les responsables chinois sur le hiatus entre le discours de coopération « gagnant-gagnant » et son nationalisme auto-suffisant, tous répondent que, comme dans le cas de sa décision de construire une station spatiale indépendante à l’écart de l’ISS, Pékin ne fait que réagir aux ostracismes infligés à la Chine par les États-Unis. Ce qui n’est pas tout à fait faux.

Enfin, le dernier domaine où les actions de la Chine contredisent de manière flagrante son discours de coopération pacifique universelle sont les théâtres de la mer de Chine du sud et du détroit de Taïwan.

Une rigidité impériale sans nuance.

L’obsession impériale en mer de Chine du sud méprisant le droit de la mer, et le projet dogmatique et sans nuances de réintégrer Taiwan au sein de la Chine continentale contre la volonté de la majorité des Taiwanais émancipés ont enfermé Pékin dans un dangereux piège stratégique. Articulé à la rivalité dogmatique avec l’Occident démocratique, il a poussé la Chine à se rapprocher de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, dans un mouvement à l’exact opposé des principes de prudence stratégique réfutant les alliances, prônés par Deng Xiaoping, il y a plus 36 ans, au lendemain des raidissements meurtriers du Parti le 4 juin 1989 sur la place Tian Anmen.


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Vers l’Île de Taïwan, sans considération pour l’opinion et les scrutins électoraux qui, pour Pékin, sont un « trou noir » politique, la Chine de Xi Jinping, considérant que la réunification est le seul destin possible des Taïwanais, a récemment augmenté ses harcèlements militaires.

Organisant régulièrement des exercices aéronavals d’envergure dans le Détroit, son intention, à mille lieues des promesses d’apaisement, est de simuler un blocus de l’Île pour la contraindre à abandonner progressivement le statuquo et se résoudre à se placer sous la souveraineté de Pékin.

En mer de Chine, Pékin agit par une stratégie de contrôle progressif pour, en violation du droit de la mer, affirmer sa souveraineté sur 80% de ce vaste théâtre maritime 1,4 fois plus vaste que la Méditerranée (3,5 contre 2,5 millions de km2).

Au total la fuite en avant impériale peut être analysée de deux manières non exclusives l’une de l’autre.

Se réclamant du passé y compris de la vision de Tchang Kai-chek qui, en 1947 avait publié la « Ligne en 11 traits » (aujourd’hui réduite à huit) revendiquant la souveraineté sur toute la mer de Chine et en même temps de l’Empire Qing (1644-1911) qui s’était rendu maître de Taiwan en 1683, elle entretient à contretemps de la marche du monde, des tensions avec tous les riverains du Pacifique, contredisant le discours d’apaisement de l’appareil à Davos.

En même temps, la contradiction pourrait signaler une fragilité doctrinale de Xi Jinping.

Ayant lui-même articulé son discours sur la montée en puissance de la Chine 中国崛起, en réaction hostile aux humiliations subies par les Qing au XIXe siècle, le nº1 chinois a radicalement tourné le dos aux conseils de prudence internationale de Deng Xiaoping, 韬光养晦 - cachez vos éclats et cultivez l’ombre – qui préconisait la modestie stratégique.

Aujourd’hui, alors que contrairement à l’opportunisme pragmatique de Deng Xiaoping qui se méfiait des alliances, il s’est ostensiblement rapproché de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, le voilà pris au piège d’une posture internationale dangereusement agressive et sans marge de manœuvre dont il aura du mal à se défaire vis-à-vis de l’opinion publique chinoise dont il a lui-même enflammé le nationalisme.


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