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›› Editorial

« Adoucir l’image internationale de la Chine ». Les intellectuels à la manœuvre

Réactivation des grands projets.

Le réveil chinois, dit Dan Wang a décuplé l’efficacité des anciens grands projets de développement technologique pour partie englués dans la bureaucratie dont les premiers datent du « Plan à moyen et long terme pour les sciences et technologies 国家中长期科学和技术发展规划 (2006—2020年) qui définissait 16 mégaprojets dotés de 5 Milliards de $, sans cependant permettre des percées décisives.

En 2010, une autre planification centrale ciblait les nouvelles technologies du numérique, des énergies vertes et des véhicules hybrides très fortement subventionnées et identifiées par les planificateurs comme les nouveaux moteurs de la croissance.

Mais la pièce maîtresse de la planification toujours en cours qui croise le réveil chinois, fut la publication en 2015 du Plan « Made in China 2025 - 中国制造 2025 ». Ce premier document vraiment opérationnel fixait une liste impressionnante de détails pour dix secteurs industriels et de hautes technologies dans lesquels les entreprises chinoises devraient faire des percées pour être autosuffisantes.

Pour les microprocesseurs, le plan avait fixé à 60% du marché national, le volume de production à atteindre en 2030 en maîtrisant les techniques de pointe de lithographie ultraviolette. 2030, était également l’année butoir pour produire de manière autonome les unités centrales de traitement multicœurs pour les serveurs informatiques.

Le Parti fait l’hypothèse que cette planification centrale et verticale pourrait avoir la même efficacité innovante que le foisonnement des initiatives de la Silicon Valley et des grandes universités, américaines dont les responsables eux-mêmes, alertés par le branle-bas chinois commencent cependant à juger qu’elles sont à la fois trop éclatées et pas assez subventionnées.

Une ambition globale attisée par les pressions américaines.

A ce stade l’ambition du pouvoir chinois est non seulement de rattraper le retard technologique mais aussi de dominer les industries du futur. A cet effet, aiguillonné par le nationalisme de Xi Jinping, le pouvoir montre qu’il est désormais prêt à investir des sommes considérables pour y parvenir.

La conclusion de l’article qui reconnaît la lourdeur sclérosée de la plupart des entreprises d’État et les retards dans des secteurs industriels majeurs, comme les moteurs d’avion ou les microprocesseurs, est une mise en garde adressée à l’exécutif américain visant à le persuader qu’au-delà d’une certaine limite les pressions provoqueront en Chine un sursaut d’indépendance technologique.

Dommage dit Dan Wang, car la plupart des entreprises chinoises auraient souhaité rester dans l’ancien schéma de commercialisation lucrative de technologies mises au point aux États-Unis. « Beaucoup d’entre elles qui auraient préféré ne pas avoir à réinventer techniques et savoir-faire, ni à trouver de nouveaux fournisseurs, s’en seraient probablement tenues aux technologies américaines si elles en avaient eu l’occasion. »

CQFD écrit l’auteur : « Les États-Unis devraient donc annuler leurs restrictions les plus punitives dans le secteur technologique chinois » (…). Il ajoute que si les pressions étaient maintenues, « elles obligeraient certaines des entreprises chinoises parmi les plus innovantes au monde à travailler au sein de leur écosystème technologique national. » (…) Et, résumant son idée maîtresse, « L’enjeu étant le futur centre mondial de l’innovation technologique, Washington devrait prendre garde à ne pas réveiller son plus grand concurrent. »

Le découplage va t-il s’enkyster ?

Mais le mal est peut-être déjà fait. Aux sanctions américaines, Pékin pourrait en effet ajouter ses propres blocages, accentuant les découplages en cours. Le 2 août, une dépêche de Reuters révélait que le 14 mai dernier, les ministères des finances et de l’industrie avaient publié une directive commune baptisée « 551 ».

Le document, pour l’instant toujours dans les tiroirs de l’administration, exige notamment que des centaines d’équipements hospitaliers de haute technologie comme les appareils à Rayons-X et ceux mettant en œuvre l’imagerie à résonance électromagnétique réduisent leurs composants étrangers d’une proportion allant de 30 à 100%.

Pour Washington, la manœuvre politique de représailles – pour l’instant encore dans les limbes - vise les fournisseurs américains qui exportent beaucoup en Chine. Si elle était mise en œuvre, la décision qui menace aussi la modernisation des hôpitaux chinois, contreviendrait aux règles de l’OMC et violerait la première phase de l’accord commercial sino-américain signé en janvier 2020, spéculant que la Chine devrait augmenter ses importations de technologies sensibles.

C’était en tous cas le sens du commentaire officiel de Pékin qui précisait que l’accord était « entièrement en phase avec la volonté du pouvoir d’améliorer la qualité de la modernisation. »

Lire : Chine – États-Unis. Mise en scène d’un armistice commercial. Le diable est dans les détails

Enfin, un retour en arrière sur la situation de certains équipements sensibles comme les microprocesseurs laisse entrevoir que l’optimisme de Dan Wang escomptant une capacité chinoise à remplacer facilement les technologies importées pourrait être surfait ou exagérément optimiste.

Lire :
- Compétitions, libre marché, transferts de technologies et sécurité nationale. La psychose sino-américaine des microprocesseurs
- L’impitoyable guerre des microprocesseurs. (Suite)
- Les efforts « techno-nationalistes » de Pékin

Lire aussi ce bilan comparatif établi par QC, datant d’il y a une année : Point sur la compétition technologique Chine – Etats-Unis


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