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›› Société

Au Yunnan, la « rénovation » des mosquées met les « Hui » en émoi

Après une tentative avortée, la « rénovation  » n’est pas abandonnée.

Le 27 mai, à Najiaying, après la première prière du matin, les fidèles virent avec colère des grues et des bulldozers pénétrer dans la cour de leur mosquée séculaire. Les engins étaient accompagnés de plusieurs centaines de policiers anti-émeutes équipés de casques et de boucliers qui bloquèrent l’entrée de la cour. Une unité de l’APL avait pris position à distance.

Prenant conscience qu’une opération de « rénovation  » destinée à supprimer le dôme et les quatre minarets allait commencer, la population se rassembla face à l’entrée. Mais après quelques incidents, les fonctionnaires effrayés par la réaction populaire et se souvenant de l’injonction d’éviter les troubles, décidèrent de démonter le dispositif. En fond de tableau, impossible de nier que la mémoire du massacre de Shadian, il y a près de 50 ans, pèse encore sur les esprits et les cœurs.

Selon un habitant de Shadian, les autorités provinciales ont d’abord tenté de convaincre les fidèles du bien-fondé de la démarche. Mais la bienveillance n’a pas duré. Assez vite les explications ont fait place à la menace.

Une épouse raconte qu’à l’école communale une réunion s’est terminée par une injonction aux participants à signer une lettre de soutien au projet, sous peine d’une amputation de leurs salaires. Même les entrepreneurs locaux ont été menacés d’un « redressement fiscal » s’ils ne signaient pas une lettre d’approbation préparée par la bureaucratie.

Fin mars, au début du ramadan une équipe de fonctionnaires venue de Kunming a fait du porte-à-porte pour diffuser la bonne parole idéologique. Le but : montrer aux familles une esquisse du nouveau style de la mosquée. Les minarets étaient remplacés par d’étroites pagode de sept étages. Au fond de la salle de prières principale trônait un énorme stupa chinois.

Le malaise est général. Les équipes locales expliquèrent que l’ordre venant d’en haut, elles n’avaient pas le choix. Mais chacun comprenait que les décisions étant déjà prises, les propositions de négociations n’étaient qu’une posture.

Voilà plusieurs années que la volonté de Xi Jinping de siniser les mosquées et l’Islam est à l’œuvre. En 2016, il présida une réunion dans laquelle il avait souligné que les religions devaient s’adapter à la culture chinoise. Certains témoins affirment même qu’il aurait même suggéré de modifier le texte du Coran pour le conformer aux « valeurs fondamentales du socialisme  ». Mais pour l’instant, la proposition qui avait suscité quelques haut-le-cœur chez les spécialistes chinois de l’islam, est restée sans suite.

En revanche, au Xinjiang où, veillant au risque séparatiste, la sécurité d’État s’en mêle, la mise au pas policière de la religion est en cours. Lire : Contrôle des religions. Islam en Chine et troubles au Xinjiang.

Au Yunnan, dans cette région du sud de Kunming aux frontières de la Birmanie, du Laos et du Vietnam, dont chacun connaît la sensibilité religieuse historique, les deux mosquées de Shadian et de Najiaying sont parmi les dernières dont l’architecture de style arabe avait été approuvée par le Parti sous l’égide de Deng Xiaoping.

Les deux édifices inscrits au patrimoine national des monuments culturels à protéger, auprès desquels fonctionnent des écoles coraniques, symboles du multiculturalisme chinois inscrit dans la constitution, tiennent une place importante dans l’esprit des fidèles qui se souviennent des victimes du massacre de Shadian comme des martyrs musulmans.

Entre hésitations et projet de « sinisation », le Parti ira de l’avant.

A l’évidence l’appareil hésite. Jusqu’à présent, les comités de gestion des deux mosquées ont été informés que leurs structures ne seraient pas modifiées tant qu’une majorité de résidents n’aura pas approuvé les travaux. Pour l’instant l’adhésion n’est pas au rendez-vous. Lors de la démonstration de force avortée du 27 mai, certains dans la foule amassée devant l’entrée de la mosquée ont crié « Allah Ou Akbar ». Des femmes dont certaines étaient voilées, avaient poussé des « youyou ».

Mais l’appareil n’a pas abandonné son projet. Le lendemain des rassemblements ponctués de quelques heurts avec la police, le bureau de la sécurité de Najiaying publiait une note de mise en garde enjoignant aux manifestants « ayant troublé l’ordre public » de se rendre à la police. Elle rappelait qu’aucun trouble social serait désormais toléré, tandis que d’incessantes patrouilles de police parcouraient les rues de Shadian.

Alors que les travaux de « rénovation » ont été reportés à la fin du mois de juin, après la fête du mouton - « Aïd el Kebir » ou « Aïd Al Adha » - la stratégie d’étouffement politique de la contestation est probable. Pour intimider l’opinion, quelques personnes désignées comme « meneurs responsables  » seront arrêtées.

Après quoi - scénario idéal - les équipes provinciales et locales feront du porte-à-porte idéologique pour identifier quelques soutiens. Mis en exergue par la propagande, ces derniers seront utilisés pour rallier les hésitants. Une fois les rangs des soutiens au gouvernement suffisamment étoffés, le parti organisera un vaste rassemblement d’approbation de la population qui, comme à l’ANP et lors des Congrès du Parti votera la « rénovation » par acclamation, à main levée.

Toujours dans l’hypothèse selon laquelle le parti réussirait par la crainte à imposer le respect de l’ordre public, les éventuels opposants auront été arrêtés ou tenus à distance par des barrages de police.


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