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›› Editorial

« Adoucir l’image internationale de la Chine ». Les intellectuels à la manœuvre

Yan Xuetong, stratège de l’apaisement au nom d’un ordre westphalien.

Le deuxième intellectuel connu des cercles stratégiques occidentaux, s’étant embarqué dans l’entreprise suggérée à l’appareil le 31 mai dernier par Xi Jinping de restaurer l’image de la Chine est Yuan Xuetong.

Très exhaustif, embrassant tous les termes de la rivalité sino-américaine, qu’ils soient technologiques, idéologiques ou stratégiques, son article vise à dénoncer les risques d’une nouvelle guerre froide. L’intention est aussi de promouvoir une saine compétition dans le respect mutuel et la non-ingérence.

Selon lui, la trajectoire de rupture est uniquement l’œuvre de Washington qui tente de rallier dans son sillage une vaste alliance anti-chinoise, quand bien même existent des domaines de coopération possibles, comme le climat, la cyber sécurité ou l’espace, tandis qu’en Occident, notamment en Europe de l’Est, des pays continuent à cultiver des relations amicales avec la Chine.

Il faut se rendre à l’évidence, dit-il « Pékin juge que son ascension au statut de grande puissance lui donne droit à un rôle nouveau dans les affaires du Monde, inconciliable avec la domination incontestée des États-Unis. » (…).

Dans ce contexte, où les dirigeants Chinois estiment qu’après avoir émergé des humiliations en 1949, la Chine devenue riche est engagée sur la voie du retour de puissance, les tentatives de Biden d’isoler diplomatiquement la Chine leur apparaissent comme une sérieuse menace. Pour rendre le pays moins vulnérable à l’agression et à la pression des États-Unis, tous travaillent sur plusieurs fronts. » Comme l’écrit Dan Wang, parmi eux, l’indépendance technologique est une priorité cardinale.

Mais, pour être fidèle à la mission d’apaisement donnée aux intellectuels, il tempère aussitôt son appréciation « La confiance retrouvée ne signifie pas que Pékin défiera Washington dans tous les domaines. » (…)

« S’il est vrai que dans le monde post-pandémique, la direction chinoise fera entendre sa voix avec une plus grande détermination qu’auparavant et repoussera avec force toute tentative de la contenir », il n’est reste pas moins qu’elle « limitera la concurrence aux domaines dans lesquels elle estime avoir un avantage, tels que la lutte contre le COVID-19, la réduction de la pauvreté, le commerce, les infrastructures et le développement internationaux, le paiement numérique, les systèmes et les technologies liées à la 5G, entre autres. »

De plus, « en tant que grande puissance, elle ne suivra pas l’exemple des États-Unis qui tentent d’exporter leur modèle ». Pour autant, « si les États-Unis continuent à croire que leur modèle est “universel“, des heurts sont inévitables. » (…)

Contrastes idéologiques, souverainisme et intransigeances stratégiques.

« Les États-Unis définissent la démocratie et la liberté en termes de politique électorale et d’expression individuelle, par exemple, alors que la Chine les définit en termes de sécurité sociale et de développement économique. Washington devra accepter ces divergences d’opinion plutôt que d’essayer d’imposer ses propres vues aux autres. »

Mais, ajoute-t-il, pour atténuer encore la menace chinoise, « en tant que pays en développement, la Chine n’a toujours pas les moyens d’un véritable leadership global, en particulier dans le domaine militaire. »

Puis, abordant les points durs des frictions avec les pays démocratiques, principaux facteurs des ralliements anti-chinois que sont les revendications de Pékin en mer de Chine du sud et l’exigence de réunification à tous prix avec Taïwan, Yan s’engage sur le terrain de la contradiction entre la réalité et le discours.

Tout en modernisant son armée à hauteur d’une force militaire de classe mondiale prête à s’engager militairement, qu’il s’agisse des techniques de combat individuelles, des cyber-capacités ou des systèmes d’armes basés sur l’intelligence artificielle, le Parti dit-il « limitera ses missions à la défense et à la dissuasion. »

Il ajoute que « trois fois moins bien dotée budgétairement que l’armée des États-Unis, l’armée chinoise qui n’a pas été impliquée dans un conflit ouvert depuis depuis 1979, manque d’expérience ». (…)

« En conséquence, Pékin continuera à se méfier des confrontations armées directes et continuera de rejeter les alliances militaires, qui pourraient l’entraîner dans une guerre inutile. Pour la même raison, la Chine prend soin de ne pas laisser les conflits territoriaux en mer de Chine méridionale et à la frontière sino-indienne dégénérer en affrontements. »

Contradictions et points durs.

L’affirmation qui se veut apaisante tourne le dos aux faits. Ils virent récemment les armées chinoise et indienne en venir mortellement aux mains dans l’Himalaya (lire : Chine - Inde, l’improbable réconciliation), tandis que par le truchement de ses flottes de chalutiers, appuyées à distance par sa marine de guerre, Pékin harcèle plusieurs pays riverains de la mer de Chine du sud (lire : En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise).

Compte tenu de l’inflexible volonté réunificatrice du Parti, l’apaisement sur la question de Taïwan est encore plus difficile. Comme toute la classe politique chinoise unanime, Yan Xuetong rappelle que l’Île est placée sans nuance sous la menace d’une agression militaire au cas où elle se déclarerait indépendante.

Il ajoute une mise en garde à l’intention des autres acteurs internationaux « Plus les autres pays soutiendront les politiques sécessionnistes de Taïwan, plus l’APL effectuera des exercices militaires pour dissuader Taïwan. En attendant, dit-il, « Pékin espère parvenir à un accord tacite avec Washington selon lequel le maintien de la paix dans le détroit de Taïwan est un intérêt commun. »

Rien n’est moins sûr puisque le 4 août Washington a approuvé 750 millions de ventes d’armes à l’Île. La livraison qui doit encore obtenir l’aval du Congrès, comprendra 40 automoteurs d’artillerie M.109 et 1700 dispositifs techniques permettant de convertir des munitions d’artillerie classiques en projectiles guidés par GPS.

Surtout, la livraison à venir honorera le projet de l’administration Trump proposé au Congrès en octobre 2020, de fournir à l’Île plus d’un milliard de $ d’équipements sensibles dont une version améliorée Drones « predator », des lance-roquettes M/142, des torpilles sous-marines lourdes autoguidées MK-48.M6 et trois catégories de missiles de croisière, sol-sol, anti-navires et anti-aériens.

Alors que le ministère chinois des Affaires étrangères déclarait le 5 août que Pékin prendrait des contre-mesures « en fonction de l’évolution de la situation », dont il est probable qu’elles seront comme en 2020 des sanctions aux fabricants d’armes américains, Boeing Co., Lockheed Martin Corp. et Raytheon Technologies Corp, la présidence à Taipei a remercié Washington.

Agitant un chiffon rouge sous le nez de Pékin qui s’offusque quant la question échappe au face à face dans le Détroit, il promettait que « Taïwan continuera à approfondir sa coopération avec les États-Unis et d’autres pays aux vues similaires ».


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