›› Politique intérieure
Rigidité souverainiste inflexible
Le 2 août dernier, Chris Buckley, ancien élève de l’Université du peuple à Pékin, en charge pour le New-York Times d’observer la politique intérieure chinoise, ainsi que les questions sociales et religieuses, y compris au Xinjiang, passait en revue la pensée des jeunes nationalistes ayant influencé le durcissement de Pékin à Hong Kong.
Une des figures les plus en vue de cette intransigeance est Tian Feilong, 37 ans. Juriste et professeur de droit à l’Université Beihang à Pékin, il dit avoir été alerté par les blocages civiques du mouvement « Occupy Central » en 2014. Lire : Hong Kong : « Occupy Central » s’étiole, tandis que resurgit le contentieux sino-britannique.
En même temps, profondément choqué par la violence verbale et physique dont étaient victimes à Hong Kong, les Chinois du Continent, il constata que la tendance s’aggravait avant d’exploser en 2019.
Estimant qu’il s’agissait là d’une évolution dangereuse sur la route de la rétrocession, portant le risque que l’arrangement « Un pays deux systèmes » dérape hors de sa trajectoire normale du retour de la R.A.S à la Chine, Tian rejoignit un groupe de jeunes intellectuels opposés aux idées occidentales en vogue dans les universités chinoises pour embrasser sans équivoque la vision autocrate de Xi Jinping.
Six années après « Occupy Central », observant les violents tumultes dilatés en batailles rangées provoqués par le projet d’’extradition, il s’est affirmé comme un des plus inflexibles partisans de la loi sur la sécurité nationale.
Nationalisme anti-occidental et risque de contagion.
Sa profession de foi politique se nourrit à la fois d’un féroce nationalisme et du sentiment qu’à Hong Kong, la Chine a une revanche à prendre sur l’Occident qui l’avait humiliée.
« Quand j’étais faible je devais me plier totalement à vos règles. Pourquoi, alors que me voilà fort et sûr de moi, ne pourrais-je pas fixer mes propres règles ? ».
Disant cela, Tian a conscience d’exprimer l’opinion de la majorité des Chinois qui prennent les Hongkongais pour les enfants gâtés de l’Occident.
De quoi revisiter les relations entre les libertés individuelles et l’autorité de l’État. « Après tout Hong Kong est chinois. Et c’est au Parti d’y mettre bon ordre. » S’opposant aux idées d’État de droit et de contrôle de l’exécutif par un contre-pouvoir parlementaire, les Nationalistes amis de Tian sont revenus des concepts de liberté propagés par un occident qu’ils considèrent comme décadent.
Se considérant eux-mêmes comme des patriotes de la renaissance de la Chine, ils voient Xi Jinping comme le dirigeant qui redressera la puissance chinoise capable de faire pièce aux États-Unis devenus un chaos, ils sont des souverainistes inflexibles.
Leur intransigeance voit d’un mauvais œil que la R.A.S soit le seul territoire chinois où la mouvance démocrate défie le pouvoir central. Leurs références qui remontent à l’intransigeance politique et policière des Légistes et à Feizi (200 av JC), ne sont pas celles des révolutionnaires ou des marxistes rarement cités mais des tenants de l’ordre.
Selon Ryan Mitchell, professeur de droit à Hong Kong, beaucoup d’entre eux citent Carl Schmitt (1888 – 1985), le philosophe allemand précurseur des Nazis et théoricien dans les années 30 d’un pouvoir exécutif intouchable en temps de crise. Lire : Chinese Receptions of Carl Schmitt Since 1929.
Se considérant l’héritier philosophique du Français Jean Bodin (1530 – 1596), modèle politique de Wang Hunning, n°5 du régime et proche conseiller de Xi Jinping, Carl Schmitt, théoricien de la souveraineté absolue de l’État y compris en dehors ou contre la norme juridique, a développé une vision absolutiste du pouvoir dont la vertu, d’abord décisionnelle, s’affirme par son efficacité politique, par contraste avec « l’indécision organisée » des régimes libéraux.
Enfin, au-delà de l’angoisse ultime d’un dérapage catastrophique de la rétrocession pervertie par l’idée toxique de rupture avec le Continent, la crainte du Parti devenu bien plus rigide qu’il y a dix ans, est celle d’une contagion des idées libérales sur le Continent.
